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02/02/2016 – 04h00 Nantes (Breizh-info.com) – Dans le dossier de Notre-Dame-des-Landes, on connait la répartition des rôles : Ségolène Royal « parle » aux écolos, Manuel Valls parle aux milieux d’affaires, tandis que François Hollande se réfugie dans un silence assourdissant, attendant sans doute que les choses se décantent.
Car la prudence lui commande de ne pas se mettre les écolos à dos – sa préoccupation première s’appelant élection présidentielle de mai 2017 ; il y pense le matin, le midi et le soir.
Tout doit être fait pour obtenir que Cécile Duflot – de moins en moins patronne des écolos – renonce à se présenter au premier tour. Si François Hollande obtenait le retrait de Mme Duflot, le Président augmenterait ses chances d’être qualifié au second tour. Il ne lui resterait plus qu’à neutraliser Jean-Luc Mélenchon. avec l’aide des communistes. Ces derniers ne demandent qu’à être achetés ; leur prix : une quinzaine de circonscriptions « réservées » aux législatives de juin 2017 et la certitude de pouvoir constituer un groupe à l’Assemblée nationale.
Récupérer une bonne partie de la gauche radicale deviendrait alors possible pour François Hollande, au nom de l’indispensable barrage à édifier contre Marine Le Pen. Si la manoeuvre réussit, le président de la République se retrouvera alors le second dimanche face à la présidente du FN. C’est le rêve de tous les présidentiables de droite et de gauche : affronter au second tour Marine Le Pen. Victoire assurée pour le candidat du système, même si Madame Le Pen tente en ce moment d’adoucir son image en faisant des risettes à l’électorat de droite sur le thème de « la France apaisée ».
Cette orientation ressemble davantage à de la com’ qu’à de la politique et n’inspire guère les classes populaires qui constituent la base de l’électorat frontiste ; ces dernières préféreraient qu’on leur promît du « travail pour tous les Français ». Laurent Ruquier, l’animateur de « on est pas couché » résume bien l’affaire : « on le sait tous : Marine Le Pen sera au second tour mais elle ne passera pas ». (Téléobs, 28 janvier 2016).
Donc François Hollande a besoin d’être le candidat unique de la gauche au premier tour pour accéder au second ; c’est ce que montrent les sondages. Il se classe toujours à la troisième place dans les intentions de vote . Sur cette base-là, Marine Le Pen est écrabouillée au second tour par Sarkozy (64%:36%) et par Juppé (70% / 30%). Quant à Cécile Duflot, elle joue les modestes à 3% dans les trois hypothèses (Sondage TNS-Sofrès, 26 décembre 2015).
Mais, à la présidentielle, trois points c’est énorme ; ils assurent la défaite pour l’un et la victoire pour l’autre. Mme Duflot peut donc négocier sa disparition de la course présidentielle, même si en ce moment, elle ne semble pas en grande forme ; en effet, un sondage Elabe pour BFM TV portant sur les intentions de vote à une éventuelle primaire de toute la gauche lui accordait généreusement 1%. Et dire que la même Duflot venait de déclarer à propos d’une telle idée : « la primaire des gauches et de l’écologie ? Pour moi, c’est oui ! » (L’Obs, 21 janvier 2016).
L’électorat de Jean-Luc Mélenchon demeure stable avec 10,5% des intentions de vote dans l’hypothèse Sarkozy-Bayrou, et 11% dans l’hypothèse Juppé. La vie serait donc belle pour François Hollande si Duflot et Mélenchon restaient au garage. Au second tour, il ne ferait qu’une bouchée de Marine Le Pen en utilisant le discours approprié (les valeurs, la République, la démocratie …) , le même qu’avait mis au point Jacques Chirac en 2002 contre Jean-Marie Le Pen ; il suffit de recopier !
Une fois l’épisode de la déchéance de nationalité achevé, un « deal » pourrait très bien prendre forme : la renonciation de Cécile Duflot – danger Le Pen oblige – contre quelques concessions affichées (fermeture d’une centrale nucléaire, enterrement du projet de Notre-Dame-des-Landes …) et quelques promesses dissimulées (retour au gouvernement et des circonscriptions réservées à Mme Duflot et ses amis).
En attendant, le juge des expropriations du TGI de Nantes a décidé l’expulsion de onze familles et de quatre agriculteurs à Notre-Dame-des-Landes. Victoire apparente pour Vinci. Car seulement juridique. « La décision du tribunal ne tranche rien (…) sur le fond du dossier. « Je n’ai pas jugé sur le bien-fondé de l’aéroport, sur son utilité publique, c’est au tribunal administratif de trancher » confie Pierre Gramaize (le juge).
La question reste donc politique. A un an de l’élection présidentielle, François Hollande prendra-t-il le risque de déclencher les hostilités avec les opposants au projet d’aéroport et leurs nombreux soutiens dans le pays prêts à en découdre avec Vinci et les autorités, et de rompre avec l’électorat écologiste ? » (Le Monde, 27 janvier 2016).
Puisque le juge n’a pas prévu de contrainte financière, il existe peu de chances pour que les opposants partent d’eux-mêmes. Si le gouvernement expédie gendarmes et CRS dans le bocage pour expulser les paysans, il ne pourra pas oublier les zadistes. Rude combat. A coup sûr, il y aura du sport. C’est ce que prévoit José Bové : « personne ne laissera expulser les paysans et moi le premier » (Le Monde, 27 janvier 2016).
Crédit photo : DR
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Une réponse à “Notre-Dame-des-Landes. François Hollande joue gros pour la présidentielle”
« Joue gros » c’est avec ou sans jeu de mot :) ?