L’organisation de défense des animaux PETA Asie a publié ce mois-ci les résultats d’une enquête vidéo menée sous couverture dans un élevage ovin sud-africain, dont la production de laine alimente la chaîne d’approvisionnement du géant suédois du prêt-à-porter H&M. Les images, particulièrement difficiles à regarder, mettent en évidence des actes de maltraitance graves perpétrés sur des animaux censément protégés par deux labels présentés comme garants de pratiques responsables.
Des images accablantes filmées en caméra cachée
Les séquences diffusées par PETA Asie dévoilent l’envers du décor d’un commerce mondialisé qui pèse plusieurs milliards d’euros chaque année. Sur les vidéos, des employés de l’exploitation lainière sont filmés en train de donner des coups de pied au corps et à la tête de moutons, de frapper les bêtes au visage avec leurs outils de tonte, ou encore de les rouer de coups avec des morceaux de bois. Des agneaux sont soulevés et traînés par les pattes avant, dans une indifférence totale à leur souffrance évidente.
Une scène particulièrement choquante montre un employé s’appuyant de tout son poids sur le cou d’un bélier en y plaçant son genou, provoquant le choc violent de la tête de l’animal contre le sol. La tonte elle-même, exécutée à un rythme effréné par des ouvriers visiblement payés au rendement, génère des plaies béantes : les moutons saignent abondamment, leur peau étant tranchée à vif sans le moindre soin.
Les enquêteurs ont également documenté la présence d’un agneau mort sur l’exploitation, ainsi qu’un autre animal vivant porteur d’une plaie infestée de vers – conséquence, selon l’éleveur, d’une morsure de chacal non traitée. Une condition qui en dit long sur le suivi sanitaire effectif des troupeaux concernés.
Quand les labels « responsables » couvrent le pire
L’aspect le plus dérangeant de l’affaire ne tient pas seulement aux actes documentés, mais à ce qu’ils révèlent du système de certification éthique sur lequel s’appuie l’industrie textile pour rassurer les consommateurs. L’élevage en question est certifié à la fois par le label NATIVA, présenté comme garant d’une production durable, et par la norme dite Responsible Wool Standard – littéralement, « norme de laine responsable ».
La laine produite est ensuite acheminée via un courtier intermédiaire qui fournit du textile « responsable » au groupe H&M, lequel peut donc proposer à ses clients des vêtements estampillés éthiques. Le décalage entre la promesse marketing et la réalité de terrain interroge l’ensemble du dispositif de certification dont l’industrie de la mode a fait l’un de ses principaux arguments commerciaux ces dernières années.
Mimi Bekhechi, vice-présidente de PETA pour l’Europe, a appelé le groupe H&M à cesser totalement l’utilisation de laine produite dans de telles conditions, et invité les consommateurs à se tourner vers des matières d’origine végétale. C’est la seule façon, selon elle, de garantir qu’aucun animal ne soit torturé pour produire des vêtements.
Un phénomène loin d’être isolé
Cette enquête sud-africaine n’est pas un cas isolé. PETA et ses entités ont désormais publié dix-sept enquêtes portant sur plus de 150 exploitations lainières réparties dans sept pays et sur quatre continents. Le constat dressé par l’organisation est sans appel : la violence et la cruauté envers les ovins constitueraient un phénomène endémique de la filière, y compris dans les élevages se réclamant de standards éthiques élevés.
Les défenseurs des animaux rappellent par ailleurs que les moutons sont des créatures éminemment sociales, capables de tisser des liens forts avec leurs congénères et de tomber dans une forme de dépression lorsqu’ils sont isolés de leur troupeau. Plusieurs études comportementales ont même montré que ces animaux communiquent leurs émotions par des expressions faciales, à la manière des humains – ce qui rend les images de l’enquête d’autant plus difficiles à supporter.
Ces images doivent surtout interroger la mondialisation effrénée des chaînes d’approvisionnement textile. La laine produite à plusieurs milliers de kilomètres, dans des élevages industriels où la rapidité d’exécution prime sur tout, n’a strictement rien à voir avec celle d’un éleveur breton ou pyrénéen qui connaît chacune de ses bêtes.
La question n’est donc peut-être pas seulement de remplacer la laine par du polyester – qui présente d’ailleurs son propre cortège de problèmes environnementaux liés aux microplastiques – mais bien de privilégier les filières courtes, locales, traçables, où le rapport à l’animal demeure inscrit dans un savoir-faire et une éthique paysanne séculaires. L’achat de vêtements en laine produite localement, plutôt que de fast-fashion mondialisée à dix euros la pièce, constitue à cet égard un choix politique autant qu’écologique.
Du côté de H&M, la réponse à cette nouvelle enquête sera scrutée. Le groupe sera-t-il en mesure de garantir à ses clients que les actes documentés ne se reproduiront plus ? Ou ses promesses de « mode responsable » finiront-elles, comme tant d’autres, par révéler leur fragilité face à la dure logique du chiffre ?
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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3 réponses à “Mode. Une enquête de PETA Asie épingle les élevages sud-africains fournissant H&M : violence systémique et labels « éthiques » en question”
Le film :Tiens ! Ce sont des « Bronzés » qui les malmènent.
En Afrique du sud ce sont les moutons qui sont maltraités pour le plus grand enrichissement de toutes ces marques de vêtements distribuées en France et en Europe , mais dans le même temps il ne faut pas oublier les « petites mains », ces nouveaux esclaves ( le plus souvent asiatiques ) qui confectionnent les vêtements labellisés par les grandes marques et vendus très cher.
Heureusement que : « L’homme n’est supérieur que par sa bonté » !!! aurait dit J.J. Rousseau