L’Espagne est championne du monde. Sur le plan strictement sportif, personne ne trouvera à y redire : la Roja a remporté son deuxième titre mondial après 2010, seize ans plus tard, au terme d’un parcours d’une régularité écrasante — un seul but encaissé en huit matches, le Portugal, la Belgique et la France éliminés en route, trente-huit rencontres sans défaite, la plus longue série jamais réalisée par une sélection européenne ou sud-américaine. Rodri, élu meilleur joueur du tournoi, a soulevé le trophée. La logique a été respectée.
Le problème, c’est tout le reste.
Une finale que le football aurait préféré ne pas avoir à jouer
Dimanche soir au MetLife Stadium de New York, l’Argentine a livré une prestation qui restera dans les annales — pour de très mauvaises raisons. Jamais, dans l’histoire des finales de Coupe du monde, une équipe n’avait terminé le temps réglementaire avec zéro tir. L’Albiceleste a attendu la 117e minute pour tenter sa chance. Deux frappes au total sur l’ensemble du match, aucune cadrée. Zéro expected goal durant les quatre-vingt-dix premières minutes. Unai Simon, dans le but espagnol, n’a effectué aucun arrêt.
Ce n’est plus du réalisme défensif, c’est un refus de jouer. À plusieurs reprises, les Argentins ont dégagé en touche le plus loin possible, sans même chercher à conserver le ballon. L’objectif semblait clair : tenir jusqu’aux tirs au but et laisser la loterie décider. Une finale de Coupe du monde ramenée au statut de partie de pile ou face.
Et pour ceux qui, jusqu’ici – comme moi d’ailleurs – défendaient encore la garra argentine, cette manière d’aller chercher la gagne dans les interstices du règlement, il faut bien admettre que certaines limites ont été franchies. Le coup de coude de Leandro Paredes dans le dos de Rodri, gratuit, uniquement destiné à faire mal. L’expulsion d’Enzo Fernandez pour une grosse faute sur Pau Cubarsi dans le temps additionnel. Paredes encore, exclu après la rencontre pour avoir cherché la bagarre. Le sport de haut niveau connaît la roublardise ; là, on est passé à autre chose. Que dire du refus d’applaudir les espagnols brandissant le trophée ? On explique quoi aux gamins qui visionnent la rencontre ?
Il faut aussi dire un mot du Slovène Slavko Vincic, qui n’a jamais tenu ce match. Les duels à la limite de la faute se sont multipliés dans la surface argentine sans que rien ne soit sifflé. Un but de Nico Williams a été refusé à la 97e pour une faute de Merino sur Otamendi, décision au minimum discutable. Il a fallu attendre le temps additionnel de la première période de jeu pour qu’un second carton jaune sanctionne enfin l’accumulation. Quand Messi, à la 117e, frappe très fort dans le visage de Merino en tentant de marquer, on se dit que la rencontre aurait mérité d’être reprise en main bien plus tôt.
Torres délivre, Messi rate sa sortie
Il aura donc fallu un but pour départager tout cela : à la 106e minute, sur un centre de Pedri repris de la tête en retrait par Nico Williams, Ferran Torres a expédié le ballon sous la barre du pied gauche. Deux entrants, une action collective et technique, la seule séquence de la soirée digne d’une finale. Le coaching de Luis de la Fuente, qui pouvait se permettre de laisser Nico Williams sur le banc, a fait la différence.
Quant à Lionel Messi, à 39 ans, il quitte la scène mondiale par la petite porte. Stratosphérique tout au long du tournoi, huit buts, décisif à chaque tour, double passeur en demi-finale contre l’Angleterre, il est resté introuvable en finale. Ses larmes lors de la remise des médailles disaient assez ce que représentait cette dernière chance. Il ne sera probablement plus là en 2030.
Le Mondial de la honte, saison 2
Mais si cette finale laisse un goût aussi amer, c’est qu’elle vient couronner un tournoi qui aura été, du début à la fin, une longue démonstration de ce que le football est devenu.
On croyait avoir touché le fond au Qatar en 2022 : une Coupe du monde attribuée à un pays sans culture ni passé footballistique, dans des conditions dont l’odeur de corruption n’a jamais été dissipée, avec des chantiers construits sur l’exploitation de travailleurs migrants. On se trompait. L’édition américaine a trouvé d’autres moyens de faire pire.
Une FIFA qui fait et défait ses propres règles au gré des circonstances — la levée d’une suspension pour un joueur américain a nourri des accusations de favoritisme qui n’ont jamais reçu de réponse convaincante. Des prix de billets scandaleux pour ce qui reste, faut-il le rappeler, le sport populaire par excellence, celui des terrains vagues et des maillots numérotés au feutre. Une mi-temps de finale portée à vingt-sept minutes pour caser un spectacle musical et des écrans publicitaires supplémentaires : le match n’est plus l’événement, il est l’intervalle entre deux séquences commerciales. Le tout dans une compétition de trente-neuf jours calibrée pour les diffuseurs et les partenaires, ponctuée d’interruptions à l’américaine.
Le public, lui, ne s’y est pas trompé : Donald Trump et Gianni Infantino ont été copieusement sifflés lors de la remise du trophée. C’est à peu près le seul moment de la soirée où le stade a parlé d’une seule voix.
Des enfants chantant la paix
Reste l’image qui résume tout. À la mi-temps, des enfants chantant l’amour et la paix devant les caméras du monde entier, pendant que le pays hôte et son président bombardent l’Iran et quelques autres. On appelle cela du soft power. Autrefois, on aurait employé un mot plus court.
Le football ne va pas droit dans le mur : il y est déjà, et il accélère. Ce qui s’est joué dimanche à New York n’est que la conséquence logique d’un sport devenu une industrie du divertissement, où l’on vend des sièges à des touristes plutôt que des places à des supporters, où les règles sont négociables, où le spectacle prime sur le jeu. Que la meilleure équipe ait gagné est presque un accident heureux.
Il restera de ce Mondial une Espagne irréprochable, quelques matchs de haut niveau, quelques belles surprises aussi même si il faut être fou pour continuer à prétendre que 48 équipes, ça donne du beau spectacle. Ce sont les seuls motifs de satisfaction, et ils viennent du terrain — le seul endroit que la FIFA n’a pas encore complètement colonisé. Pour combien de temps ?
Ceux qui ont grandi avec le ballon savent ce qu’ils ont perdu. Les autres n’ont jamais connu autre chose que ce spectacle-là, et c’est peut-être le plus inquiétant.
YV
Photo : DR
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2 réponses à “Coupe du monde 2026 : après le Qatar, le deuxième Mondial de la honte version américaine s’est achevé au bout de l’ennui”
Autant j’ai regarder avec plaisir les match du Championnat des nations de rugby 2026 , autant j’ai préférer faire autre chose pour le foot qui n’est plus que le royaume du fric, de la triche, de la loose surtout quand c’est jouer dans un pays qui n’a aucunes histoire avec le foot Européen et un président arriviste, imbu de lui même, qui ce prend pour le centre de l’univers et impose ses volontés.
On est parti la tête basse et c’est temps mieux , au moins on n’a pas la honte de recevoir un trophée salis par tant de malversations , d’incompétences, de manipulations, de triches en tout genre.
Article très pertinent et bien articulé. Et, « un sport devenu une industrie du divertissement, où l’on vend des sièges à des touristes plutôt que des places à des supporters, ». Merveilleux, une vista digne de Messi il y a quelques temps. Très bien vu. En plus de cette victoire de la très performante équipe d’Espagne, un=n moment agréable aussi, c’est la tête de Trump, obligé de remettre la coupe à l’équipe d’un pays pro-Palestine, alors qu’il avait déjà anticipé de célébrer l’Argentine et son vassal Milei. Mais Netanyahou a du appelé Milei pour le consoler. Pour ceux qui ont vu la vidéo de Meyer Habib…Un autre qui a du mal dormir. Pas de fête au Gamla Brut Nature hier soir. https://x.com/Meyer_Habib/status/2077818484256354684