« Donnez-moi un enfant jusqu’à 7 ans, et je vous montrerai l’homme. » L’adage, souvent attribué à tort à Aristote ou à Ignace de Loyola, sert de point de départ à l’essayiste américain Jeff Minick, père de 4 enfants et grand-père, dans un texte publié le 25 septembre par The Epoch Times. Sa thèse : les fables et les contes de fées comptent parmi les outils les plus sûrs pour former le caractère des jeunes enfants, et les conseils éducatifs modernes les oublient trop souvent.
Une idée vieille de 3 000 ans
Le lien entre petite enfance et éducation morale n’a rien de neuf. L’auteur rappelle que le livre des Proverbes, dans l’Ancien Testament, invitait déjà à instruire l’enfant dans la voie qu’il doit suivre, pour qu’il ne s’en écarte pas une fois vieux. La psychologie contemporaine rejoint sur ce point les philosophes antiques : les principes reçus dans l’enfance deviennent le socle de l’adulte.
Parents, grands-parents, aînés et éducateurs restent les premiers transmetteurs de ces valeurs : honnêteté, générosité, respect d’autrui, sens des responsabilités. Mais les innombrables listes de conseils publiées en ligne sur le sujet passent presque toutes sous silence les contes et les récits classiques, qui peuvent pourtant renforcer ces leçons.
Ésope, carte du voyage
Chez Ésope, la fourmi enseigne la prévoyance à la cigale, la tortue apprend au lièvre que la constance l’emporte sur la vitesse, et le garçon qui criait au loup découvre qu’on ne croit plus le menteur même lorsqu’il dit vrai. Pour Jeff Minick, ces fables brèves, aux personnages identifiables et à la morale nette, agissent comme des vitamines pour le caractère.
Les contes de Perrault, des frères Grimm ou d’Andersen vont plus loin. Plus complexes, ils montrent la vertu en action : le courage de Hansel et Gretel face à la sorcière, ou la leçon de La Belle et la Bête, selon laquelle la vraie beauté se trouve dans l’âme et non dans le miroir. L’auteur file la métaphore : si la fable donne aux moins de 7 ans une carte sommaire pour le voyage de la vie, le conte décrit les embûches de la route, crevaisons, bouchons, orages et verglas compris, avec une promesse centrale : le bien finit par triompher du mal.
Chesterton contre les censeurs
À ceux qui jugent les contes démodés ou trop effrayants pour les enfants, Jeff Minick oppose G.K. Chesterton. Dans son recueil Tremendous Trifles, l’écrivain britannique soutenait que le conte ne met pas la peur dans l’esprit de l’enfant : le mal et la laideur y sont déjà, parce qu’ils sont dans le monde. Le petit connaît le dragon depuis qu’il a une imagination. Ce que le conte lui offre, c’est « un saint Georges pour tuer le dragon ».
Et mieux encore, selon l’essayiste : il apprend à l’enfant, garçon ou fille, à devenir saint Georges plutôt que le dragon. Le garçon de 4 ans qui brandit un bâton contre des ennemis imaginaires endosse déjà une armure pour l’âge adulte ; la fillette de 5 ans qui se déguise après avoir entendu l’histoire de Cendrillon y trouve un outil pour surmonter l’adversité.
Pinocchio, Winnie l’ourson et Les Chapardeurs
Les récits plus élaborés prolongent ce travail. L’auteur cite une vieille anthologie américaine destinée aux enfants de maternelle, Magic in the Air, tirée des Collier’s Junior Classics, qui définissait le bon livre pour enfants : il reconnaît l’existence du mal mais met en avant la lutte de l’homme contre lui, par la foi, le courage et la persévérance, et montre que la vie vaut infiniment d’être vécue. On y trouvait des extraits de Pinocchio, de Winnie l’ourson et des Chapardeurs.
Jeff Minick y oppose la culture contemporaine, sa littérature, sa musique et ses divertissements, qui disent rarement aux jeunes que la vie vaut d’être vécue. D’où l’importance des lectures à voix haute sur le canapé du salon : la vertu s’y transmet sans sermon, par imprégnation, tout en offrant un répit aux parents débordés.
La gratitude, vertu oubliée
L’essayiste ajoute une vertu que les livres seuls ne suffisent pas à enseigner : la gratitude. Il s’appuie sur le psychologue américain Robert Emmons, spécialiste reconnu du sujet, qui lui attribue des bienfaits physiques, psychologiques et sociaux, et sur Cicéron, qui la tenait pour la mère de toutes les vertus. Il ne s’agit pas seulement d’apprécier un cadeau ou un bon moment, mais d’être reconnaissant d’exister.
Or, malgré le confort et le luxe dont elle jouit, l’époque se caractérise selon lui davantage par le grief et la récrimination que par la reconnaissance. Sa recette est simple, à partir de 3 ans : demander chaque jour à l’enfant ce dont il a été le plus reconnaissant. Des parents de son entourage posent la question au coucher, d’autres au dîner. Les réponses sont banales, un copain venu jouer, une glace au goûter, mais ces petites reconnaissances finissent par devenir une habitude.
C.S. Lewis et les adultes
Les contes lus aux enfants touchent aussi ceux qui les lisent. Jeff Minick rappelle que C.S. Lewis attribuait à Phantastes, de George MacDonald, le « baptême » de son imagination. Lewis dédia plus tard Le Lion, la Sorcière blanche et l’Armoire magique à sa filleule, Lucy Barfield, en lui écrivant qu’elle serait déjà trop grande pour les contes à la parution du livre, mais qu’un jour elle serait assez âgée pour recommencer à en lire.
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