Le monde du vin est régulièrement émaillé de scandales et d’arnaques en tous genres, mais celle du château Belmar vaut son pesant, par son ampleur et la figure de son architecte en chef, Grégory Russel.
Dans cette affaire, bien différente du faussaire Rudy Kurniawan, qui reconditionnait ses propres grands crus sur des millésimes antédiluviens avec de fausses étiquettes, Grégory Russel a échafaudé une escroquerie pyramidale, somme toute assez classique, autour du rachat d’un manoir dans les confins de la Sarthe.
Les ressorts de la fraude reposaient ainsi sur l’assurance d’un placement de bon père de famille, œuvrant à l’édification d’un nouveau vignoble, en mesure de s’étalonner avec les plus grands. Mais si la terre ne ment pas, les boniments de son propriétaire ont circonvenu pas moins de 150 retraités, alléchés par la promesse d’investir dans la vigne.
Le procès de Grégory Russel et de sa compagne Sidonie Grasset est ajourné au 23 juin, afin de démêler les fils du gigantesque écheveau, qui a fait disparaître 7 millions d’euros en 4 ans. Nous sommes retournés plus en détail sur cette affaire hors norme, en consultant les nombreux documents vidéo et articles de presse qui relatent l’ascension médiatique du Château Belmar, devenu pour ses malheureux investisseurs, un véritable château en Espagne.
La création d’un vignoble dans le Perche
Le château Belmar est un manoir de la fin du 19ème siècle, construit dans un style néo-classique auquel se rattachent 5 hectares de vignes attenantes à la propriété. Mais ce qui fait toute son originalité, réside dans une localisation quelque peu improbable, considérée comme déraisonnable il y a 20 ans.
En effet, le vignoble sis aux portes de Mamers, flirte avec les limites physiologiques et bioclimatiques de la liane. Or la nouvelle donne du réchauffement climatique, eu égard à des conditions de maturité de plus en plus favorables, confère une certaine pertinence au projet.
Quant au domaine, il ne manque pas de charme, transformé en un vaste complexe oenotouristique, le manoir et ses annexes se prêtent à l’organisation de séminaires et de mariages grâce à ses salles de réceptions et son orangerie, au voisinage des vignes.
La double facette de Grégory Russel
C’est en 2016, que Gréogry Russel et sa femme jettent leur dévolu sur cet ensemble, avec pour ambition de faire naître le premier vin de la Sarthe. Toutefois, l’investissement est lourd, alors le couple sollicite le concours financier de sociétaires, désireux de rejoindre leur Groupement Foncier Viticole (GFV).
Isolé de tout, la réputation et l’existence du château Belmar va tenir à la faconde de Grégory Russel. Ce dernier loue la grandeur de ses sols à grand renfort de carottages et d’analyses pédagogiques, pour mieux en dresser l’analogie avec ceux du Chablisien mais aussi du Libournais, en se référant aux travaux du géographe Henri Enjalbert.
Car si l’homme n’est pas un inconnu au registre de l’escroquerie, il semble afficher une passion sincère pour ses vignes et use avec talent de sa culture du grand vin aux fins d’asseoir la légitimité de son vignoble. On le voit notamment déambuler dans ses vignes, affublé de son écharpe Hermès, pérorer sur le potentiel de son vin.
En revoyant ses vidéos (toujours présentes sur YouTube), on peut se mettre à la place des victimes qui ont été séduites par les paroles d’un beau parleur, pétri d’une véritable culture vitivinicole.
L’heure de gloire
Les vins du château Belmar se doivent de flatter l’hubris de son propriétaire, et assez vite, deux cuvées sortent des chais : un pinot noir et un chardonnay. Deux vins embouteillés dans des bouteilles rutilantes, cachetées à la cire, arborant l’IGP Sarthe dont ils sont les seuls représentants, vendues pas moins de 47 euros….
Grégory Russel est un homme pressé, et la grandeur n’attend pas l’âge des années, alors il ira chercher les honneurs auprès des cautions du monde du vin : guides, critiques et sommeliers
C’est le guide Hachette qui lui apporte sa plus belle reconnaissance avec l’attribution d’emblée de la distinction suprême (3 étoiles) pour le millésime 2024 de son pinot noir.
« L’entrée en fanfare » dans le guide que certains mauvais esprits rebaptisent « achète », repose toutefois la question de la complaisance d’une critique au service de promotions rapides et juteuses.
Même si la collégialité des jurys recrutés parmi des amateurs volontaires plaident pour la bonne foi du guide. Manifestement, si les vins de Grégory Russel étaient de bon aloi, par leurs prix prohibitifs à plus de 40 euros la bouteille, ces braves vins de pays reflétaient surtout l’esprit de lucre de leur propriétaire.
Plus controversée, demeure la note de 93/100, décernée par le sommelier Andreas Larsson qui remet en question le bien-fondé de concours internationaux visant à promouvoir des super stars de la sommellerie.
De ces consécrations médiatiques, ne ressort qu’une mise à profit éhontée d’un statut d’expert au service de la publicité de vins insipides. Il faut se souvenir de la phrase de feu Gérard Basset, lâchée dans l’euphorie du soir de sa consécration comme meilleur sommelier du monde en 2010 : » les affaires vont pouvoir commencer … «, authentique !
La reddition des comptes
Mais plus que la reconnaissance de leurs vins, Grégory Russel et sa compagne Sidonie Grasset semblaient surtout, obnubilés par le financement de leur nouvelle vie de châtelains. Pour ce faire, Grégory Russel imagine un nébuleux système d’allocations dans le but d’attirer de nouveaux investisseurs.
Les futurs sociétaires revêtent le même profil de retraité, pas forcément très fortuné mais disposant de quelques bas de laine, comme il est de coutume d’en rencontrer dans le pays de l’épargne qu’est la France.
En retour de leurs parts, la promesse d’être rémunéré avec les futurs flacons du domaine qui serviront de gage à leurs investissements. Grégory Russel trompera son monde par la confiance d’un notaire du Mans, maitre Chasteignier, qui fait partie des mis en cause.
Ce sont près 150 personnes qui vont voir leur économie disparaître dans les dépenses somptuaires du couple, connu pour avoir un goût prononcé pour les belles autos. Après 4 années de gestion hasardeuse, les services de l’Urssaf sifflent la fin de la partie, suite aux nombreux impayés accumulés par le GFV. Il s’ensuit un placement en liquidation judiciaire, prononcé le 13 janvier 2026.
Les chances pour les investisseurs du château Belmar de recouvrer leurs apports sont minces, car si les actifs du domaine s’évaluent à près de 2 millions d’euros, ils ne suffiront pas à permettre l’apurement de tout le passif.
Dans ce genre de liquidation frauduleuse, les sociétaires seront considérés comme les créanciers chirographaires. Autrement dit, ils seront indemnisés par le solde de l’actif, qu’une fois les dettes sociales et fiscales de l’entreprise auront été payées…
Raphno
Photo d’illustration : DR
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6 réponses à “Les mauvais comptes du château Belmar”
Je cite l’article : « trompera son monde par la confiance d’un notaire du Mans, maitre Chasteignier… »
Malheureusement, sur le plan rédactionnel, une faute importante est commise sur le nom. En réalité, il s’agit plutôt de : maître François de Chasteigner, 68 ans…
Toujours appeler un chat, un chat… et les personnes par leurs noms exacts…
Sinon, l’article est intéressant, résume bien les choses…
Quelle pitié dans tous les cas, ce goût immodéré de certains, pour l’argent et ses attributs apparents.
Des vignes près de Mamers (72) près d’une belle forêt non loin d’une autre forêt celle de Bellême et si on pousse le raisin un peu peu plus loin voilà la forêt d’Ecouves! Nous ne sommes pas responsables de l’imbécilité des crétins!
Toujours très pro RN vous ne mentionnez pas que P Olivier et MCLP y avaient organisé le 26 Avril 2025 ( articles Ouest France et vidéos LMTV faisant foi !une réunion de militants RN72 avec J P Tanguy ci-devant député RN. Ces parachutés au petit pied avaient pressentis le couple frelaté du Château Belmar pour les élections à venir. Encore une preuve de l’amateurisme de l’approche du RN en PDLL et sans doute une indication de leur usage de certains réseaux…
Investir dans du vin produit en Sarthe ? Sérieusement ? 😂 Bah il ne faut pas s’étonner de l’arnaque alors !!
Il y a un vin célèbre dans la Sarthe… le « Jasnières » qui produit (!!! excusez!) du BLANC (avec le chenin) et du ROUGE (avec du pineau d’Aunis) qui, lui, vient du Saumurois… Ne pas confondre avec le PINOT… tss ! Pour l’article, bravo à Raphno… Bon courage !
@Morasse / Le Jsnières : un vin blanc excellent …et méconnu : ce n’est pas une raison pour l’auteur d’écrire « avec pour ambition de faire naître le premier vin de la Sarthe. » ☺