Pour un juste hommage aux « Africains » du débarquement de Provence, août 1944 [L’Agora]

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Le président Macron est un homme pétri d’humanité. Nourri au lait d’un immense philosophe, Paul Ricœur (qui a tant donné dans la distinction, capitale, entre éthique et morale) il attache la plus grande importance à la gratitude. Il aime à reconnaître les hommes et les femmes qui, au péril de leur vie, se sont battus pour la valeur suprême, la liberté.

En demandant aux communes de France de donner le nom d’un combattant « africain » de 1944 à un de leurs espaces publics il contribue, vigoureusement, à la reconstruction de notre histoire.

Trop souvent, le « roman national » n’a su exalter que des chefs de souche aristocratique, les Leclerc de Hauteclocque, les Goulard de Monsabert, les de Lattre de Tassigny… Au niveau des subalternes, des simples combattants, seuls les « vrais » Français faisaient figure de libérateurs.

On négligeait nos « troupes coloniales » (appellation d’ailleurs insupportable), en faisant fi du sacrifice des tirailleurs « sénégalais », tunisiens, des spahis algériens, des goumiers et tabors marocains.

Donner aux plus méritants, aux plus décorés un nom de rue est une juste réparation qui ne saurait tarder. Il faudra juste, pour chaque impétrant, vérifier ses états de service, voir du côté de la justice militaire…

Formé en Afrique du nord, le Corps expéditionnaire français était composé de 43 % de « pieds noirs » et de 57 % de musulmans. Il participa à la campagne d’Italie et, après la prise de Rome, il fut versé à la Première armée française qui débarqua en Provence.

On estime entre 5 000 et 12 000 les viols et violences sexuelles commises par ces soldats, avec pour épicentre la Ciociara, une région près de Rome. Très peu de ces crimes furent sanctionnés, autour de 300. La loi du silence avait prévalu jusqu’à des travaux tout récents. En Italie, on appelait les femmes souillées par leurs libérateurs des « Marocchinate ».

Un triste passif que notre président ignore ou feint d’ignorer. Mais un homme d’une telle envergure morale (éthique ?) ne résistera pas bien longtemps à cette suggestion :

Que chaque commune de France qui donnera le nom d’une de ses artères à un « Africain » de 1944, donne en pendant celui de « Marocchinate » à une autre rue, place, square…

Elle participera ainsi à la très souhaitable féminisation des noms de rues. Et elle aura pour effet politique de clouer le bec au sieur Salvini, ce proto-post-archéo- néo-crypto fasciste toujours prêt à manipuler l’histoire.

Jean HEURTIN

À lire :

* Julie Le Gac, Vaincre sans gloire, le corps expéditionnaire français en Italie… Les Belles Lettres/ Ministère de la Défense, 2014.

* Eliane Patriarca, Amère libération, Flammarion, 2017.

Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Breizh-info.com est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place.

Crédit photo : Copie d’écran de La Ciociara (1960), film de Vittorio de Sica d’après un roman d’Alberto Moravia, avec Sophia Loren. Le film relate les viols commis en Italie par les troupes coloniales. Photo domaine public via Wikipedia.
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