C’était mieux avant, l’Avent.

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Ce matin, sitôt sorti du lit, les yeux à peine décillés, mon fils de  5 ans, se précipite vers la table de la cuisine pour découvrir la surprise révélée par le calendrier de l’avent dans sa version 2018. Ce jour, la déception est grande, le petit cadeau mystère ne répond pas à ses attentes. Alors il  enrage, fulmine, tente de contenir son dépit.

Eh bien oui, les temps ont changé et  le décompte des jours précédant Noël s’est paré d’une certaine sophistication qui ne travaille plus à la simplicité des plaisirs. Difficile de montrer de la compréhension pour une telle frustration, moi qui garde le doux et  lointain souvenir d’ouvrir  les fenêtres d’un calendrier cachant  une série d’images s’égrenant   jusqu’à la   grande fête de Noël. Dans l’intervalle, le marketing a fait son travail de sape, cette science de la vente capable de pervertir la pureté du cristal et de la vendre au consommateur,  a revêtu les oripeaux du diable pour reprendre à son compte une vieille tradition germanique transformée en  éphéméride  mercantile.

La surenchère de l’Avent

En parent attentionné, désireux d’atténuer  l’impatience des enfants avant la découverte de leurs cadeaux, nous avons cédé  face aux injonctions de sacrifier aux nouvelles dépenses de l’Avent. Après tout, ce n’est qu’un petit échauffement budgétaire avant les dépenses de Noël. Et puis l’offre est pléthorique : du calendrier truffé de chocolats pour les candidats à la crise de foie du matin, en passant par le modèle  playmobil,  prêt à saturer l’enfant désabusé  de jeux, avant même  la grande remise des cadeaux du jour J. Les adultes ne sont pas en reste, que le  calendrier soit  dédié aux parfums, aux bijoux, et même  celui qui permet d’écluser une bière différente chaque jour jusqu’à y gagner l’embonpoint du père Noël. Le calendrier de l’Avent est devenu une petite rente marketing non négligeable, une plantureuse vente additionnelle qui s’agrège au gros business de fin d’année. Chaque marque y va  de sa petite musique. Au fond, pareille évolution reflète à merveille le goût de notre époque pour la surabondance des plaisirs et la sophistication des choses.

Et après l’Avent ?

D’images féériques de Noël, les petites phrases de l’Évangile se sont muées en chocolats, jouets de toutes sortes, aux fins de mieux polluer le cerveau déjà très compliqué et tourmenté de la génération en devenir. Comment leur apprendre la vertu de la patience et tout le   bienfait de réfréner la satisfaction du plaisir immédiat, quand nous-  mêmes,  devons résister à cette terrible  pression d’achat imposée par le  calendrier du marketing des fêtes ? Quel parent peut désormais soustraire, à moins de s’exiler sur l’île d’Ouessant, ses enfants à l’orgie de confiseries et aux accoutrements horrifiques d’Halloween ?

Notre modèle de société de consommation, encore balbutiant dans les années 60, préservait quelques  champs de liberté pour l’éducation familiale. Aujourd’hui, le marketing des marques dicte toutes nos  priorités domestiques.

Et après ? Eh bien un autre calendrier pardi ! La marque de champagne GH Martell vient de lancer son calendrier post-Noël,  qui permet de prendre de l’avance sur le réveillon de la Saint-Sylvestre en s’enquillant six bouteilles de champagnes avant le grand soir de la nouvelle année. Après tout, ce sera sans doute encore mieux après !

Raphno

Crédit photo : DR et Breizh-info.com
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