Brancher 2 électrodes sur une plante — l’une à la racine, l’autre sur une feuille — capter son activité électrique, la transcoder et l’amplifier jusqu’à en faire des notes de musique : c’est le principe de la « musique des plantes », développée depuis des années au Plantarium de Gaujacq, dans les Landes, par le pépiniériste Jean Thoby. Une démarche à la croisée de l’art et de l’électrophysiologie végétale, qui revendique aujourd’hui des applications agricoles à grande échelle et le soutien d’une quinzaine de chercheurs — et qui donnera lieu, comme chaque année, à un festival et symposium du 21 au 25 novembre.
De l’électroculture à la « phytoneurologie »
L’étude des signaux électriques des plantes n’est pas neuve : le forestier suisse Ernst Zürcher, professeur émérite de l’EPFZ, rappelle que le domaine remonte à l’abbé Bertholon et son « électroculture » de 1783, avant de rester longtemps en veilleuse. Des travaux publiés dans des revues scientifiques — cités à l’appui du projet, de la « neurobiologie végétale » (Brenner et al., 2006) aux effets de stimulations sonores sur des cultures maraîchères en Chine — documentent la sensibilité des plantes aux sons et leur capacité à transmettre des informations dans tout leur organisme.
Hervé Le Bouler, chargé de recherche à la direction scientifique de l’Office national des forêts, résume l’état de l’art : plus personne ne conteste aux animaux des propriétés cognitives étendues, et les publications s’accumulent montrant que les plantes sont bien plus actives et réceptives qu’on ne le pensait, capables par leurs racines de ressentir les variations de l’environnement et d’y réagir. La mesure de l’état électrique de la surface des feuilles, transcrite en sons, ouvre selon lui des possibilités d’interaction nouvelles avec le végétal.
À Gaujacq, où sont rassemblées plus de 3 000 espèces botaniques, cette pratique a été baptisée « phytoneurologie » dès 2014. Marc Henry, professeur à l’Université de Strasbourg, spécialiste de l’eau, s’est rendu sur place en 2019 après avoir découvert Jean Thoby sur ARTE : convaincu par ce qu’il y a observé, il a rejoint le groupe de chercheurs qui accompagne le projet et lui a consacré un dossier scientifique, où il relie le « chant » des plantes aux flux de sève et d’ions, et à la théorie controversée des « ondes d’échelle » de Joël Sternheimer — dont découle la « génodique », qui associe à toute protéine un morceau de musique, la « protéodie ».
4 600 hectares cultivés sans pesticides, selon ses promoteurs
Car au-delà des concerts, la démarche revendique un débouché très concret. Jean Thoby indique avoir mis au point un système de conduite des cultures — vignes, maraîchage, horticulture, élevage, pépinières — reposant sur une « programmation structurelle de l’eau », qui permettrait de se passer de pesticides, d’insecticides et même d’engrais. Selon lui, 93 entreprises l’utilisent aujourd’hui sur 4 600 hectares, les plus anciennes depuis 2019, et le procédé aurait été accepté par la MSA des Landes, la chambre d’agriculture des Landes et le ministère de l’Agriculture en juillet 2023 — sans pour autant être diffusé par ces organismes, déplore-t-il.
Autour du projet gravitent des profils académiques variés. Serge Miranda, professeur émérite d’informatique de l’Université Côte d’Azur, fondateur de masters en big data et intelligence artificielle, apporte un appui sans réserve à cette approche empirique, tout en appelant de ses vœux des thèses théoriques pour analyser et valider les résultats obtenus. Michèle Courant, maître de recherches en informatique à l’Université de Fribourg, raconte 2 jours d’immersion au Plantarium : 35 ans de carrière scientifique l’ont rendue intraitable sur la méthode, écrit-elle, mais « les phénomènes sont là, incontestablement » — et elle dresse la liste des défis de recherche à relever, du décodage des émissions végétales à l’évaluation du potentiel cognitif des plantes, espèce par espèce.
Un festival, un livre et des concerts de Vincennes à Sainte-Pazanne
La musique des plantes s’écoute désormais un peu partout : Zénith de Limoges, Parc floral de Vincennes, festival off de Marciac avec Ernst Zürcher, arboretum de Penthes à Genève, mais aussi Sainte-Pazanne, en Loire-Atlantique, parmi des dizaines de dates en France et à l’étranger, jusqu’au tournage de « Silence, ça pousse ! ». Jean Thoby a par ailleurs publié aux éditions Rustica un ouvrage sur le chant secret des plantes, accompagné d’un CD et de QR codes donnant à entendre 13 végétaux.
Le rendez-vous annuel reste le festival et symposium international de Gaujacq, du 21 au 25 novembre, où se croisent démonstrations en direct, comptes-rendus d’expériences et échanges avec les chercheurs associés. De quoi se faire sa propre idée — les intéressés trouveront l’ensemble des ressources sur musiquedesplantes.fr et biodynamiseurbotanique.fr.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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