1021 habitants, un peu plus d’un kilomètre carré, une cinquantaine de lavoirs classés et plus de 30 000 visiteurs par an pour ses promenades en barque. Pontrieux, la « petite Venise du Trégor », affiche des atouts touristiques indéniables. Mais le rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Bretagne portant sur les exercices 2020 et suivants, dresse un constat sévère : la situation financière de la commune est « particulièrement tendue », en raison d’une capacité d’autofinancement structurellement insuffisante.
Une commune vieillissante et modeste
Située à la limite du Trégor et du Goëlo, membre de Guingamp-Paimpol Agglomération, Pontrieux perd des habitants depuis le début du XXe siècle. Depuis 1968, la population a reculé de près de 28 %, passant de 1 411 à 1 021 habitants — une tendance inverse à celle du département. Le solde migratoire est certes positif depuis les années 1990, mais il ne compense pas un solde naturel négatif constant depuis plus de cinquante ans.
Les plus de 60 ans représentent 43,4 % de la population, soit dix points de plus que la moyenne départementale. La médiane du revenu disponible par habitant s’établissait en 2021 à 19 440 euros, nettement en deçà du niveau intercommunal (21 770 euros) et départemental (22 670 euros). Un tiers seulement des ménages sont imposés, contre près de la moitié à l’échelle des Côtes-d’Armor. La part des logements vacants est passée de 9,5 % à 13,1 % en dix ans.
Des charges de personnel très supérieures à la moyenne
En 2024, les produits de gestion de la commune atteignaient 1 304 euros par habitant, soit 38 % de plus que la moyenne nationale des communes de même strate. Pontrieux dispose donc de ressources supérieures à la normale. Mais ses charges les dépassent largement : 1 232 euros par habitant, soit 59 % au-dessus de la moyenne nationale et 61 % au-dessus de la moyenne bretonne.
Les charges de personnel constituent le premier poste, avec 57 % des charges de gestion contre 45 % en moyenne pour les communes bretonnes comparables. Même en excluant la cinquantaine de saisonniers employés chaque été pour les barques, le taux d’administration reste élevé, à 11,6 agents pour 1 000 habitants contre 8,9 au niveau national. Les charges générales, elles, ont progressé de 11,9 % par an en moyenne, tirées notamment par un recours accru aux prestations de service — dont l’entretien d’un espace footballistique propriété de l’agglomération, pour plus de 228 000 euros cumulés sur quatre ans, alors même que la convention encadrant ce dispositif est échue depuis 2023 sans avoir été reconduite.
Résultat : la capacité d’autofinancement brute a chuté de 46 % entre 2020 et 2024, tombant à 108 euros par habitant quand la moyenne bretonne atteint 207 euros.
L’église, la mérule et la dette
La commune a par ailleurs dû faire face à des travaux imprévus sur l’église Notre-Dame des Fontaines, fermée depuis 2016 pour cause d’infestation par la mérule. Coût : plus de 800 000 euros sur la période, financés notamment par la fondation Stéphane Bern (180 000 euros), l’État, la région, le département et l’agglomération.
Faute d’autofinancement suffisant, Pontrieux a contracté 800 000 euros de nouveaux emprunts entre 2020 et 2024. L’encours de dette atteint désormais 1 233 euros par habitant, soit plus du double de la moyenne des communes de même strate (560 euros). La capacité de désendettement a presque triplé, passant de 4,3 à 11,4 années, se rapprochant du seuil prudentiel de douze ans.
Plus préoccupant encore : le fonds de roulement et la trésorerie sont négatifs sur presque toute la période. La commune recourt chaque année à des lignes de crédit de trésorerie — jusqu’à 300 000 euros — pour faire face au décalage entre encaissements et décaissements. Elle ne dispose d’aucune réserve de sécurité face à une charge imprévue, alors même qu’elle a récemment dû engager deux procédures de péril, pour un coût de 30 350 euros.
Comptes épargne temps : un fonctionnement « baroque »
Le rapport pointe des irrégularités notables en matière de ressources humaines. De janvier 2020 à juin 2025, la commune a indemnisé 482 jours de compte épargne temps à cinq agents, pour 41 560 euros — l’équivalent d’environ deux emplois à temps plein.
En cause, des modalités de gestion que la chambre qualifie de « baroques ». Des jours déposés sont identifiés comme des RTT alors que le cycle de travail des agents concernés n’y ouvre aucun droit : les agents administratifs, à 35 heures hebdomadaires, déclaraient en réalité leurs heures effectuées au-delà des 1 607 heures annuelles avant de les convertir en jours de RTT fictifs. Deux agents ont dépassé à huit reprises le plafond réglementaire, et deux autres ont placé 20 et 17 jours de congés annuels sur leur compte quand la réglementation en limite le nombre à cinq par an.
L’ancienne secrétaire générale a perçu plus de la moitié des indemnisations versées sur la période, déposant plus de 60 jours par an entre 2020 et 2023 — alors qu’il lui incombait, en sa qualité de responsable des services, de garantir la régularité de la gestion des ressources humaines. Le risque financier résiduel, estimé à 12 600 euros, n’est pas provisionné.
Un détournement de fonds à la régie des barques
Le service de promenades en barques, ouvert de mai à octobre, a vu sa fréquentation progresser de 68 % en quatre ans, avec un record de plus de 35 000 visiteurs en 2023. Il a rapporté 155 481 euros de recettes en 2024, pour 113 546 euros de charges — soit un bénéfice de près de 42 000 euros.
Mais en avril 2025, un détournement de fonds a été découvert au sein de la régie de recettes. Un audit de la direction départementale des finances publiques a conduit la commune à remplacer le régisseur, à séparer les fonctions de gestion financière et de régie, à mettre en place un dispositif de contrôle interne et à acquérir un coffre-fort. La chambre appelle à pérenniser ces contrôles.
Elle demande également de clarifier les relations avec l’association « Nos Lavoirs », qui assure le service les dimanches et jours fériés. La mise à disposition gratuite des barques communales s’assimile de fait à une subvention en nature, qui n’apparaît pas dans les annexes budgétaires. Le site internet de la commune, qui propose une tarification unique et une billetterie centralisée, ne fait pas apparaître clairement l’intervention de deux acteurs distincts aux responsabilités différentes.
Des projets abandonnés, un plan d’économies attendu
Face à ces constats, la commune a relevé son taux de taxe foncière sur les propriétés bâties en 2025. Au vu des projections de la chambre, elle a également renoncé fin 2025 à la rénovation de l’école (2 millions d’euros) et reporté la réfection de la toiture de la mairie (275 000 euros), jugées financièrement insoutenables.
La chambre formule six recommandations, dont l’élaboration d’un plan pluriannuel d’économies de fonctionnement. Elle suggère plusieurs pistes complémentaires : une hausse de 40 % du tarif des barques (le billet adulte passerait de 5 à 7 euros, pour environ 60 000 euros de recettes supplémentaires), l’instauration de stationnements payants au moins en période touristique, et surtout une réduction des dépenses de personnel — le non-remplacement d’un départ en retraite prévu en 2026 étant jugé insuffisant.
Dans sa réponse datée du 21 mai 2026, le maire Samuel Le Gaouyat indique que le rapport n’appelle de sa part aucune observation complémentaire.