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Le 1er novembre 2024, l’auvent de la gare de Novi Sad s’effondrait, tuant 16 personnes. Près de 2 ans plus tard, le mouvement étudiant né de ce drame vient de chasser Aleksandar Vučić du pouvoir. Dimanche 25 octobre, lors des élections législatives anticipées, la Liste des étudiants a obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale, mettant fin à 14 ans de domination du Parti progressiste serbe (SNS). Le soir même, l’ancien président a reconnu sa défaite : « il est clair que nous avons perdu ces élections ».
139 sièges sur 250
Selon les projections de l’institut CeSID-Ipsos, établies sur 56 % de l’échantillon traité, la Liste des étudiants recueille 52 % des voix et 139 sièges sur 250. La coalition menée par Vučić obtient 39,3 % et 104 sièges. Les 7 sièges restants reviennent aux partis des minorités nationales, dont 3 pour l’Alliance des Hongrois de Voïvodine. L’organisation indépendante CRTA donne des chiffres proches : 51 % des voix et 138 sièges pour la Liste des étudiants, contre 40 % et 104 sièges pour le SNS. Vučić lui-même estimait que les étudiants obtiendraient entre 135 et 140 sièges, contre environ 105 pour son camp.
Les résultats officiels restent partiels, et le dépouillement se poursuit sur fond d’irrégularités et de retards signalés. À Leskovac, dans le sud du pays, le vote a été prolongé jusqu’à 23 heures dans un bureau après des violences qui avaient interrompu le scrutin.
L’ampleur de la victoire a surpris. Les derniers sondages ne donnaient à la liste étudiante qu’une courte avance, avec 44,5 % des intentions de vote contre 42,7 % pour la liste de Vučić.
Une participation record
La participation atteignait environ 68 % à 19 heures, bien au-delà des 58,77 % de 2023. La Serbie se dirige ainsi vers son plus fort taux de participation depuis l’éclatement de la Yougoslavie. Les chiffres varient toutefois selon les sources : la commission électorale, les observateurs indépendants et les étudiants, qui l’estimaient à 69,1 % à la fermeture des bureaux, ne s’accordent pas. Le mouvement avait précisément axé sa campagne sur la mobilisation des abstentionnistes.
De Novi Sad aux urnes
L’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad avait déclenché des accusations de corruption et de négligence contre le pouvoir. Les étudiants, qui réclamaient d’abord que les responsabilités soient établies, ont bloqué les universités et organisé des manifestations massives tout au long de 2025, avant de transformer leur mouvement en organisation électorale nationale.
Le SNS gouvernait la Serbie depuis 2012. Vučić avait été Premier ministre à partir de 2014, puis président à partir de 2017. Son gouvernement a misé sur les investissements dans les infrastructures et la modernisation économique, tout en menant une politique étrangère souverainiste, en équilibre entre l’Union européenne, la Russie et la Chine. Ses opposants l’accusaient de mainmise sur les institutions, de restrictions de la liberté de la presse et de corruption systémique.
Après les législatives de 2022 et de 2023, Vučić avait convoqué ce nouveau scrutin anticipé en septembre. Il avait démissionné de la présidence le 27 septembre pour se présenter aux législatives et tenter de revenir au poste de Premier ministre. news
Un gouvernement sans coalition
Composée d’universitaires, de professionnels et d’autres candidats choisis par les assemblées étudiantes, la Liste des étudiants pourra gouverner seule. Parmi ses élus figure l’ancienne star du basket serbe Dejan Bodiroga. Le nouveau Parlement doit se réunir dans les 30 jours suivant la proclamation des résultats définitifs et élire un gouvernement dans les 90 jours suivant sa constitution. Une élection présidentielle doit également être organisée après la démission de Vučić.
Le programme en 11 points du mouvement est centré sur les réformes intérieures : restauration de l’indépendance de la justice, création d’une police judiciaire spécialisée, confiscation des biens mal acquis, transparence des marchés publics. Il comporte aussi des mesures sociales, comme la gratuité des manuels scolaires et la baisse du prix des médicaments, dont le financement reste à préciser.
La Russie, le Kosovo et l’Union européenne
En politique étrangère, le mouvement s’est engagé à préserver le partenariat traditionnel de la Serbie avec la Russie et à maintenir la position du pays sur le Kosovo. Il ne s’engage pas explicitement en faveur de l’adhésion à l’Union européenne et a évoqué l’idée d’un référendum sur l’intégration européenne. Cette ambiguïté reflète la diversité d’un mouvement qui a rassemblé des électeurs de tous bords, unis avant tout par leur opposition à Vučić.
Les négociations d’adhésion avec Bruxelles, au point mort notamment sur la réforme de la justice et les relations avec Moscou, pourraient en être affectées, mais aucun basculement géopolitique n’est acquis.
Le mouvement n’a pas échappé aux critiques de la droite nationaliste. La coalition Droite authentique lui reproche l’absence de ligne nationale claire. Le dirigeant conservateur Miloš Jovanović a qualifié sa structure atypique d’« expérience » politique aux responsabilités floues.