Mélenchon, ou l’allant des hommes d’Histoire

Publicité

J’ai regardé dimanche Jean-Luc Mélenchon prononcer son discours de rentrée dans la Drôme. Je ne partage presque rien de ce qu’il veut faire de la France. Sa « créolisation », cette France nouvelle qu’il appelle de ses vœux, son indifférence aux vieilles identités charnelles, notamment régionales, sa conception d’une Bretagne qui ne serait plus qu’une circonscription administrative peuplée au gré des migrations du monde, tout cela m’est profondément étranger. Et pourtant, tandis que je l’écoutais, je me suis surpris à éprouver pour l’homme une sympathie que je n’éprouve guère pour sa politique.

Il me rappelait Jacques Doriot. Non pas le Doriot des photographies en uniforme, ni celui que l’histoire scolaire a figé dans les dernières années de la Collaboration. Je ne compare ici ni les doctrines, ni les engagements, ni les destins. Je parle d’un homme que je n’ai évidemment pas connu, mais dont mon père m’avait si souvent parlé qu’il avait fini par devenir pour moi une présence presque familière. Mon père avait longuement rencontré Doriot sur les bords du lac de Constance en février 1945, alors que l’Allemagne s’effondrait et que la guerre était, pour tout homme raisonnable, définitivement perdue.

Ce qui l’avait frappé chez le « Grand Jacques », et qu’il me racontait encore des décennies plus tard, était précisément son extraordinaire force vitale. Doriot n’était nullement un imbécile aveuglé par ses propres proclamations. En février 1945, il savait parfaitement où en était la guerre. Il ne nourrissait plus d’illusions sur la puissance allemande ni sur les chances de renverser le cours des événements. Il voulait pourtant jouer jusqu’au bout cette possibilité infinitésimale de non-échec qui relevait déjà, disait en substance mon père, de la curiosité statistique. Et au milieu d’un Reich en ruines, sous les bombardements, alors que chacun songeait surtout à sauver sa peau, Doriot continuait de raisonner en homme politique, d’imaginer des alliances, des institutions, une France future qui ne ressemblerait plus à celle d’avant-guerre.

C’est cette disposition d’esprit qui m’est revenue dimanche devant Mélenchon. Le chef insoumis est un vieil homme désormais, et il possède pourtant davantage d’allant que quantité de jeunes politiciens interchangeables qui semblent sortir directement d’une école de commerce. Il parle encore comme si la politique pouvait changer le monde. Il croit manifestement à ce qu’il raconte. Lorsqu’il affirme devant ses militants que « la victoire est possible », on ne voit pas un communicant récitant les éléments de langage préparés le matin même, mais un homme qui s’efforce de faire passer dans la foule sa propre conviction. À soixante-quinze ans, après tant de campagnes, de défaites, d’alliances brisées et de polémiques, cette énergie possède quelque chose d’assez extraordinaire.

Publicité

Doriot avait cette qualité-là. Il avait le verbe, la masse, l’épaisseur, la certitude communicative. Il pouvait entrer dans une pièce et la température politique montait de plusieurs degrés. Mon père ne me décrivait pas un doctrinaire desséché, encore moins un fonctionnaire de parti, mais un animal politique capable d’écouter, de séduire, de brusquer, de surprendre et, surtout, de se projeter immédiatement au-delà de la situation présente. Je retrouve quelque chose de cette complexion chez Mélenchon. Il n’est jamais aussi vivant que lorsqu’il aperçoit devant lui une muraille à renverser.

Cela explique peut-être pourquoi j’ai du mal à le détester. Je peux trouver désastreuse sa vision de la France, inquiétante sa volonté de substituer à un peuple historique une sorte de peuple nouveau assemblé par la créolisation, et presque jacobine son incompréhension de ce que sont les vieilles nations charnelles qui composent encore l’Hexagone. Je peux redouter ce qu’une victoire de Mélenchon signifierait pour la Bretagne que j’aime. Rien de cela ne m’oblige à nier ce que j’ai sous les yeux : il est l’un des derniers grands animaux politiques français.

Nos démocraties vieillissantes produisent surtout des administrateurs, des spécialistes de tableaux Excel, des hommes qui pensent à leur carrière avant de penser à l’Histoire. Mélenchon appartient à une espèce plus ancienne et beaucoup plus dangereuse : celle des hommes qui veulent imprimer leur marque sur leur époque. On peut souhaiter qu’ils échouent et reconnaître néanmoins leur grandeur particulière. L’histoire n’est d’ailleurs presque jamais faite par les gens raisonnables qui expliquent, avec mesure et compétence, pourquoi rien ne doit être tenté.

C’est peut-être finalement ce que mon père m’avait appris, sans chercher à me l’enseigner, lorsqu’il me parlait de cette étrange rencontre de février 1945 sur les bords du lac de Constance. Il n’avait pas oublié les idées de Doriot, ni ses choix, ni le gouffre dans lequel ils l’avaient conduit. Ce qui était demeuré dans sa mémoire, près d’un demi-siècle plus tard, c’était l’homme : son énergie, son intelligence politique, son incroyable refus de se considérer déjà vaincu.

Dimanche, en regardant Mélenchon, j’ai compris pourquoi ce souvenir était resté si vif. Les idées peuvent être mauvaises, parfois même funestes, et les hommes qui les portent peuvent néanmoins avoir de la grandeur. Jean-Luc Mélenchon est probablement de cette race-là. Je ne voudrais pas de la France qu’il nous prépare. Je dois cependant reconnaître qu’au milieu de tant de personnages falots, il possède encore ce qui devient rare : du souffle, de l’allant et cette conviction presque déraisonnable que l’Histoire n’est jamais tout à fait écrite.

Trystan Mordrel

[email protected]

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

12 réponses à “Mélenchon, ou l’allant des hommes d’Histoire”

  1. pschitt dit :

    Intéressante comparaison, qui va sûrement horrifier l’intéressé !

  2. sudtou37 dit :

    Le problème ou l’interêt n’est pas que Mélenchon ait eu une certaine grandeur politique, mais que tant d’autres soient au delà de « falots », des zombies médiatiques guidés par une minable pathologie egotique digne du théâtre de guignol.
    La question qui se pose n’est-elle pas de savoir si la gestion de la planète, souhaitée pacifique, peut s’accommoder de visionnaires politiques ou être confiée à des administrateurs transparents et manipulés? Préfets de l’Amgot ou De Gaulle ?

  3. Monvoisin Marie Christine dit :

    L’autre animal politique perspicace et qui avait un projet
    Pour la France monsieur LePen

  4. Marche à terre dit :

    Désolé mais melenchon n’a aucune « grandeur ». Au delà d’être un propagandiste falsificateur, profiteur du systeme, c’est un haineux dangereux et détestable. Point barre!

  5. guillemot dit :

    Si l on reprend le parcours politique de ces deux hommes ( Doriot- Mélanchon ) on voit qu’ils sont assez semblables. Pour faire court: issus de la gauche ( PCF pour Doriot- Trotskiste pour Mélanchon ) création d’un parti ( PPF pour Doriot-LFI pour Mélanchon ) . Si l’on regarde de près le manifeste du PPF on y retrouve de nombreuses analogies avec le LFI dont l’antiparlementarisme, la lutte contre les riches, la violence entre autres et surtout , tous les deux d’excellents tribuns sachant haranguer les foules ( comme le faisait également Le Pen )

  6. Ronan dit :

    Demat : respect pour l’homme Mélenchon bien sûr mais ce qu’il propose s’il gagne va mettre la France au fond de la piscine sans sortir de l’UERSS et après un De Gaulle émergera peut être ; pessimisme quand tu nous tiens alors espérons que Philippe De Villiers va se présenter (on le saura le 12 septembre lors des Assises de la souveraineté des Patriotes à Arras. (« il reste des places mais dépêchez vous »).Kenavo

  7. MORASSE dit :

    J’aime bien les papiers signés « Trystan Mordrel »… même si je ne partage pas tout à fait ses idées. Cela dit Mélanchon est un débris trotskyste et Doriot a failli diriger le PCF naissant… Question de stature… Pour mieux comprendre, il faut aller chercher dans les récits de la Commune de 1871. Doriot en était fan et si un travail est encore possible… il faudrait se plonger dans les archives de la « municipalité » de Saint-Denis… Hélas !

  8. Travis dit :

    Doriot et Mémélenchon, de  » grands hommes  » ?

    ça ne tourne plus très rond chez vous ! Va falloir faire un peu de ménage dans les rangs pour la rentrée.

    Article archivé

  9. RAYMOND NEVEU dit :

    J’ai reconnu l’auteur à son style digne d’Ogmios mais c’est l’appel à Villiers qui m’interpelle, il va sévir demain Demat d’an abardaezh…j’ai réécouté un morceau d’anthologie…lorsqu’il croise un campagnard qui va acheter des oranges en guise de cadeaux de Noël pour ses enfants, il précise un blessé de 1914 J »ai fait le calcul; pour être blessé en 1914-1918 ce campagnard est au moins né en 1896 et pour s’en souvenir Villiers est au moins ado donc disons 1965 alors faites le calcul le campagnard aurait 69 ans et de jeunes enfants franchement ce pauvre Villiers a manifestement les neuronnes déconnectés. Il se prétend descendant d’un seigneur de l’ost ducal à Hastings puis de Charrette qu’il s’obstine à qualifier de Ventrachou de fait il est de la même farine que Fécal d’Intestaing!

  10. Chatplus dit :

    Nous sommes manifestement face à un sujet atteint d’une pathologie psychiatrique lourde, autrement dit à un fou (très) dangereux

  11. Cougar dit :

    Ne mélenchons pas tout!

  12. Guenael dit :

    Encore une fois, une image de L’IA pour illustrer un article de Tristan Mordrel. Soupir… Car déjà dit.

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

Biathlon, Sport

Biathlon : le guide de l’hiver 2026-2027 est sorti

Sociétal

Emmanuel Todd : « La Dislocation », ou l’Occident en vaisseau fantôme

Politique

Bretagne : les maigres troupes de Gabriel Attal

Rugby, Sport

URC : Édimbourg seul invaincu et en tête, doublé écossais au classement

Politique

Modifier la Constitution ? On peut compter sur le sénateur Yves Bleunven pour s’y opposer

Culture, Culture & Patrimoine

Nestor Burma en Bretagne (bande dessinée)

International

Royaume-Uni : un réseau soupçonné d’avoir fabriqué de fausses demandes d’asile de migrants se disant homosexuels

Sociétal

Ce qu’un père apporte à sa fille, et que personne ne peut remplacer

Santé

Arthrose du genou : yaourts et fromages associés à un risque plus faible

Economie

Fonction publique territoriale : les centres de gestion bretons accumulent des réserves trop importantes

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Culture, Culture & Patrimoine, Histoire, Patrimoine

Neuschwanstein, le château enchanté du « roi fou » Louis II, sur Arte

Découvrir l'article

Histoire, International

Esclavage : Londres a combattu la traite pendant un siècle, les Caraïbes lui présentent la facture

Découvrir l'article

Culture & Patrimoine, Histoire

1944-1945 : les violences sexuelles de l’Armée rouge contre les rescapées des camps nazis, un crime occulté par 80 ans d’historiographie

Découvrir l'article

E brezhoneg, Politique

Gouel an Huma : an tu-kleiz melañchonet da vat !

Découvrir l'article

A La Une, Culture & Patrimoine, Histoire

Un mythe à déboulonner : Georges Guingouin n’a jamais résisté avant la rupture du pacte germano-soviétique :

Découvrir l'article

Environnement, Histoire

Hiram Bingham, l’homme qui a révélé le Machu Picchu au monde

Découvrir l'article

Education, Société

Classement Pisa : l’école française au fond du trou, la classe politique découvre soudain l’urgence

Découvrir l'article

Politique

Notes de lecture

Découvrir l'article

Politique, Tribune libre

Cette gauche qui confond élection avec manifestation [L’Agora]

Découvrir l'article

Histoire

Le « bon maharaja » : quand un prince indien recueillait un millier d’enfants polonais

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.