Elle coulait des hélices géantes pour les sous-marins et le porte-avions Charles de Gaulle. Après plus d’un siècle d’activité dans le quartier de Chantenay, à Nantes, la Fonderie Atlantique Industrie (FAI) a définitivement cessé la production au 1er janvier 2026. Carnet de commandes vide, perspectives nulles, concurrence asiatique : la dernière fonderie française capable de produire des pièces monoblocs de très grande taille disparaît dans l’indifférence quasi générale. Comme le révélait Le Figaro Nantes ce 19 mars, les bâtiments vont être mis en vente.
Un fleuron centenaire du Bas-Chantenay
L’histoire de la Fonderie Atlantique Industrie est indissociable de celle de Nantes et de sa vocation navale. Née au début du XXe siècle, l’entreprise s’était spécialisée dès les années 1930 dans la fonderie de cuivre pour la construction navale. Installée depuis le début des années 2000 dans une ancienne centrale électrique en brique rouge du quartier du Bas-Chantenay — un bâtiment qui possède une valeur architecturale et patrimoniale évidente —, elle façonnait des hélices monoblocs et des pales en alliage cupro-aluminium pouvant atteindre 6,20 mètres de diamètre et peser jusqu’à 50 tonnes.
Son expertise avait équipé des navires emblématiques : le paquebot France, des sous-marins vendus dans le monde entier, et bien sûr le porte-avions Charles de Gaulle, dont elle avait fabriqué par anticipation les hélices de rechange. Parmi ses clients figuraient également le constructeur britannique Rolls-Royce, l’italien Fincantieri et le sidérurgiste ArcelorMittal.
Un carnet de commandes tombé à zéro
La chute a été brutale. Le chiffre d’affaires est passé de 3,5 millions d’euros en 2023 à 2,5 millions en 2024, puis à seulement 1,2 million en 2025. Les dernières hélices ont été livrées en décembre 2025. « Le carnet de commandes est vide et les perspectives sont nulles », a expliqué Luc Lajoye, PDG de FAI et président du conseil d’administration du groupe Les Bronzes d’Industrie (LBI), la maison mère mosellane qui avait racheté le site en 2000.
Naval Group, devenu quasiment l’unique client de la fonderie nantaise ces dernières années, a certes un carnet de commandes bien rempli pour ses sous-marins. Mais les hélices se montent en fin de programme : les prochains besoins ne sont pas attendus avant 2028 ou 2029. Naval Group avait même passé des commandes anticipées pour tenter de soutenir l’activité de FAI — en vain.
L’évolution technologique comme coup de grâce
Au-delà du manque de commandes à court terme, c’est une mutation technologique profonde qui a condamné la fonderie nantaise. Les hélices monoblocs de très grande taille, spécialité de FAI, sont progressivement remplacées par des hélices assemblées — un moyeu sur lequel on rapporte des pales séparées. Ces pièces de taille moyenne peuvent être produites sur d’autres sites du groupe LBI, notamment par sa filiale Inoxyda au Petit-Quevilly, près de Rouen.
Quant aux rares hélices monoblocs géantes encore en service — certains grands porte-conteneurs en sont toujours équipés —, elles sont désormais produites en Asie, en Corée du Sud notamment. En Europe, seul l’allemand Mecklenburger Metallguss conserve cette capacité. La France, elle, ne l’a plus.
Sept salariés, et un patrimoine industriel en sursis
Le site ne comptait plus que sept salariés, qui achèvent actuellement l’évacuation des locaux avant une fermeture définitive fin avril. Le groupe LBI dit avoir proposé des reclassements dans ses filiales de Rouen, Montluçon et Amnéville. Les intéressés ont décliné — on comprend aisément qu’un ouvrier nantais n’aille pas s’installer en Moselle du jour au lendemain. Trois d’entre eux ont trouvé un poste dans d’autres fonderies de la région.
Le groupe LBI dans son ensemble se porte bien, avec 350 salariés, un chiffre d’affaires de 65 à 75 millions d’euros et 60% d’activité à l’export. La fermeture de FAI n’est pas un naufrage économique pour la maison mère. C’est en revanche un symbole : celui d’un savoir-faire industriel français unique qui s’éteint faute d’avoir été protégé.
Un symbole de plus dans la désindustrialisation française
Cette fermeture s’inscrit dans un contexte national alarmant. Selon le cabinet Trendeo, la France a enregistré en 2025 un solde négatif de 63 usines — 63 fermetures de plus que d’ouvertures —, un niveau inédit depuis 2013. La CGT recense de son côté près de 500 plans de licenciement en un an et demi, dont 360 dans l’industrie, et 45 000 emplois supprimés dans le secteur depuis 2024.
L’ironie de l’histoire ne manque pas de sel : au moment même où la FAI ferme ses portes, Emmanuel Macron se rendait ce 18 mars sur le site Naval Group d’Indret, en Loire-Atlantique, pour officialiser le baptême du futur porte-avions nucléaire « France Libre ». Un navire dont les hélices ne pourront plus être coulées en France. On parle de souveraineté industrielle et de réarmement à longueur de discours — mais on laisse mourir la dernière fonderie du pays capable de produire les pièces qui équipent nos bâtiments de guerre.
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[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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2 réponses à “Nantes. La Fonderie Atlantique Industrie ferme ses portes : un siècle de savoir-faire naval parti en fumée”
J’ ajoute colontiers ce que Florian PHILIPPOT a, sur X, dit : »Puisque ce porte avions s’appellera « France Libre », il va falloir en tirer les conséquences logiques : être vraiment la France libre et donc quitter l’UE et l’OTAN ! » https://x.com/f_philippot/status/2034298674830782685
mille excuses « volontiers » au lieu de « colontiers »