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Pour le préfacier de cette Russie des tsars, Christophe Barbier, la Russie est un « mystère tragique » et « l’Européen bonhomme et bourgeois, ce démocrate bon teint qui aime l’ordre sans vénérer la force, balance entre fascination et répulsion comme il aime à la faire devant un alcool fort. »
Vouée à la vodka et au pouvoir tyrannique, la Russie ne changera pas. Elle est condamnée à l’autocratie comme les Etats-Unis sont assurés de vivre dans la plus belle des démocraties jusqu’à la nuit des temps.
Autant dire qu’avec un tel «penseur», cet ouvrage collectif suscite quelques réticences. Seize auteurs se sont penchés sur les tsars qui ont fait la Russie, étant entendu que les huit derniers dirigeants – Kerenski, Lénine, Staline, Khrouchtchev, Brejnev, Gorbatchev, Eltsine, Poutine – sont eux aussi des tsars, avortés, idéologues, liquidateurs, ectoplasmes…
Le niveau des contributions est pour le moins inégal. Il en est d’excellents, vrais connaisseurs du monde russe, chercheurs, auteurs d’ouvrages de référence tels Arrignon, Comte, Lorraine de Meaux, Marie-Pierre Rey, Sumpf, Werth… Mais que penser, ici, d’un Philippe Delorme qui décline toutes les reines de France, d’un Jean des Cars qui égrène les « sagas », du grand reporter Lecomte, vaticaniste expert en secrets, d’un Hecht, « journaliste indépendant » maitre d’œuvre à répétition d’ouvrages collectifs ? Quant à Madame d’Encausse, la énième mouture de ce qu’elle sait sur Catherine II s’approche dangereusement du Reader’s Digest.
Ce livre a malgré tout le mérite, à bon compte, de faire défiler des personnalités hors normes. Mais en ce qui concerne la singularité nationale, culturelle du peuple russe, il faudra aller voir ailleurs; par exemple dans la très bonne Histoire de la Russie des tsars de Richard Pipes (Perrin, 2013). Une somme parue en français, un demi-siècle après sa sortie. L’édition française a souvent du retard à l’allumage.
Jean Heurtin
* La Russie des tsars, Perrin/L’Express, 21,90 euros.
Photos : DR
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