Le Pogam, Musk et la revanche des bâtisseurs : quand les entrepreneurs défient la pensée dominante

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J’étais assis dans mon bureau, ce matin-là, au milieu de mes livres, dans cette paix un peu studieuse que donnent les rayonnages lorsque le monde, dehors, continue de s’agiter sans trop vous atteindre. Il y avait là, autour de moi, quelques vieux compagnons de papier, des volumes fatigués, des dos brunis, des auteurs morts qui parlent encore plus clairement que bien des vivants. Comme je le fais plusieurs fois par jour, j’ouvris X afin de prendre le pouls de l’époque. Le geste est devenu presque machinal. Jadis on feuilletait le journal en buvant son café. Aujourd’hui, l’on consulte ce grand café mondial où se croisent prophètes, hâbleurs, fous, ingénieurs, ministres, boutiquiers, faiseurs d’opinion et simples passants du siècle.

Depuis quelques jours, un nom revenait avec insistance : Brivael Le Pogam. Je l’avais vu passer d’abord distraitement, puis avec cette attention que l’on accorde aux voix qui ne se contentent pas d’ajouter un petit bruit de plus au tumulte général. Le personnage n’est pas un littérateur de cabinet, ni un universitaire pensionné par l’État culturel. C’est un techno-entrepreneur français, cofondateur d’Argil, travaillant dans ce domaine encore mal compris du grand public qu’est la génération de vidéos par avatars d’intelligence artificielle. Autrement dit, il appartient à cette nouvelle race d’hommes qui ne commentent pas seulement la technique, mais la façonnent de leurs doigts. Or ce qui sort de ses doigts décoiffe agréablement les mentalités conventionnelles, les esprits chagrins et les progressistes de tous poils.

Il y a, dans son apparition publique, quelque chose de salubre. La France est devenue un pays où l’on parle bas. On y chuchote dans les dîners, on y mesure ses phrases dans les bureaux, on y surveille ses mots dans les médias, on y relit trois fois un message avant de l’envoyer, non par souci de style, hélas, mais par peur du tribunal social. La liberté d’expression y demeure inscrite sur les frontons comme ces devises municipales que plus personne ne lit. Dans la pratique, elle se rétrécit. Elle n’est pas toujours interdite par la loi, ce qui serait trop simple et presque trop honnête. Elle est souvent étranglée par la réputation, l’employeur, la plateforme, le procureur associatif, le journaliste de dénonciation, le collègue zélé, le censeur bénévole. C’est plus subtil, donc plus efficace.

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Voilà pourquoi le courage civique de Brivael Le Pogam mérite attention. Il ne dit pas seulement des choses vigoureuses. Il les dit dans un pays où l’écosystème moral dominant n’aime rien tant que de punir les écarts. Son propos, souvent rude, se place en opposition frontale avec la société diversitaire, avec son catéchisme inclusif, sa compassion obligatoire, son culte des minorités, sa haine de l’enracinement, sa suspicion envers toute hiérarchie naturelle ou culturelle. Cette vigueur étonne parce qu’elle ne vient pas d’un vieux polémiste revenu de tout, ni d’un écrivain déjà marginalisé. Elle vient d’un homme jeune, actif, exposé, plongé dans la technologie de pointe. Cela change tout.

Je ne puis m’empêcher de penser ici à Elon Musk. On dira que la comparaison est excessive, que Musk appartient à une autre échelle, à un autre monde, à une autre fortune. Sans doute. Il n’empêche que la parenté d’esprit existe. Musk, avec ses fusées, ses satellites, ses voitures électriques, ses tunnels improbables, son réseau social et ses outrances, a remis dans le débat occidental une figure que l’Europe avait presque oubliée : celle du bâtisseur. Il secoue le cocotier des idées convenues, non depuis une chaire d’université, mais depuis des usines, des laboratoires, des plateformes, des entreprises qui touchent la matière du monde. Il dit, en somme : cessez de geindre, construisez.

Brivael Le Pogam se situe dans cette famille intellectuelle, celle des hommes pour qui l’avenir ne se conjure pas par des colloques subventionnés, mais par des machines, des logiciels, des entreprises, des paris, des risques. Le point commun le plus profond avec Musk n’est pas tel ou tel avis sur la fiscalité, l’immigration, l’intelligence artificielle ou les lubies universitaires. Il est dans ce refus de la déconstruction comme horizon mental. Notre époque française a beaucoup produit de commentateurs de ruines. Elle a moins produit d’hommes décidés à relever des murs.

Son article publié dans le National Post, où il présente la French Theory comme l’une des matrices du wokisme, a fait du bruit parce qu’il touche un nerf sensible. Depuis des décennies, la France intellectuelle a exporté vers l’Amérique un poison élégant. Foucault, Derrida, Deleuze, et quelques autres, dans des registres évidemment différents, ont fourni au monde anglo-saxon un vocabulaire de soupçon permanent. La vérité devint rapport de force, le texte devint piège, l’identité devint construction, la norme devint violence, la transmission devint domination. Passées par les campus américains, ces idées prirent une couleur puritaine, raciale, procédurière. Elles revinrent ensuite en Europe sous leur forme américaine, plus épaisse, plus militante, plus brutale. Le serpent avait traversé l’Atlantique pour revenir chez nous avec une autre peau.

Cette histoire n’est pas seulement universitaire. Elle explique le climat moral où nous vivons. Une génération a appris à déconstruire avant d’avoir appris à admirer. Elle a appris à soupçonner avant d’avoir appris à recevoir. Elle a appris à dénoncer avant d’avoir appris à transmettre. On ne lui a pas donné le goût du vrai, du beau, du bien, ces vieux mots que les modernes prononcent avec gêne, comme s’ils avaient surpris un ancêtre en robe de chambre. On lui a donné le goût de l’accusation. Elle voit le pouvoir partout et la grandeur nulle part. Elle fouille les cathédrales pour y trouver des discriminations, les poèmes pour y trouver des dominations, les familles pour y trouver des oppressions, les frontières pour y trouver des crimes.

Le Pogam a raison de placer face à cette maladie le mot de construction. C’est un mot simple, presque manuel. Il sent l’atelier, le chantier, la pierre, le bois, le câble, le code. Il a quelque chose de romain. Construire, c’est accepter qu’il existe un dehors résistant, une matière à ordonner, un réel qui ne se laisse pas dissoudre par les discours. Construire, c’est aussi se soumettre à une sanction impitoyable : cela marche ou cela ne marche pas. Un pont tient ou s’effondre. Un logiciel fonctionne ou se bloque. Une fusée décolle ou explose. Une entreprise crée de la valeur ou disparaît. La déconstruction, elle, ne tombe jamais en panne, parce qu’elle n’a jamais promis de conduire personne quelque part.

Or voici que l’homme vient de publier une sorte de mise au net. On caricature, dit-il en substance, on déforme, on travestit ; il faut donc dire clairement ce que l’on est. Le texte mérite d’être lu comme une profession de foi. Le Pogam s’y déclare libéral convaincu. Il affirme que les entrepreneurs sont les « rois du monde », non au sens féodal ou mondain, mais au sens le plus concret : ceux qui créent de la valeur portent davantage la société que ceux qui se bornent à la redistribuer. Il nomme dans le même mouvement le boulanger, le plombier, l’artisan et la startup d’intelligence artificielle. Cette continuité est décisive. Elle rompt avec le snobisme français qui admire l’innovation en conférence, mais méprise volontiers celui qui produit, vend, répare, livre, bâtit, embauche, risque et recommence.

Cette phrase pourrait paraître brutale aux oreilles de notre vieux pays social-administratif. Elle est pourtant plus populaire qu’il n’y semble. Le boulanger qui ouvre avant l’aube, le plombier qui se déplace quand tout fuit, le menuisier qui tient son carnet de commandes, le garagiste qui connaît encore le bruit d’un moteur, l’artisan qui fait vivre un apprenti, tous comprennent mieux l’économie réelle que bien des diplômés de cabinets ministériels. Le Pogam rattache cette France laborieuse à celle des laboratoires d’IA. C’est là son intuition heureuse. L’entrepreneur n’est pas seulement le jeune homme en tee-shirt noir devant un écran. Il est aussi celui qui transforme un besoin en service, une difficulté en produit, une compétence en revenu, un risque en valeur.

Sa critique de l’État français touche un autre nerf. Le Pogam désigne la part de l’État dans le PIB comme le vrai problème national. La formule est sèche, presque inconvenante dans une République où l’administration est devenue la dernière religion commune. Chaque échec y appelle un plan, chaque plan une agence, chaque agence un budget, chaque budget une communication, chaque communication un rapport, chaque rapport une réforme qui produit une nouvelle couche de papier. Nous vivons dans un pays qui croit soigner l’obésité bureaucratique en ajoutant un service chargé de mesurer le tour de taille des administrations. Le mal est ancien ; il est devenu constitutionnel dans les esprits.

Ce qui rend la proposition de Le Pogam intéressante, c’est qu’elle ne se contente pas de la plainte libérale traditionnelle. Il ne dit pas seulement : diminuons l’État, coupons les dépenses, renvoyons les fonctionnaires. Il ajoute une idée propre à notre siècle : l’intelligence artificielle peut rendre les systèmes radicalement transparents. La corruption, l’opacité, les circuits intermédiaires, les petits arrangements, les irresponsabilités diluées, tout cela pourrait être attaqué « by design », selon son expression. On peut discuter l’ampleur de cette promesse. On peut se méfier, à juste titre, d’un solutionnisme technologique trop confiant. Il reste que l’idée est forte : la technique pourrait cesser de servir l’enchevêtrement administratif pour devenir l’instrument de sa mise à nu.

Lorsqu’il écrit qu’il pourrait, en trois mois, refaire un système transparent de bout en bout, gratuitement, sans budget colossal ni cent mille fonctionnaires, il force évidemment le trait. Les Français, qui aiment les bons mots lorsqu’ils ne dérangent personne, feront mine de sourire. Ils parleront d’arrogance. Ils diront que l’État est complexe, que les choses sont difficiles, que les procédures existent pour de bonnes raisons, que la réalité résiste aux ingénieurs. Tout cela est parfois vrai. Toutefois ce genre de bravade a une vertu : il rappelle que l’impuissance française n’est pas toujours une fatalité. Elle est souvent devenue une habitude, puis une doctrine, puis une excuse.

Le passage sur la justice est plus grave encore. Le Pogam appelle à une justice rapide, forte, littéralement du côté des victimes et non des agresseurs. Il veut une justice qui s’appuie sur la donnée, qui cherche la vérité, que l’on observe quand elle ne marche pas, et que l’on corrige. Là encore, la proposition heurte le vieux théâtre judiciaire français, avec ses lenteurs, ses prudences, son langage sacerdotal, ses corporatismes et cette étrange tendance à considérer la victime comme une gêne morale lorsque le coupable peut encore être interprété par les sociologues. Une société qui ne protège plus les innocents perd le droit de donner des leçons d’humanité.

Il ne s’agit pas de transformer les tribunaux en machines aveugles. La donnée ne remplace ni le juge, ni la conscience, ni l’équité, ni l’art subtil de distinguer les cas. Un peuple libre ne confie pas la justice à un automate. Cependant une justice qui refuse d’être mesurée, observée, comparée, corrigée, au nom de sa noblesse supposée, finit par ressembler à ces vieilles corporations d’Ancien Régime qui se croyaient d’autant plus respectables qu’elles rendaient moins de comptes. La vérité n’a rien à craindre de la mesure. L’arbitraire, lui, s’en méfie.

Le concept d’« empathie suicidaire », que Le Pogam met désormais au cœur de ses interventions, touche lui aussi un point décisif. Il ne s’agit pas de mépriser la compassion. Une civilisation sans pitié devient vite une caserne. Cependant une civilisation qui confond la charité avec le renoncement à soi-même se condamne à l’impuissance. L’empathie suicidaire, c’est cette étrange disposition d’âme par laquelle une société se croit morale lorsqu’elle accepte de ne plus se défendre. Elle plaint toujours l’agresseur avant la victime, l’étranger avant le voisin, le délinquant avant le paisible, l’idéologue minoritaire avant la majorité silencieuse. Elle prend la faiblesse pour de la bonté et l’aveuglement pour de la hauteur d’âme.

Dans ma Bretagne, où la mer enseigne pourtant que la bonté n’abolit pas les récifs, cette idée me paraît d’une grande clarté. Il n’y a pas de navigation possible sans compassion pour les hommes et sans respect pour les limites. Le marin secourt celui qui tombe à l’eau, certes. Il ne perce pas volontairement la coque au nom de l’accueil universel de l’océan. Nos sociétés, elles, ont parfois oublié cette évidence. Elles croient que l’ouverture est une politique suffisante, que le refus des frontières est une morale, que l’accueil sans discernement constitue une preuve de civilisation. L’histoire, vieille institutrice aux doigts secs, enseigne pourtant le contraire.

La force de ces nouveaux entrepreneurs de parole tient à leur indépendance. Le vieux monde culturel français vit largement de la subvention, du réseau, de l’entre-soi, du guichet public, de l’invitation en festival, de la commission, de la résidence, du passage sur France Culture, du sourire entendu dans les cocktails de fondation. Il n’a pas besoin de convaincre un public ; il a besoin de rester agréé par ses pairs. Le techno-entrepreneur, lorsqu’il réussit, respire un air différent. Il dépend davantage de ses clients, de ses investisseurs, de ses utilisateurs, de son produit. Cela ne le rend pas infaillible. Cela lui donne parfois une liberté que les fonctionnaires de la culture ont perdue depuis longtemps.

On comprend dès lors pourquoi les figures comme Musk irritent tant. Elles échappent. Elles n’entrent pas dans les cases prévues par les gardiens du temple progressiste. Musk est à la fois industriel et iconoclaste, capitaliste et visionnaire spatial, patron brutal et défenseur proclamé de la parole libre, homme de chiffres et producteur de mythes. On peut lui reprocher mille choses. On peut trouver son personnage excessif, ses méthodes discutables, ses saillies parfois puériles. Il demeure qu’il a rouvert une porte mentale : celle de l’ambition occidentale. Mars vaut mieux que la repentance. Les fusées valent mieux que les séminaires sur l’intersectionnalité. Les satellites valent mieux que les chartes inclusives.

Le Pogam, à son échelle française, participe du même déplacement. Il rappelle qu’une civilisation ne survit pas seulement par ses procédures, ses prudences et ses excuses. Elle survit par l’énergie de ceux qui veulent encore faire advenir quelque chose. Cette disposition tranche avec la France officielle, qui adore réglementer ce qu’elle ne sait plus créer. Nous avons des comités pour l’innovation, des chartes pour l’intelligence artificielle, des colloques sur la souveraineté numérique, des ministres pour les stratégies, des agences pour les transitions, des rapports pour les rapports. Pendant ce temps, d’autres bâtissent. La bureaucratie française regarde passer les trains qu’elle a elle-même retardés.

Il y a dans cette affaire un enjeu plus vaste que la querelle du wokisme. L’intelligence artificielle, les avatars vidéo, l’automatisation, les nouvelles plateformes ne sont pas de simples gadgets pour jeunes gens pressés. Elles annoncent une redistribution de la puissance. Celui qui saura produire, diffuser, traduire, personnaliser, enseigner, convaincre et vendre à grande échelle disposera d’un levier immense. Celui qui se contentera de surveiller les mots employés par les bâtisseurs finira comme ces vieilles administrations impériales qui tamponnaient encore des formulaires pendant que l’armée ennemie franchissait la frontière.

Ernst Jünger avait compris que la technique n’est jamais un simple outillage neutre. Elle façonne un type humain. Elle appelle des tempéraments, des disciplines, des audaces. Notre époque numérique, si confuse soit-elle, ne fera pas exception. Elle distinguera ceux qui parlent de transformation et ceux qui transforment réellement. Elle distinguera ceux qui vivent de la plainte et ceux qui prennent le risque de l’œuvre. Le Pogam appartient visiblement à cette seconde famille. C’est pourquoi ses adversaires ne lui pardonneront pas. Ils pardonnent plus facilement une opinion dissidente à un homme sans prise sur le monde. Ils redoutent celle d’un homme capable de construire des outils.

La bataille des idées a changé de terrain. Elle ne se joue plus seulement dans les revues, les livres, les universités ou les partis. Elle se joue aussi dans les algorithmes, les plateformes, les produits, les entreprises, les usages quotidiens. Un homme seul, muni d’un clavier, d’une audience et d’une indépendance économique, peut désormais imposer une expression, déplacer une fenêtre, forcer une conversation. C’est une nouveauté considérable. Le vieux système médiatique ne peut plus enterrer aussi facilement ce qui le dérange. Il peut encore salir, dénoncer, signaler, caricaturer. Il ne peut plus toujours empêcher que le mot circule.

La bien-pensance ne triomphe pas parce qu’elle convainc. Elle triomphe souvent parce que les hommes se taisent. Son pouvoir repose sur une immense comédie de consentement. Chacun croit être seul à douter, seul à sourire intérieurement, seul à trouver ridicule telle formule, inquiétante telle politique, mensongère telle indignation. Puis quelqu’un parle. Un enfant dit que le roi est nu. Un entrepreneur dit que l’empathie peut devenir suicidaire. Un ingénieur rappelle que le profit est parfois le signal d’une valeur créée, non le péché originel d’une classe maudite. Un bâtisseur oppose l’abondance à la pénitence. Alors le charme se fissure.

Je refermai X après avoir lu plusieurs de ces messages. Autour de moi, mes livres demeuraient silencieux, ce silence particulier des bibliothèques où l’on sent moins l’absence de bruit que la présence accumulée des siècles. Je pensais à cette ironie : c’est peut-être par les outils les plus nouveaux que reviendront certaines vérités anciennes. La liberté, le mérite, la responsabilité, la hiérarchie du beau et du vrai, la transmission, le courage de nommer les choses, tout cela que l’on croyait relégué dans les marges pourrait retrouver une vigueur inattendue par le canal même que les modernes croyaient avoir domestiqué.

Le Pogam conclut son texte d’une phrase qui pourrait servir d’exergue à toute cette génération de bâtisseurs : « Le futur ne se commente pas. Il se construit. » La formule est heureuse parce qu’elle tranche avec l’esprit français contemporain, si prompt à gloser, à réglementer, à craindre, à moraliser, à mettre en garde, à produire des notes et des réserves. Commenter le futur, c’est souvent se réserver le beau rôle sans jamais monter sur le pont. Le construire, c’est accepter l’écume, le froid, le risque, la fatigue, l’échec possible et la solitude du quart. On reconnaît là une morale d’entrepreneur, presque une morale de marin.

Un homme qui parle librement n’est pas encore une révolution. Un homme qui parle librement et que des milliers d’autres entendent commence déjà à défaire une servitude. Brivael Le Pogam ne sauvera pas la France à lui seul. Elon Musk ne sauvera pas le monde européen à lui seul. Les civilisations ne se sauvent jamais par un seul homme, fût-il génial, riche, insolent ou prophétique. Elles se sauvent lorsque des hommes nombreux cessent de demander la permission de respirer. Elles se sauvent lorsque la parole redevient un acte. Elles se sauvent lorsque la technique, au lieu de servir la surveillance des âmes, sert de levier à ceux qui veulent encore bâtir.

Dans mon bureau, parmi les livres, cette idée me parut réconfortante. Le vieux monde conforme n’est pas invincible. Il a ses juges, ses commissions, ses délateurs, ses éditorialistes, ses procureurs de plateau et ses clercs tremblotants. En face, il suffit parfois d’un clavier, d’une entreprise, d’un peu de talent, d’une liberté conquise et d’un homme décidé à ne plus baisser la voix. C’est peu, dira-t-on. C’est déjà beaucoup. Les digues, avant de rompre, commencent toujours par une fissure.

Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
[email protected].

Crédit photo  : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Une réponse à “Le Pogam, Musk et la revanche des bâtisseurs : quand les entrepreneurs défient la pensée dominante”

  1. Corinne Neveu dit :

    Excellent article.
    Même pour qq qui n’apprécie pas vraiment les  » nouvelles technologies »…
    Cette vue du libéralisme dans son sens noble et vrai mériterai d’être enseignée….
    Merci.
    Un plaisir de vous lire.

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