Un objet de 480 grammes d’or, mais surtout plus de 2 500 ans d’histoire. Vendredi 24 juillet, vers 10 heures, plusieurs individus ont pénétré dans le musée du Pays châtillonnais, à Châtillon-sur-Seine, pendant les horaires d’ouverture. Après avoir fracturé une vitrine sécurisée, ils se sont emparés du torque de la Dame de Vix avant de prendre la fuite.
Une enquête criminelle en flagrance, sous la qualification de vol en bande organisée, a été confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Dijon. La juridiction interrégionale spécialisée du parquet de Nancy a également été saisie.
Selon Jérémie Brigand, président de la communauté de communes du Pays châtillonnais, les auteurs sont entrés par l’accueil comme de simples touristes et ont opéré à visage découvert, en présence du public. Le musée avait pourtant déjà subi deux tentatives d’effraction, en novembre 2025 puis dans la nuit du 17 au 18 juillet. Quelque 150 000 euros avaient été investis en deux ans pour renforcer la sécurité du site, notamment avec des caméras, des détecteurs et des portes blindées.
Bien davantage que la valeur de l’or
Découvert en 1953 dans la tombe de la Dame de Vix, le torque est un chef-d’œuvre de l’orfèvrerie celtique du premier âge du Fer. La défunte, une femme appartenant à l’élite de son époque, avait été inhumée vers 500 avant notre ère sur un char, entourée d’un mobilier funéraire exceptionnel.
Cette sépulture constitue l’un des témoignages les plus éclatants du phénomène princier développé dans l’Europe celtique. Elle a profondément renouvelé la connaissance des sociétés qui occupaient alors l’actuelle Gaule et de leurs relations avec le monde méditerranéen.
Le bijou est constitué d’une tôle d’or martelée formant un arc fermé. Ses extrémités figurent des pattes de lion reposant sur des boules creuses, flanquées de petits chevaux ailés. Son iconographie associe ainsi un répertoire traditionnel celte à des motifs méditerranéens, illustrant les échanges culturels et techniques de cette époque.
Dans le contexte princier de Vix, une telle parure signalait le rang, la richesse et la puissance de la défunte. Voler ce torque, ce n’est donc pas seulement dérober un objet précieux : c’est arracher à son contexte l’un des emblèmes matériels les plus remarquables de la civilisation celtique.
Torque de la princesse de Vix. Source : Wikipedia/©Art of the Celts, Historic Museum of Bern
Deux avertissements avant l’irréparable
Après deux tentatives rapprochées, cette disparition soulève nécessairement des questions sur la protection des collections françaises. Selon les informations communiquées par Jérémie Brigand, l’alerte a bien été donnée, sans permettre d’empêcher la fuite des auteurs.
La crainte est désormais que le torque soit fondu pour la seule valeur de son métal. Cette hypothèse n’est pas établie par l’enquête, mais elle mesure la barbarie d’un tel geste : réduire un témoin unique de la Gaule celtique à quelques fragments d’or anonymes.
Le patrimoine national n’est pas un stock de métaux précieux placé derrière une vitre. Il constitue une mémoire commune, reçue des générations précédentes et confiée à la nôtre. Sa protection ne saurait attendre qu’un nouveau trésor disparaisse.
Crédit photo : capture YouTube (photo d’illustration)
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