Sur les sentiers ignorés du monde celte [lecture]

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Les Celtes étaient-ils braillards et désorganisés, artistes de talents certes, mais piètres ingénieurs, comparés à leurs voisins romains ? Ces images d’Épinal, Graham Robb, écrivain et historien britannique, les balaie d’un revers de main – ou plutôt d’un bon coup de pédale. En cycliste invétéré, l’auteur de Sur les sentiers ignorés du monde celte nous emmène à bicyclette sur les chemins de France, retrouver trace d’antiques routes celtiques.

Les références archéologiques se mêlent aux déductions toponymiques, les citations d’auteurs grecs ou romains répondent à une étude minutieuse de la géographie et de la cartographie, et tant d’érudition s’exprime pourtant dans un langage aisé et accessible.

Graham Robb déroule petit à petit le fil d’une organisation tout à la fois symbolique et scientifique du territoire des Celtes. S’il ne fait aucun doute que des routes existaient déjà en Gaule bien avant l’arrivée des Romains – et contrairement à ce que l’on imagine communément aujourd’hui, malgré les dires de César !–, l’auteur tente d’en retrouver les principaux tracés. Par exemple, la « voie héracléenne » s’avèrerait davantage qu’un simple itinéraire légendaire, suivi par Hercule pour ramener le troupeau de Géryon (dixième de ses travaux), partant du sud-ouest de la péninsule ibérique (soit des fameuses colonnes d’Hercule) jusqu’aux Alpes. En outre – et sûrement pour le plus grand bonheur des spécialistes !–, Graham Robb propose une explication à un sujet resté visiblement problématique jusqu’à aujourd’hui : le nombre important de toponymes actuels dérivant du terme mediolanum (« sanctuaire du milieu »), tels Château-Meillant, Meylan, Molain, Milan, etc., pourrait faire référence à un système d’arpentage et de découpe du territoire. Les Celtes auraient donc mis en place un réseau de points géodésiques, permettant d’organiser leur espace de manière rationnelle et de se situer géographiquement.

Au-delà de cette immersion dans les connaissances scientifiques de l’Antiquité, l’auteur propose une relecture de la civilisation celtique, débarrassée des préjugés nés d’une constante comparaison avec son homologue romaine. On regrettera simplement certain raccourci historique quelque peu surprenant : tentant de s’expliquer le faible nombre de trouvailles archéologiques sur la façade atlantique datant de la fin de l’âge du bronze, Graham Robb n’hésite pas à supposer que « Jusqu’au XIXe siècle, la Bretagne et la péninsule du Cotentin, les marais de Vendée et du Poitou, et les Landes broussailleuses étaient encore des aires culturelles et économiques séparées du reste de la France. Les premiers colons celtes découvrirent probablement ce que les ethnologues et les administrateurs y trouvèrent au XIXe siècle : une population rachitique ravagée par le paludisme, s’accrochant de ses dernières forces aux marges du monde habité. » Les Ducs de Bretagne et de Normandie se trouveraient sûrement peinés de savoir que l’Histoire de leurs contrées a été tuée dans l’œuf par le paludisme !

Écrivain amoureux de la France, Graham Robb est également l’auteur de Une histoire de Paris par ceux qui l’ont fait (2010), et de Une histoire buissonnière de la France (2011), ouvrage dans lequel il jouait déjà les explorateurs à bicyclette, partant à la découverte d’une France oubliée, dont les petites histoires locales ont pourtant tissé la trame de l’Histoire avec un grand H.

ALG

Sur les sentiers ignorés du monde celte, Graham Robb, Flammarion (collection Au fil de l’histoire), 2014, 26 €

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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Une réponse à “Sur les sentiers ignorés du monde celte [lecture]”

  1. Pascal dit :

    Commentaire sur le livre de M. Robb :
    Tout livre parlant du monde celte est digne d’intérêt pour nous apprendre vraiment d’où viennent les traditions du peuple français. Au regard du commentaire fait sur mediolanum, le contenu pourrait être plus affirmatif. Mediolanum est bien la désignation d’un point central renvoyant à une découpe récurrente des territoires celtiques. Étymologiquement « medio » signifie « milieu, centre » et « lanum » « terre, territoire ». Le sens coule de source. Le centre était rattaché à quatre territoires, comme l’Irlande et ses quatre comtés. Certains auteurs avancent même que la Bretagne actuelle aurait conservé ce découpage avec les cinq départements : quatre territoires plus un centre. Des associations existent pour entretenir ce savoir, elles contribuent aussi à le reconstituer et sont en mesure d’éclairer toute personne intéressée sur les nombreux aspects de la culture celtique.

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