Candida auris : le champignon « superbactérie » qui résiste aux traitements et s’installe dans les hôpitaux

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Identifiée pour la première fois en 2009 dans le conduit auditif d’une patiente au Japon, la levure Candida auris doit son nom au mot latin désignant l’oreille. En un peu plus de 15 ans, elle s’est répandue sur tous les continents. Souvent résistante à plusieurs familles d’antifongiques, capable de survivre des semaines sur les surfaces et de résister à certains désinfectants courants, elle est surnommée la « superbactérie » fongique. Chez les patients hospitalisés, les infections invasives qu’elle provoque sont associées à des taux de mortalité de 30 à 60 %.

Porteurs sains et infections graves

La plupart des personnes qui portent Candida auris sur la peau ne tombent jamais malades : on parle de colonisation. Le danger apparaît lorsque le champignon pénètre dans l’organisme, par une plaie, une incision chirurgicale ou un dispositif médical comme un cathéter. Il peut alors provoquer des infections de la peau, des plaies ou de l’oreille, mais aussi des infections du sang potentiellement mortelles.

Les symptômes varient selon le site de l’infection : fièvre et frissons, fatigue extrême, tension basse, rythme cardiaque rapide, température anormalement basse, douleur ou sensation de pression dans l’oreille. Ils ressemblent à ceux d’une infection bactérienne. Une forte fièvre qui persiste malgré des antibiotiques peut signaler une infection fongique, sur laquelle ces médicaments n’ont aucun effet.

Une personne colonisée peut le rester indéfiniment. Elle peut tomber malade plus tard, et surtout transmettre le champignon aux surfaces, au matériel et aux autres patients.

Une levure taillée pour l’hôpital

Candida auris est particulièrement bien adaptée à la peau humaine. La sueur et le sébum l’aident à s’y fixer, et elle forme des biofilms : des colonies de cellules entourées d’une enveloppe protectrice qui les rend plus résistantes aux médicaments et aux défenses immunitaires.

Elle se propage facilement dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les établissements de long séjour. La transmission se fait par contact direct avec la peau ou les liquides d’une plaie infectée, mais aussi par contact indirect avec des surfaces contaminées (rideaux, sols), des objets comme les téléphones portables ou du matériel médical comme les brassards de tensiomètre. Le champignon survit des semaines sur les surfaces, et plusieurs produits de nettoyage courants, dont les ammoniums quaternaires, ne l’éliminent pas de façon fiable.

Une transmission par l’air est également étudiée. Des prélèvements ont détecté la levure dans l’air et autour des bouches d’aération des chambres et des couloirs. Des gestes qui brassent l’air, comme faire un lit, pourraient remettre en suspension des particules contaminées.

Les patients les plus exposés

Le risque d’infection grave concerne avant tout les personnes déjà fragiles :

  • les patients aux séjours hospitaliers longs ou répétés ;
  • les résidents de maisons de retraite et d’établissements de long séjour ;
  • les personnes immunodéprimées ;
  • les patients porteurs de dispositifs invasifs (cathéters veineux centraux, sondes urinaires, drains, sondes d’alimentation, tubes respiratoires) ou récemment opérés ;
  • les diabétiques, dont les défenses immunitaires et la cicatrisation sont altérées ;
  • les personnes cumulant plusieurs maladies chroniques ;
  • les patients ayant récemment reçu des antibiotiques à large spectre ou des antifongiques, qui éliminent les souches sensibles et favorisent les souches résistantes.

Un champignon difficile à identifier

Candida auris est souvent confondue avec d’autres levures par les méthodes d’identification classiques, si bien que des cas passent inaperçus. Sa détection fiable exige des techniques avancées : séquençage ADN, PCR en temps réel ou spectrométrie de masse de type MALDI-TOF.

Le dépistage repose sur un simple frottis de la peau, généralement des aisselles et de l’aine. Il est recommandé pour les patients admis dans les services à haut risque comme la réanimation, pour ceux des services où des cas ont été signalés et pour les patients transférés d’établissements à risque.

En cas d’épidémie, des prélèvements dans l’environnement permettent de remonter à la source. En 2018, une flambée a ainsi été reliée à des sondes de température axillaires réutilisables : les nouveaux cas n’ont reculé qu’après leur retrait.

Pour confirmer une infection, les médecins analysent un prélèvement adapté au site suspecté : sang, frottis de plaie ou d’oreille. Les hémocultures montrent si le champignon a gagné la circulation sanguine.

Des traitements de plus en plus limités

Les autorités sanitaires américaines ne recommandent pas de traiter les personnes simplement colonisées. Aucune méthode n’a prouvé qu’elle éliminait la colonisation, et des antifongiques inutiles risquent d’aggraver les résistances.

En cas d’infection, le fluconazole, antifongique de référence contre les autres Candida, est inefficace. Certaines souches résistent même aux 3 grandes familles d’antifongiques : les triazoles, les polyènes (dont l’amphotéricine B) et les échinocandines. Ces dernières restent le traitement de 1re intention chez la plupart des adultes et des enfants de plus de 2 mois, car les résistances y sont encore rares. Si le patient ne s’améliore pas, l’amphotéricine B liposomale peut prendre le relais.

Le site de l’infection oriente aussi le choix du traitement. Les échinocandines diffusent mal dans le système nerveux central et les voies urinaires, où l’amphotéricine B, parfois associée à la flucytosine, peut leur être préférée.

Pour les infections du sang, les médicaments ne suffisent pas. Il faut retirer les cathéters et autres dispositifs implantés, drainer les abcès et répéter les hémocultures jusqu’à la disparition du champignon. Des examens complémentaires recherchent une éventuelle diffusion au cœur ou aux veines.

Les souches résistantes aux échinocandines, voire aux 3 familles d’antifongiques, dites « panrésistantes », deviennent plus fréquentes. Pour ces cas, des molécules encore expérimentales, comme le fosmanogépix ou l’ibrexafungerp, peuvent être utilisées dans le cadre de programmes d’accès élargi.

Huiles essentielles et miel de manuka à l’étude

La montée des résistances pousse les chercheurs à explorer des substances naturelles. Les résultats restent cantonnés au laboratoire ou à l’animal, et aucune n’est un traitement reconnu chez l’homme.

En 2022, une étude a montré que les huiles essentielles d’arbre à thé, de niaouli, de thym blanc et de cajeput freinaient la croissance du champignon et la formation de biofilms. Le thym blanc et le cajeput détruisaient même des biofilms déjà constitués. Sur 21 huiles testées dans une autre étude, la citronnelle, le clou de girofle et la cannelle se sont distingués, y compris sous forme de vapeur. Une étude de 2023 portant sur 15 huiles a désigné l’écorce de cannelle comme la plus efficace, avec un effet qui semblait aider le fluconazole à surmonter la résistance du champignon.

Plusieurs composés d’origine végétale ont également montré une activité antifongique : le carvacrol (étude de 2021), certains composés de la pharmacopée traditionnelle comme la berbérine ou le cinnamaldéhyde (étude de 2020), et la baicaléine, extraite de la scutellaire du Baïkal (étude de 2024).

Une étude publiée en août dernier a suivi plus de 400 résidents de maisons de retraite pour tester des bains au miel de manuka associés à des probiotiques oraux. La colonisation a disparu plus vite dans le groupe traité, en 224 jours contre 427, mais la différence n’est pas statistiquement significative et pourrait relever du hasard.

La prévention en première ligne

Candida auris supporte des conditions extrêmes, chaleur comme fortes concentrations de sel, et persiste longtemps sur les surfaces sèches ou humides. La prévention repose donc sur un ensemble de mesures.

À l’hôpital, les patients colonisés ou infectés sont placés si possible en chambre individuelle avec sanitaires dédiés. Pendant les épidémies, ceux qui portent la même souche peuvent être regroupés. Le matériel n’est pas partagé et les antibiotiques sont réservés aux cas nécessaires. Le personnel applique une hygiène des mains stricte, à l’eau et au savon, avec une solution hydroalcoolique à 70 % ou des produits à base de chlorhexidine, et porte des équipements de protection.

Les surfaces doivent être désinfectées au moins 2 fois par jour avec des produits dont l’efficacité contre Candida auris est démontrée, notamment les désinfectants chlorés comme l’eau de Javel à concentration adaptée. Les produits reposant uniquement sur des ammoniums quaternaires sont à proscrire. La vapeur de peroxyde d’hydrogène peut compléter le nettoyage final des chambres.

Après la sortie de l’hôpital, un patient peut rester porteur. À domicile, ses proches doivent porter des gants pour les soins (pansements, toilette) et se laver les mains ensuite. Les dispositifs médicaux doivent être entretenus avec soin et les plaies couvertes de pansements étanches jusqu’à cicatrisation.

Septicémie et défaillance d’organes

Les complications dépendent de la gravité de l’infection, de l’état de santé du patient et de la résistance de la souche. Une infection du sang peut évoluer vers une septicémie et une défaillance d’organes. Le champignon peut aussi atteindre les valves cardiaques, les yeux, le cerveau, les os, le foie ou la rate. Dans les cas les plus graves, l’infection est mortelle.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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