Goulard et Robo, hier à droite, aujourd’hui chez Macron

Le problème de tout homme politique c’est d’être élu, puis d’être réélu. François Goulard et David Robo connaissent bien cette règle. En toute « indépendance », bien sûr, ils viennent de rallier la majorité présidentielle. Les « convictions », c’est bon pour les « militants »…

La grande trouille des maires LR

72 maires et élus locaux de droite ont donc signé une tribune dans Le Journal du dimanche (9 juin 2019) appelant à soutenir le gouvernement. « Le temps n’est plus aux querelles de chapelles ou aux écuries présidentielles », ni « à l’opposition systématique », écrivent-ils. Ce ralliement, ils l’expliquent par « le succès rencontré par le grand débat et le regain d’intérêt marqué pour les européennes ». Mais ces gens, classés jusqu’à maintenant dans l’opposition, ont un autre argument formidable : « Nous voulons la réussite du président de la République et du gouvernement car rien ne se construira sur leur échec. » Fermez le ban. On l’aura compris, avec les résultats des européennes, dans leurs communes, les maires LR sont affolés. Leur grande trouille : trouver face à eux aux élections municipales de mars 2020 une liste LREM.

La déroute des Républicains aux européennes donne à réfléchir…

Parmi les 72, on trouve évidemment des Bretons. En premier lieu, François Goulard, président du conseil départemental du Morbihan. Il avait commencé par annoncer sa « nette prise de distance » vis-à-vis des Républicains ; il était en effet en désaccord avec la stratégie de Laurent Wauquiez de « ramener à lui des électeurs du Front national », mais il demeurait « pour l’instant » membre du parti (Ouest-France, jeudi 18 janvier 2018). Il n’a pas fallu longtemps pour qu’il clame : « LR n’est plus LR, je suis content d’en être parti » (Dimanche Ouest-France, Morbihan, 7 octobre 2018). Avec huit autres élus de droite, il signait ensuite une tribune qui avait le mérite de la clarté : « Le 26 mai nous voterons pour la liste soutenue par le Président et le Premier ministre » (Journal du dimanche, 14 avril 2019). Il n’y avait aucune raison pour que Goulard s’arrête en si bon chemin : « Je pense que dans le climat actuel de contestation, je préfère soutenir le gouvernement. Je ne suis pas d’accord avec tout, mais je crois que dans cette élection, il vaut mieux que ce soit La République en Marche ! qui l’emporte plutôt que le Rassemblement national. » (Le Journal de la Bretagne, 8 mai 2019). Avec le ralliement du 9 juin, la boucle est bouclée.

Au second tour des élections départementales de mars 2015, François Goulard (Union de la droite) l’avait emporté aisément dans le canton de Vannes 1 : 63,42% des suffrages contre 36,58% pour le tandem de la gauche. Or, aux récentes élections européennes, Nathalie Loiseau emporte la première place (32,24%) à Vannes, tandis que François-Xavier Bellamy doit se contenter de la quatrième (11,34%). Voilà qui donne à réfléchir, surtout lorsqu’on habite l’Ile-aux-Moines et qu’on aperçoit les électeurs vannetais de loin (« La plupart du temps, je suis à l’Ile-aux-Moines », Dimanche Ouest-France, 7 octobre 2018). À près de 70 ans, on espère à une campagne électorale – en 2021 – sans adversaire sérieux en face.

Robo, un maire de Vannes prudent voire malin

Dans le lot, on trouve également David Robo ; un homme qui connaît bien l’hôtel de ville de Vannes. Il y fit une première entée comme directeur de cabinet du maire de l’époque, François Goulard (UMP), en 2001. Consécration en 2011 avec son élection comme maire, alors que son patron devient président du conseil général. Les soubresauts qui agitent LR l’incitent à partir : « La politique, c’est un projet, un programme, des valeurs communes. Aujourd’hui Les Républicains, ce n’est pas ça », explique-t-il. Mais « je reste divers droite », poursuit-il (Ouest-France, Bretagne, vendredi 1er septembre 2017).

Homme prudent et réservé – ou tout simplement malin -, Robo évite de se mouiller dans la politique nationale. Car chat échaudé craint l’eau froide : il avait soutenu Alain Juppé lors de la primaire de la droite (2016), tout en apportant son parrainage à NKM ! Aux européennes, on ne sait pas pour qui il a voté ; « je suis indépendant », martèle-t-il (Le Mensuel du Morbihan, juin 2019). Pourtant, il avait été approché pour signer avec son ancien patron Goulard la tribune du JDD (14 avril 2019) dans laquelle il était question de soutenir le Président et le Premier ministre. Mais il s’était ravisé, car il ne « sentait pas le truc » (Le Mensuel du Morbihan, juin 2019). Dans Le Télégramme (mercredi 24 avril 2019), il avait déjà expliqué pourquoi il n’avait pas souhaité signer la tribune : « Ce n’était pas le moment. J’attends de voir les programmes. Je ne suis dans aucune chapelle et j’attends de voir ce qui va sortir du chapeau. »

« Ce qui va sortir du chapeau » est sorti au soir du 26 mai : 32,24% pour Loiseau, 16,87% pour Jadot, 13,42% pour Bardella et 11,34% pour Bellamy, à Vannes. Avec de pareils résultats, Robo n’a pas besoin de « voir les programmes » ; il a compris dans quelle direction le vent souffle. Or les prochaines élections municipales sont dans dix mois (mars 2020). En cornaquant une liste centre-droit/centre-gauche, appartenant bien entendu à la majorité présidentielle, Robo devrait conserver son siège de maire et son casse-croûte – il n’a pas envie de retourner assistant social, son ancien métier.

Bernard Morvan

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