Impubliables. Pierre-Antoine Cousteau ou le rire du désespoir

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À quand une association des amis de PAC, non pas la Politique agricole commune européenne mais Pierre-Antoine Cousteau, pilier de Je suis partout avec Lucien Rebatet et Robert Brasillach, condamné à mort en 1946 pour crime de collaboration (peine commuée l’année suivante en travaux forcés à perpétuité), et finalement élargi en 1953, cinq ans avant de succomber à un cancer, alors qu’il venait à peine de passer le demi-siècle ? Car si les amateurs de ce maître en journalisme sont infiniment moins nombreux que les paysans, déjà ultra minoritaires en France, leur attachement au polémiste est chevillé au corps.

En ce cent-vingtième anniversaire de la naissance de Cousteau, en mars 1906 — comme le temps passe, eût dit Brasillach —, ces aficionados seront donc ravis par de nouveaux « inédits de Clairvaux », publiés avec panache sous le titre Impubliables (1), même si ce dernier volume est moins soigné (encre trop pâle et correction parfois défaillante) que les précédents.

L’histoire revue — et corrigée

Il est dommage surtout que ce volume paraisse si tardivement, alors qu’ont disparu presque tous les témoins de l’époque. Certes, un copieux appareil de notes renseigne utilement sur tel événement ou tel personnage, mais le lecteur de 2026 est si formaté, fût-ce à son insu, par la doxa régissant « ce passé qui ne passe pas » (et d’autant moins qu’il est sans cesse revisité à travers un prisme déformant), qu’il peut difficilement apprécier la charge de dynamite de certaines entrées. Telles « À vous de jouer, camarades communistes », et surtout « Lettre à mon fils, service utile », texte étincelant de causticité désespérée pour les initiés mais qui risque de désarçonner les jeunes par son humour systématiquement à contre-pied.

Car c’est là l’un des paradoxes de PAC : il détestait les Grands-Bretons, à preuve « Nos bons amis les Anglais » et les sept chapitres qui suivent, réquisitoire aussi bien charpenté que documenté sur « l’Angleterre pousse-au-crime ». Mais, anglophone, la cruauté de son humour évoque celle de Jonathan Swift ou du Thackeray du Livre des snobs, et Camille Galic a raison de remarquer dans sa préface que, « dans une autre vie et d’autres circonstances, Pierre-Antoine Cousteau déjà remarquable satiriste serait devenu le Swift français ».

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À cet égard, la longue nouvelle « Ivan Ivanovitch Popov », qui montre l’Armée rouge se ruer sur l’Europe occidentale à peine la Seconde Guerre mondiale terminée, et, avec ses nouvelles conquêtes jusqu’à Brest, se faire anéantir comme la Wehrmacht et le IIIème Reich avant elle par les bombardements américains, est un chef-d’œuvre d’ironie glaçante.

De même, du reste, que ses poèmes en « hommage » à Paul Éluard et à Aragon, et qu’on croirait écrits par ceux-ci. Mais la réalité dépasse une fois de plus la fiction : Éluard, auquel sont toujours dédiés des dizaines d’établissements scolaires, ne pondit-il pas en mai 1950, alors que, de Berlin à Bucarest, toute l’Europe de l’Est soviétisée subissait purges de masse, terreur et misère, une ode qui semble elle-même relever du canular ? Intitulée « Staline dans le cœur des hommes », on ne résiste pas à l’envie d’en citer quelques vers alors que la chaîne Arte propose une série de documentaires sur le Goulag :

Staline récompense les meilleurs des hommes

Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir

Car travailler pour vivre est agir sur la vie

Car la vie et les hommes ont élu Staline

Pour figurer sur terre leurs espoirs sans bornes

Et Staline pour nous est présent pour demain

Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur (etc.)

Brasillach et Kaganovitch, deux destins

Mais tous ces Impubliables ne sont pas aussi jubilatoires.

Ouvrant le bal macabre et portant sur l’Épuration, le chapitre « 500 000 affaires Dreyfus » est par exemple écrit sous le coup de l’indignation et du désespoir, jamais cependant exempts de verve, par exemple quand Pierre-Antoine Cousteau rappelle qu’après un séjour dans une prison improvisée dirigée par des « FTP ou des FFI à brassard », tomber aux mains de matons professionnels qui se contentaient d’exercer leur métier était « un véritable soulagement ».

Parmi ces « cinq cent mille innocents déshonorés, persécutés, torturés, anéantis par les “justiciers” de Moscou », écrit-il, « cinq cent mille Français qui sont l’élite de la France et que l’on traque parce qu’ils sont restés fidèles à leur gouvernement, parce qu’ils pourraient s’opposer un jour à la bolchevisation de laFrance ».

Au nombre de ces « Français irréprochables qui eussent dû être l’orgueil de leur pays mais que les “cours de justice” envoyaient au poteau » après un procès expéditif figure bien entendu « Robert Brasillach, le plus grand poète de la France contemporaine, fusillé pour crise de lèse-bolchevisme ». En l’occurrence son reportage dans Je suis partout sur le massacre de 22 000 officiers polonais exécutés à Katyn, liquidation attribuée par Moscou à la Wehrmacht alors qu’elle fut perpétrée par le NKVD stalinien aux termes d’un décret cosigné par Lazare Moisseievitch Kaganovitch, précédemment organisateur du sanglant Holodomor (cinq millions de victimes) en Ukraine, où les petits propriétaires russes ne furent d’ailleurs pas épargnés. Loin d’avoir à répondre de ces deux crimes majeurs contre l’humanité, Kaganovitch s’éteignit paisiblement en 1991, quasi centenaire, dans son confortable appartement moscovite quand le poète de Fresnes avait été supplicié à 35 ans bien qu’il n’eût pas une goutte de sang sur les mains.

« À lire ces écrits de prison, note Camille Galic, il semble que Cousteau ne se soit jamais consolé de l’assassinat de Brasillach et ne se soit jamais pardonné la cruelle manchette de Je suis partout, “Nous ne sommes pas des dégonflés”, après le départ de l’auteur des Sept Couleurs, le moins maximaliste mais le seul pourtant de l’équipe du journal à avoir connu “la mort en face” et y avoir succombé, et dont le nom revient souvent dans ces pages. De l’injustice faite à Brasillach, plaie inguérissable, découle celle dont lui-même fait montre à l’encontre des Français, coupables à ses yeux de n’avoir pas plus résisté à la “Terreur rouge” déclenchée à partir d’août 1944 par le PCF et ses collabos que, dans l’ensemble, ils n’avaient résisté à l’occupant teuton. »

Pour lequel lui-même, au contraire de son ami Rebatet, ne ressentait aucune dilection particulière, étant peu sensible à la pompe du IIIème Reich. Mais cet homme qui, de son propre aveu, venait de « l’extrême gauche de l’extrême gauche » — Brasillach le surnommait d’ailleurs « notre Lénine » (2) — connaissait bien les Etats-Unis (3) et y avait constaté les conséquences du melting-pot racial; il estimait ainsi que, face à la marée coloured, une « internationale blanche » serait bientôt nécessaire et que l’Allemagne hitlérienne pouvait être « malgré tous ses crimes, la dernière chance de l’homme blanc ».

Un cri d’amour trahi

Il faut savoir gré au professeur de médecine Jean-Pierre Cousteau qui, né en 1938, a si peu connu son père, bagnard si longtemps et mort si jeune, de s’être battu avec acharnement pour faire rééditer les livres de PAC épuisés, et publier ses inédits. Mais, comme il le dit dans son émouvant avant-propos à ces Impubliables, « s’il est des vaincus méprisables, il est aussi des vaincus qui ne le sont pas… Certains de ces textes ne sont rien d’autre qu’une autre vision de l’histoire, pas l’officielle, celle d’un vaincu. C’est pourquoi ils sont impubliables. C’est pourquoi je les publie. Pour moi. »

Et surtout dans l’intérêt commun, afin que les yeux se dessillent enfin sur d’autres heures les plus sombres de notre histoire. On reprochera certes à PAC son amertume, ses outrances, mais ce sont celles d’un homme qui, après avoir cru aux droits de l’homme et passionnément aimé la France, avait découvert le visage que, « dépouillée de ses oripeaux et de son lourd maquillage », elle a pu prendre à diverses périodes de son long passé. Ces écrits de bagne sont avant tout un cri d’amour trahi.

Florence Dunois

  1. Impubliables. Éditions Livr’arbitres. 278 pages, 22 €.

  2. Voir Lettres à une provinciale, Les Sept Couleurs éd., 2023.

  3. Lire Mon Amérique à moi, éd. Via Romana 2025.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Une réponse à “Impubliables. Pierre-Antoine Cousteau ou le rire du désespoir”

  1. Brunrouge dit :

    Superbe article, tellement loin du sionisme et du soutien à Zemmour colonne vertébrale de BI.

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