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Quatre-vingt-treize solitaires de la Route du rhum étaient en course ce mardi soir puisque nombre d’entre eux sont repartis après escale de Bretagne, d’Espagne et du Portugal, alors que sept ont refait demi-tour. Les conditions météo sont favorables des Canaries à la Guadeloupe, mais un front est attendu demain pour ceux qui n’ont pas encore passé Madère. Or ce front va générer une dépression devant le Portugal…
La route est encore longue pour la majorité des 93 solitaires en course : Christophe Bogrand (Sterec Aile Bleue) a en effet dû rallier Brest suite à son démâtage lundi, et sept autres skippers sont revenus sur leurs pas en raison de nouvelles avaries. Mais l’Atlantique est vaste et les conditions de navigation ne sont pas du tout les mêmes dans le golfe de Gascogne (où dix-sept voiliers font face à une brise de Sud à Sud-Est) et à l’approche de l’arc caraïbe, où les leaders en Multi50 et en IMOCA profitent d’un alizé d’Est musclé avec des grains.

© Sealaunay
Une dépression en formation
De fait, les partants du week-end dernier ne doivent pas traîner pour déborder le cap Finisterre avant l’arrivée d’un front prévu pour jeudi au large du Portugal et qui va normalement se transformer en perturbation. Quelque part une bonne nouvelle pour eux puisqu’ils pourront alors passer par-dessus avec un flux d’Est, puis de Nord 20 à 30 nœuds qui devrait leur permettre de glisser rapidement ensuite vers le Sud afin de connecter les alizés. Clairement, il vaudra mieux être au minimum à la latitude de Madère le week-end prochain, au risque de se faire prendre par une nième dépression qui va balayer les Açores, puis la péninsule ibérique !
Et pour ceux qui naviguent encore entre Lisbonne et Madère, autant prendre le plus de Sud possible pour éviter de s’engluer dans une dorsale qui précède ce front. Mais il ne sera pas aisé de se dépatouiller de cette alternance de vents faibles et instables avec un flux de Sud qui court devant cette perturbation. Emmanuel Le Roch (Edenred) l’indiquait ce mardi matin : il avait dû traverser une zone de molles avant de retrouver un peu de consistance avec une brise de Nord-Est. Et ceux qui auront le plus de difficulté à s’extraire de ce nouveau phénomène météo sont malheureusement ceux qui ont dû faire escale en Espagne ou au Portugal tels Claire Pruvot (Service Civique) ou Carl Chipotel (Pep’ Gwadloup)…
Fracture alizéenne
Pour le peloton qui navigue au large de Madère et des Canaries, la solution semble venir du Sud : les brises portantes sont plus consistantes du côté du tropique du Cancer et ce, jusqu’à jeudi. Car à suivre, la genèse de cette dépression madérienne va provoquer une rupture d’alizés et il vaudra mieux se positionner sous le 25° Nord au risque de s’enferrer dans des calmes prolongés. Le parcours soi-disant paisible entre les archipels des deux côtés de l’Atlantique devrait se transmuter en cheminement laborieux dans un cocktail atypique fait de calmes et de brises improbables… C’est le grand chambardement : « la mer perd la boule et fait sauter ses houles… »
Heureusement plus à l’Est, les leaders et leurs poursuivants dans toutes les catégories de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe sont bien installés dans un flux de secteur Est à Nord-Est, caractéristique d’une bordure méridionale de l’anticyclone des Açores. Or celui-ci va se faire « écrabouiller » par l’arrivée de cette dépression dès jeudi : c’est plutôt favorable pour tous ceux qui ont déjà avalé la moitié de l’Atlantique, moins pour ceux qui n’auront pas franchi le 30° Ouest d’ici mercredi soir… Thomas Coville (Sodebo Ultim’) l’a bien compris, lui qui sur son trimaran ULTIME plonge plein Sud à l’intérieur des Canaries côté Maroc, pour tenter une voie probable par l’archipel du Cap-Vert ! Il peut se le permettre grâce à la puissance de son bateau, tout comme Thierry Bouchard (Ciela Village) en Multi50. Mais pour bien d’autres, la voie du Sud ne sera pas facile à atteindre…
Des leaders affirmés
Et si la Guadeloupe se remet doucement de ses émotions liées à ce final époustouflant entre Francis Joyon et François Gabart, elle va devoir se réveiller dès jeudi lorsque le troisième larron va pointer ses étraves devant la Tête à l’Anglais. Et ce troisième ne devrait être autre qu’Armel Tripon sur son Multi50 Réauté Chocolat : il possède près de 400 milles de marge sur Erwan Le Roux, soit quasiment une journée de mer ! Et il sera normalement suivi par le Britannique Alex Thomson (Hugo Boss) qui reste toujours le plus rapide des monocoques IMOCA dans ces alizés toniques, avec près de 200 milles de delta sur Paul Meilhat (SMA).
Et à un peu moins de la mi-parcours, Pierre Antoine fait cavalier seul parmi les Rhum Multi avec le leader des Class40 Yoann Richomme (Veedol-AIC) qui ne lui rend qu’une demi-journée ! Tandis que Sidney Gavignet (Café Joyeux) en Rhum Mono est aussi dans les parages à 1 900 milles de l’arrivée. Ces cinq premiers de leur catégorie n’ont donc pas trop de soucis à se faire puisqu’ils devraient bénéficier d’un alizé construit jusqu’à l’arc caraïbe, avec suffisamment de marge pour naviguer sans prise de risque. Ce que leurs poursuivants ne peuvent faire car ils sont tous groupés en grappes de trois ou quatre solitaires qui doivent se départager à l’occasion des nombreux empannages à réaliser avant la Guadeloupe et des grains à négocier dans ce flux tropical plutôt instable.
Toutes les informations et le classement ici
Crédit photos : © Sealaunay
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