Le Caravage : l’un des plus grands rosés de France est en Vendée !

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L’assertion peut paraître saugrenue et un brin hérétique, surtout si l’on se réfère au triste passé des rosés vendéens, voués pendant longtemps à étancher la soif d’une clientèle touristique plutôt accommodante.

Durant l’âge d’or du tourisme de masse, nombre de campeurs de la côte vendéenne ont éclusé les vils rosés de Mareuil à l’acidité décapante, principalement pour leurs petits prix. Le rosé du Prieuré la Chaume, baptisé Le Caravage, s’inscrit en faux avec   cette pernicieuse facilité de céder aux sirènes de la demande touristique, qui ne jure que par de déprimants vins de soif à la robe délavée.

Ce contrepied n’a rien étonnant, car le  Prieuré la Chaume, sis près de Vix, tient lieu de phare au milieu de l’archipel des cinq fiefs vendéens, dont il a été ostracisé dès les origines. Et puis le balancier de l’histoire a fait son œuvre, une vingtaine d’année après sa fondation, le niveau exceptionnel des vins de Christian Chabirand, vient rendre justice à des choix radicaux qui l’ont conduit à prendre le chemin de la marginalité et de l’excellence.

Dans la cour des grands

Le dernier millésime du Caravage, le 2025, fait ainsi valoir tous les attributs des plus grands rosés de gastronomie. Son rouge carmin renvoie la comparaison à ces beaux rosés de saignée, obtenus sur des macérations longues, visant à ravir un supplément de coloration et d’extraction, au risque d’effrayer l’acheteur lambda.

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Ce dernier, conditionné par la tendance du marché, étalonne la qualité d’un rosé à la pâleur de sa robe, sans doute dans l’illusion d’y trouver un caractère plus désaltérant. On lui rétorquera que c’est là le rôle de l’eau et que, la macération pratiquée sur des raisins parvenus à une maturité physiologique optimale, permet d’aller chercher une complexité aromatique et de structure très défaillante dans les rosés communs.

De fait, l’élégance de la cuvée le Caravage, ne cède en rien à celle des magnifiques rosés de saignée du château Simone, des Bandols ( Pibarnon , Pradeaux) ou celui du domaine Arretxea en Irouléguy. Sa robe rouge rubis évoque aussi la couleur sombre des rosés de matière, qui flirtent dans l’entre-deux, comme l’atypique rosé des Riceys ou le Cerasuelo des Abruzzes en Italie avec le cépage montepulciano* et son incroyable richesse en anthocyanes. Le parallèle avec les meilleurs tavels (Aqueria, Mordorée et Eric Pfifferling) nés de macérations prolongées, est aussi fort à propos.

En somme, le Caravage appartient à la catégorie élitiste des rosés gastronomiques qui s’érigent à contre-courant de la consommation plébéienne, modelée par le goût des levures de laboratoire.

La genèse du Caravage

Un rosé de cette envergure, revêt un caractère d’autant plus improbable qu’il est né sur un terroir sorti de nulle part, enchâssé entre la grande plaine luçonnaise productiviste   et le marais de Poitevin. C’est dans ce « vacuum » * viticole, abandonné aux grandes éoliennes que Christian Chabirand, conçoit depuis plus 20 ans, des vins dits idiosyncratiques (qui ne ressemblent à aucun autres).

À Vix, aux côtés du plus grand pépiniériste de France (Mercier), le Prieuré la Chaume a conçu une lignée de grands vins de garde, irrigués par une démarche mémorielle rigoureuse qui vise à restituer dans le temps long, l’âme de ce terroir héritier de l’ancien golfe des Pictons.

Au fond, le niveau exceptionnel du rosé ne fait que profiter de l’extrême qualité des raisins destinés aux rouges de garde, par leur richesse en pigments et leur parfaite maturité. Ils livrent en conséquence, une matière première d’exception, à un rosé destiné à se hisser au-dessus de la mêlée.

La petite histoire raconte que Christian Chabirand féru d’art et de culture, est tombé en extase devant une toile du Caravage « le Christ à la Colonne » présenté au Musée des Beaux-Arts de Rouen. En découvrant le tableau, Il s’éprend pour la couleur rouge intense de la toile et décide avec une certaine évidence de dédier au peintre de la Renaissance le nom de son rosé. Mais le « fatum » ne s’arrête pas là, il aura le privilège de livrer son rosé au principal expert du Caravage Eric Turquin, attaché à le servir lors de ses expositions.

La nouvelle donne gastronomique

Parti de rien, mais gonflé d’ambition pour ses vins Christian Chabirand a dû âprement batailler pour la reconnaissance de son travail, dans une région vitivinicole à l’image dévalorisée.

Mais un bouleversement culturel non négligeable a permis d’asseoir cette légitimité aux yeux de nombre de professionnels du vin. En deux décennies, le paysage de la gastronomie vendéenne s’est fortement renouvelé avec l’ascension d’une kyrielle de tables étoilées (7 étoilés et 1 trois macarons) dans le désert vendéen.

Une telle recomposition a préparé les conditions d’une nouvelle visibilité pour des vignerons de talents, historiquement desservis par le faible renom de leurs appellations.  Aujourd’hui, Thierry Michon, Bastien Mousset sur Brem Jean-Marc Tard à Mareuil et bien sûr Christian Chabirand, peuvent désormais s’appuyer sur l’intercession d’une sommellerie de qualité pour démontrer leur savoir-faire.

Un rosé hors catégorie, de grande classe, à un prix largement accessible !

Le Caravage déploie une robe rubis lumineuse, le nez terriblement aguicheur oscille entre pâte d’amande et la fraise écrasée, aucune agressivité dans les fragrances douces qui se libèrent du verre.

Et pour cause tous les vins de Christian Chabirand sont en « méthode nature » et intègrent une quantité négligeable de soufre libre (celui qui agresse les papilles). La suavité du vin se confirme en bouche ou il impose sa grande sapidité à travers une sensation de plénitude, prodiguée par si peu de rosés.

La longueur remarquable signe définitivement son caractère racé et le place sans conteste dans le panthéon des plus grands rosés français. D’autant plus méritoire que Le Caravage, réhabilite un style trop souvent galvaudé, au point que bon nombre de professionnels du vin daignent reconnaître à cette catégorie une légitimité à part entière. Sans doute ont-ils raison, lorsqu’il s’agit de cette cohorte de rosés anonymes qui peuplent les rayons des supermarchés. Pour autant, quand l’excellence et la rigueur président à la naissance de cet entre-deux, la réussite peut se révéler véritablement surprenante.

Sur de tels rosés, le champ des accords ouvre de nouveaux horizons. Dès lors, pourquoi ne pas tenter le Caravage sur de jolis filets de rougets et une sauce tapenade en contraste avec sa douceur ou bien sur un homard   et sa bisque ? Noblesse oblige !

Raphno

Photos : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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