Guichen (35) Pris avec le seau de colle, jamais entendus : Mais qui couvre les tagueurs anti-RN proches de Marie Mesmeur (LFI) ? [Exclu BI]

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Il est 3 h 15, dans la nuit du 10 au 11 février 2026, à Guichen, au sud de Rennes. 2 gendarmes qui terminent leur service remarquent une inscription fraîche, « Guichen antiraciste », sur le hall d’un immeuble au croisement de la rue Luc-Urbain et de la rue de Fagues. Quelques instants plus tard, devant la mairie, ils tombent sur un groupe de 6 jeunes gens. 2 s’enfuient dès que les militaires descendent de voiture. Les 4 autres sont contrôlés. À leurs pieds, un seau ménager rempli de colle. Sur le muret de la mairie, un paquet de feuilles A4. Dans l’abribus voisin, des affiches tout juste collées : « Ni FN ni RN ».

3 mois plus tard, l’affaire est classée sans suite, au motif que l’enquête n’aurait « pas permis d’identifier » les auteurs. Le plaignant n’en sera informé officiellement que 5 mois après cette décision. Les identités des 4 jeunes figurent pourtant noir sur blanc dans le 1er procès-verbal de la procédure. D’après nos informations, on compte parmi eux des militants proches de La France insoumise, dont l’un siège aujourd’hui au conseil municipal de Rennes aux côtés de Marie Mesmeur.

C’est ce que conteste la principale cible de cette nuit d’inscriptions, la tête de liste du Rassemblement national aux dernières municipales de Guichen. Le 28 octobre, il a adressé au procureur général près la cour d’appel de Rennes un recours que Breizh-Info a pu consulter.

Une nuit de tags, à 5 semaines du scrutin

Cette nuit-là, entre 3 heures et 5 heures selon les enquêteurs, le centre de Guichen se couvre d’inscriptions et d’affichettes. La cible ne fait aucun doute, et le représentant de la mairie la résume devant les gendarmes : « c’est politique et c’est contre le RN ». Plusieurs messages visent nommément le jeune candidat, par son prénom ou par son nom.

On lit « Elouan, on va éteindre ta flamme » en lettres capitales rouges près d’une agence bancaire du boulevard Victor-Edet. Sur un panneau publicitaire, « Dégage » est suivi de son nom de famille. Sur la façade d’une supérette, des feuilles collées puis peintes portent « Elouan, raciste et haineux », les lettres de son nom ressortant en rouge. Rue Luc-Urbain, des affichettes demandent « Qui a vu Elouan ? ».

D’autres slogans complètent le décor : « Qui sème le RN récolte la haine », « Du FN au RN, éteignons la flamme », « Ni FN ni RN » et « Guichen antiraciste ». Sur le mur d’une maison particulière, quelqu’un a aussi uriné.

Outre le candidat, 6 victimes portent plainte : la commune, une banque, une supérette, une société civile immobilière, une copropriété et une particulière. Les devis recueillis par les gendarmes chiffrent les dégâts à 5 947,82 euros, dont 3 320 euros pour la remise en état d’une seule façade neuve. La mairie fait savoir qu’elle souhaite que les responsables paient la facture du nettoyage.

Le 1er tour des municipales a lieu le 15 mars. Selon son avocat, les inscriptions visant le candidat restent visibles pendant de longues semaines de campagne, à un moment où les panneaux électoraux officiels ne sont même pas installés. Lors de son audition, le candidat du RN dit s’être senti « directement menacé » et voit dans ces messages une intimidation liée à sa candidature.

Ce n’était pas la 1re fois qu’il faisait face à l’extrême gauche. Le 27 février 2025, il faisait partie des 2 étudiants affiliés au RN violemment agressés devant la faculté de droit de Rennes par un groupe de militants cagoulés. Les 7 prévenus avaient été relaxés en avril 2025, les images du drone de police qui permettaient de les identifier ayant été jugées illégales. Le parquet avait fait appel.

Screenshot

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« Ils se taisent et font les ignorants »

Retour au contrôle de 3 h 15. Les 4 jeunes gens reconnaissent que le seau de colle et les feuilles leur appartiennent. Interrogés sur les graffitis et sur leur présence à Guichen en pleine nuit, ils se taisent et font les ignorants, selon les termes du procès-verbal. Ils se présentent comme étudiants à Rennes 2, en sciences politiques et en histoire de l’art. Aucun n’habite Guichen. Ils ont entre 19 et 21 ans.

Ce ne sont pas des colleurs d’affiches anonymes. Selon nos informations, plusieurs d’entre eux gravitent dans l’orbite de La France insoumise. 2 des jeunes contrôlés figuraient sur la liste insoumise conduite par Marie Mesmeur aux municipales de mars à Rennes, qui désignaient aussi les conseillers de Rennes Métropole. L’un siège désormais au conseil municipal, dans l’opposition. L’autre a manqué de peu l’élection. Issus de familles aisées, ils évoluent dans le même milieu militant que la députée LFI d’Ille-et-Vilaine.

Les gendarmes relèvent leurs identités et leur annoncent qu’ils seront « convoqués ultérieurement ». Une enquête de voisinage est prévue pour le lendemain.

Les éléments s’accumulent dans les heures qui suivent. Le gérant de la supérette explique que ses caméras ont filmé 4 silhouettes passant à l’angle de son magasin, et un véhicule à proximité. Pour lui, « c’est forcément des adultes ». Le représentant de la commune rapporte que les gendarmes ont contrôlé 4 individus au milieu de la nuit, avec de la peinture et des affiches. Rien de tout cela n’aura de suite.

« Aucune infraction pénale », avant toute enquête

Le 11 février, à 17 h 40, les gendarmes appellent le magistrat de permanence du parquet de Rennes. La substitute leur donne une seule consigne : chiffrer le préjudice. Concernant la plainte du candidat RN, elle estime par téléphone qu’il n’y a « aucune infraction pénale », avant le moindre acte d’enquête. Elle autorise dans la foulée la jonction de sa plainte avec celle des autres victimes, « puisque les faits sont liés ».

Le procès-verbal qui relate le contrôle de la nuit n’est rédigé que le 17 février, soit 6 jours après les faits. Le même jour, les gendarmes consultent les fichiers de police au nom des 4 jeunes contrôlés. Ils constatent notamment que 2 d’entre eux ont le permis de conduire, alors qu’un véhicule apparaît sur les images de la supérette. Le 6 mars, ils recueillent les devis des victimes, et le 7 mars, ils rendent compte au parquet.

Ensuite, plus rien. Aucune des 4 personnes contrôlées n’a jamais été convoquée, ni en audition libre ni en garde à vue. Rien n’a été tenté pour identifier les 2 fuyards. Les images de vidéosurveillance de la supérette, signalées dès le 12 février, n’ont fait l’objet d’aucune réquisition ou exploitation. Le véhicule n’a pas été recherché. Aucun procès-verbal d’enquête de voisinage ne figure au dossier.

Le matériel n’a été ni saisi ni même photographié. Les gendarmes indiquent simplement : « Nous omettons de prendre en photo les objets permettant de matérialiser les faits. »

Des candidats insoumis épargnés en pleine campagne

L’absence d’audition prend une autre dimension au vu du profil des jeunes contrôlés. Une garde à vue, ou même une simple convocation, aurait placé face aux enquêteurs, à quelques semaines du scrutin, 2 candidats insoumis à la mairie de Rennes, dans une affaire d’inscriptions visant un candidat du RN dans une commune pourtant distante de 20 km de la capitale bretonne. Les électeurs rennais l’auraient peut-être appris avant de voter. Rien de tel n’a eu lieu, et l’un d’eux a été élu.

À l’inverse, le candidat du RN est resté dans l’ignorance jusqu’au bout. Il n’a pas su si les jeunes contrôlés devant la mairie seraient un jour entendus, ni même que l’affaire avait été classée. Il a dû faire campagne dans cette commune de moins de 10 000 habitants alors que des inscriptions le désignant nommément en termes injurieux, voire menaçants, persistaient dans le centre-ville.

Classé « auteur inconnu »

Le 9 mai, une autre substitute du parquet de Rennes ordonne le classement sans suite sous le code 71 : « auteur inconnu ». La procédure est clôturée le 2 juillet. Le procès-verbal de clôture rappelle pourtant lui-même « qu’au cours de la nuit, un groupe d’individus porteur de seau de colle et de pinceaux est contrôlé sur la commune et leurs identités relevées ».

Selon ce même procès-verbal, les victimes ont été informées par téléphone. Le candidat, lui, n’est notifié officiellement du classement sans suite que par un avis daté du 16 octobre, 5 mois après la décision. Son nom n’apparaît même pas dans la liste des victimes.

8 mois de relances sans réponse

Le dossier raconte aussi une longue suite de relances restées vaines. Le 21 février, l’adjudant qui a entendu le candidat répond à son avocat que le procureur a demandé à recevoir son audition et à être tenu informé, et que les investigations sont « toujours en cours ».

Le 11 mars, 4 jours avant le scrutin, l’avocat écrit de nouveau à la gendarmerie et demande que son message soit transmis au magistrat. Il souligne que les tags injurieux, restés en place pendant des semaines, ont pu affecter la sincérité du scrutin. Selon lui, si une réponse pénale était envisagée, les électeurs devaient pouvoir le savoir avant de voter. Il ne reçoit aucune réponse.

Le 8 juillet, l’avocat demande au parquet l’avis de classement et une copie de la procédure. Après plusieurs relances, l’avis de classement n’est finalement signé que le 16 octobre.

Des suspects identifiés, un motif contesté

Personne n’est ici présumé coupable. Les 4 jeunes contrôlés ont pu se trouver devant la mairie de Guichen à 3 heures du matin, en février, avec un seau de colle et des feuilles A4, pour des raisons étrangères aux inscriptions. C’est précisément ce que l’enquête aurait dû établir, et elle n’a jamais cherché à le savoir.

Le recours rassemble les éléments qui constituent, selon l’avocat du candidat, à tout le moins des « raisons plausibles de soupçonner ». Le contrôle a lieu en plein dans la plage horaire des faits. Tous les lieux dégradés se trouvent dans un rayon d’environ 600 mètres autour de la mairie. Le matériel correspond au mode opératoire de plusieurs messages, faits de feuilles blanches collées puis peintes. Des affiches au thème identique sont collées à l’endroit même du contrôle. 2 membres du groupe prennent la fuite, et les caméras montrent 4 silhouettes et un véhicule.

Le raisonnement juridique du recours est simple. Quand l’identité et l’adresse des suspects sont connues, le parquet ne peut classer sans suite que pour des raisons d’opportunité, et il doit les donner à la victime. Le motif « auteur inconnu », inexact selon l’avocat, dispense de cette justification. 8 mois après les faits, le candidat ignore toujours pourquoi les jeunes contrôlés sur place n’ont jamais été entendus.

Une qualification qui interdisait la garde à vue

Le recours conteste aussi la qualification choisie. Les faits ont été enregistrés comme une « dégradation légère par inscription, commise en réunion ». Ce délit n’est puni que d’une amende et d’un travail d’intérêt général, sans peine de prison, ce qui interdit tout placement en garde à vue.

Or près de 6 000 euros de dégâts ne relèvent pas d’un dommage léger, selon l’avocat. Les faits constitueraient alors une dégradation de droit commun, punie de 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende, et davantage en réunion. La garde à vue devenait alors possible. Les messages visant nommément le candidat pourraient en outre relever, selon l’intention de leurs auteurs, de la menace écrite ou de l’entrave concertée à la liberté d’expression. Encore faudrait-il interroger les intéressés pour le savoir.

Et si les rôles avaient été inversés ?

Une question s’impose. Imaginons un candidat insoumis dont le prénom serait peint en rouge sur les murs de sa commune à 5 semaines du scrutin, accompagné de « on va éteindre ta flamme » ou « X, tu es où ? ». Imaginons que les gendarmes aient contrôlé sur place, à 3 heures du matin, 4 militants de droite avec un seau de colle et des affiches, dont 2 futurs candidats à la mairie de Rennes. La justice se serait-elle contentée de chiffrer les dégâts ? Aurait-elle classé l’affaire « auteur inconnu » sans entendre personne ? La gauche aurait-elle gardé le silence pendant 8 mois dans l’attente d’une réponse de la justice ?

À Rennes, l’extrême gauche sait désormais ce que coûte, en pratique, une nuit de collage contre le RN et l’une de ses têtes de liste : rien. Ni convocation, ni audition, ni même une photo du seau de colle.

L’affaire n’est pas prescrite : le délai est de 6 ans pour ce type de délit. Le recours demande au procureur général de faire entendre les 4 jeunes contrôlés, d’identifier les 2 fuyards, de rechercher le matériel, d’exploiter les images de vidéosurveillance et de réexaminer les qualifications retenues. La réponse du parquet général est désormais attendue.

YV

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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