À onze mois de l’élection présidentielle d’avril 2027, le baromètre politique mensuel Ipsos bva – CESI École d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche, dévoilé ce dimanche 10 mai 2026, livre une photographie particulièrement préoccupante de l’opinion publique française. Réalisée du 5 au 7 mai auprès d’un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, l’enquête révèle un pays inquiet sur le plan économique, défiant à l’égard de ses dirigeants, et largement dubitatif quant aux figures politiques susceptibles de prendre le relais d’Emmanuel Macron.
Le pouvoir d’achat reste l’écrasante priorité
Sans surprise, mais avec une intensité qui ne faiblit pas, la question du pouvoir d’achat demeure la principale préoccupation des Français. 49 % d’entre eux la citent parmi les trois enjeux qui les préoccupent le plus à titre personnel — un score en très léger recul de 3 points par rapport à avril 2026, mais qui place le sujet largement en tête.
Suivent l’avenir du système social, notamment santé et retraites (41 %, en hausse de 3 points) et, en troisième position, le niveau de la dette et des déficits qui progresse fortement (30 %, +5 points). Cette montée en puissance de la préoccupation pour la dette publique constitue l’un des mouvements les plus notables de cette vague de mai. Elle reflète sans doute la prise de conscience croissante, dans l’opinion, de la gravité de la situation budgétaire française et des contraintes qu’elle impose au débat politique.
Le niveau de la délinquance (29 %), le niveau de l’immigration (26 %), la protection de l’environnement (24 %) et les crises internationales (23 %, en recul de 5 points) complètent le top des préoccupations. À noter : l’immigration est massivement citée par les sympathisants du Rassemblement national (55 %) et reste également préoccupante chez ceux des Républicains (33 %), tandis qu’elle ne mobilise que peu d’attention à gauche (5 % à La France insoumise, 11 % au Parti socialiste).
Un pessimisme économique massif
Le climat d’inquiétude économique est saisissant. 88 % des Français se disent pessimistes concernant la situation économique mondiale (en hausse de 6 points depuis février 2026), 91 % concernant la situation économique du pays (+3 points), et 69 % concernant leur propre situation économique personnelle (+3 points également). Sur tous les indicateurs, la France glisse vers une perception économique plus sombre.
Plus inquiétant encore, les Français anticipent massivement une détérioration à venir des principaux indicateurs : 84 % estiment que le pouvoir d’achat va se dégrader dans les mois qui viennent, 83 % que l’inflation va repartir à la hausse, 82 % que le niveau de la dette publique va s’aggraver, 73 % que la fiscalité va augmenter, et 66 % que l’emploi va se détériorer. Ce climat d’anticipation négative, particulièrement marqué chez les sympathisants du Rassemblement national (98 % de pessimistes sur la situation économique du pays), pèse mécaniquement sur la cote des dirigeants en place.
Macron au plus bas, Lecornu stagnant
Dans ce contexte, la cote de popularité d’Emmanuel Macron continue de s’éroder. Avec 21 % d’opinions favorables seulement (en recul de 2 points par rapport à avril) et 75 % d’opinions défavorables (en hausse de 2 points), le président de la République s’enfonce dans une impopularité historique. Pour mémoire, la cote favorable d’Emmanuel Macron était de 46 % à son arrivée à l’Élysée en mai 2017 — soit plus du double de son niveau actuel.
Cette impopularité présidentielle est massive et transversale. Elle atteint 86 % chez les sympathisants de La France insoumise (+6 points), 95 % chez ceux du Rassemblement national (+12 points), 73 % au Parti socialiste, 71 % chez Les Écologistes (+10 points), et même 67 % chez les sympathisants des Républicains. Le seul électorat qui maintient une majorité d’opinions favorables au chef de l’État reste celui de Renaissance-MoDem-Horizons (59 %), c’est-à-dire la base macroniste elle-même.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, lui, voit sa popularité progresser très légèrement à 28 % d’opinions favorables (+1 point), pour 59 % d’opinions défavorables (-3 points). Un score qui n’est pas catastrophique au regard de l’historique récent — François Bayrou avait atteint 74 % d’impopularité avant son départ —, mais qui demeure fragile.
Bardella et Le Pen toujours en tête des préférences présidentielles
À onze mois de la présidentielle, le couple Jordan Bardella – Marine Le Pen continue de dominer le baromètre des satisfactions à l’idée d’une victoire en 2027. Bardella reste en tête (34 % de satisfaits en cas de victoire), suivi de très près par Le Pen (33 %). Si l’on examine la base RN spécifiquement, la satisfaction culmine à 89 % pour les deux candidats, ce qui montre une parfaite cohésion de leur électorat — sans véritable hiérarchie entre Bardella et Le Pen, ce qui n’est pas neutre stratégiquement à l’approche du choix de la candidature.
Surprise de cette vague : Gabriel Attal grimpe à la troisième position avec 24 % (+5 points en un mois). L’ancien Premier ministre, qui dirige aujourd’hui Renaissance, gagne du terrain à un moment où Édouard Philippe — qui était en forte progression précédemment — voit sa cote reculer de 4 points (22 %). À gauche, François Hollande s’établit à 18 % (+2 points), au plus haut depuis sa sortie de l’Élysée en 2017. Le retour de l’ex-président dans le débat public semble produire ses effets, même si la satisfaction reste limitée.
Marion Maréchal (23 %, stable), Éric Ciotti (23 %, +3 points), Bruno Retailleau (21 %, stable) et Gérald Darmanin (20 %, stable) suivent dans le peloton. Côté droite, Sarah Knafo (18 %, +3 points) et Éric Zemmour (18 %, +3 points) progressent simultanément, ce qui interroge sur une éventuelle dynamique du courant souverainiste-conservateur.
Mélenchon : candidat déclaré, mais perçu comme un handicap pour la gauche
L’événement politique principal du mois reste la déclaration officielle de candidature de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2027. Le verdict des sondés est sans appel : à 16 % de satisfaits (+1 point) contre 69 % de mécontents (+3 points), l’ex-leader de La France insoumise se situe en bas du classement des potentiels successeurs d’Emmanuel Macron.
Plus accablant encore : 70 % des Français considèrent que Jean-Luc Mélenchon est un handicap pour faire gagner la gauche à la présidentielle, contre seulement 18 % qui le voient comme un atout. Le constat se vérifie même au sein de l’électorat de gauche, où 55 % le perçoivent comme un handicap, contre 39 % comme un atout. Si les sympathisants de La France insoumise eux-mêmes le défendent massivement (83 % d’atout, 14 % de handicap), ce n’est pas le cas chez Les Écologistes (21 % d’atout seulement, 72 % de handicap) ou au Parti socialiste (14 % d’atout, 80 % de handicap).
Pour les sondés, les principaux atouts de Mélenchon sont ses talents d’orateur (60 %), son expérience (41 %), et sa volonté de vraiment changer les choses (30 %). En revanche, ses handicaps sont identifiés sans ambiguïté : son agressivité (64 %), ses propos qui créent la polémique — notamment sur le conflit israélo-palestinien et l’antisémitisme (60 %) — et, au sein même de l’électorat de gauche, ses difficultés à rassembler le reste du camp progressiste (51 %).
C’est sur ce dernier point que se cristallise la difficulté de la candidature Mélenchon. Les sympathisants insoumis eux-mêmes citent comme premier handicap le caractère agressif de leur leader (36 %), tandis que la difficulté à rassembler la gauche est citée par 67 % des sympathisants LFI — soit encore davantage que par l’ensemble des Français. Mélenchon souffre donc d’un déficit de capacité fédératrice qui pèse lourdement sur les chances stratégiques de la gauche en 2027.
L’analyse fine des données du baromètre confirme également un écart générationnel et social majeur dans le rapport à la politique française. Les électeurs jeunes, les diplômés du supérieur et les habitants des grandes métropoles se montrent globalement plus engagés dans le jeu politique traditionnel, tandis que les électeurs plus âgés, les ouvriers et les ruraux expriment une défiance plus profonde à l’égard du système.
Cette ligne de fracture structure désormais durablement le paysage politique français à l’approche de 2027. Elle nourrit la dynamique du Rassemblement national, qui capitalise sur l’inquiétude économique et la défiance institutionnelle, mais aussi celle du couple Reform-RN-Reconquête sur la droite identitaire. À gauche, l’éclatement persistant entre La France insoumise, le Parti socialiste, Les Écologistes et le Parti communiste continue de pénaliser les chances d’une victoire commune.
Une présidentielle de plus en plus ouverte
Le baromètre Ipsos bva confirme à sa manière ce que beaucoup d’observateurs pressentaient : la présidentielle de 2027 s’annonce plus ouverte et plus incertaine que ne le laisseraient penser les avantages structurels du Rassemblement national dans les sondages d’intentions de vote. Avec un Macron au plus bas, un Lecornu sans véritable dynamique, un Mélenchon perçu comme un handicap par sa propre famille politique, et une droite traditionnelle (LR-UDI) en quête d’un visage incarnant le renouveau, le champ reste ouvert pour des recompositions et des dynamiques nouvelles.
Gabriel Attal, dont la cote progresse fortement ce mois-ci, pourrait être l’un des bénéficiaires de cette donne. Édouard Philippe, malgré son recul du mois, reste un candidat structurant sur la droite modérée. Et la gauche, paradoxalement renvoyée à l’introspection par la candidature Mélenchon, se trouvera contrainte de s’organiser ou de subir.
Onze mois — c’est court, dans le calendrier de la vie politique française. Mais c’est suffisant pour que se dessinent les lignes de force d’un scrutin présidentiel qui s’annonce, après celui de 2022, comme l’un des plus disputés et des plus imprévisibles de la Cinquième République.
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3 réponses à “Bardella et Le Pen toujours en tête des préférences présidentielles, Mélenchon plombé par son agressivité et ses polémiques”
Le scénario est déjà écrit. Zemmour/Knafo pour faire perdre quelques points au RN au premier tour. Malgré tout: RN/Edouard Philippe au premier tour. Report des voix de gauche + des droitards tièdes + les non report de voix des zemmouristes. Zemmouristes qui adhèrent au Zemmour qui avait insulté Marine et son père dans ses premières interventions de candidat. Election D’Edouard Philippe.
Article vraiment intéressant. Il est absolument consternant que Hollande récolte encore 18% d’opinions favorables ; une dinguerie ! On s’étonnera aussi des 24% pour Attal qui veut carrément supprimer l’âge légal de la retraite. Et puis, PS et LR, les deux mamelles idéologiques du macronisme, rejettent aussi Macron à 73 et 67% : ils veulent du centrisme mais rejettent tous les candidats SangTriste… Il faut croire que les Français sont addicts à l’Enfer car quand on leur propose de reprendre le pouvoir par une démocratie participative (Vs représentative) comme Étienne Chouard, celui-ci ne récolte que 3%.
Exact élection d’Edouard Philippe le candidat des forces occultes qui dirigent l’Europe et poursuite de l’inondation arabo musulmane! « Il faut que tout change pour que rien ne change » (Tomasi)