Sécurité personnelle. Savoir se protéger avant de se défendre ?

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On me fait souvent cette réflexion, pourquoi ne pas évoquer les dispositifs offensifs comme les lacrymogènes ou les matraques pour qu’en cas d’attaques on puisse répondre de manière offensive plus que défensive ?

La première raison, c’est illégal, non d’acheter mais de porter ces armes sur soi sans motif réellement valable, il faut savoir que leur port peut vouloir dire que vous anticipez une attaque et selon le juge cela pourra être re-qualifié de préméditation et donc mettre en doute ce que vous croyez être votre légitime défense. Certains objecteront que l’expérience, le courage etc., … je leur laisse la responsabilité de leurs propos.

La deuxième c’est bien sûr le manque d’entraînement donné à ceux qui font l’acquisition de ce type de dispositifs, on ne parle pas là d’appuyer sur un simple bouton ou de faire des moulinets avec un bâton, on parle de l’aspect psychologique, de la préparation physique, des possibilités mais aussi des limites de ces outils, même l’usage d’un stylo tactique peut nécessiter un entraînement…

Savez-vous que lors d’une attaque rapide, par exemple au couteau, si votre agresseur se trouve déjà dans un rayon de 7 mètres autour de vous, sans un entraînement de professionnel vous n’avez quasiment aucune chance de vous en sortir ?

Beaucoup de gens se disent rassurés par ces outils, que la simple idée d’avoir une lacrymogène dans son sac à main ou une matraque dans sa voiture les tranquillisent, un peu comme celui qui possède un système d’alarme sophistiqué chez lui avant qu’on lui annonce qu’il a été cambriolé, qu’on lui a tout volé d’accord mais les alarmes ont parfaitement rempli leur tâche, tout le monde a été prévenu et dès demain une enquête sera lancée.

La seule assurance que ces outils vous apportent c’est celle, naturellement virile, mais un peu fanfaronne pour nous les hommes de prétendre être capable de nous défendre. On oublie trop souvent qu’il ne s’agit pas d’un « duel » mais que les agresseurs sont des criminels vicelards et que la lâcheté et la hargne de leurs attaques dépasse largement l’envie ou même la capacité de se défendre de leurs victimes – les hôpitaux ou les morgues en témoignent tous les jours.

La dernière raison et non la moindre tient au concept de riposte graduée ou de dissuasion…

Imaginez-vous en face d’un de ces voyous. Première hypothèse vous avez une lacrymogène ou une matraque, ce sont des outils offensifs et à ce titre elles doiventservir !

Déjà si vous êtes en train de la rechercher dans votre sac à main, votre défense est compromise et puis si vous vous contentez de la brandir et de menacer votre assaillant avec, ce qui sera probablement le cas de beaucoup d’entre vous, il aura toutes les chances de vous la prendre et de la retourner contre vous et ça c’est encore au mieux, car au pire des cas, il sortira une arme, un couteau dont il n’hésitera pas à se servir dès l’instant qu’il verra ce que vous avez dans les mains… Vous l’aurez rendu fou et prêt à passer à l’acte !

Dans le cas des attaques, homicides en hausse très sensibles selon les statistiques récentes, des agressions avec armes, notamment au couteau, sont devenues très fréquentes avec des conséquences particulièrement dramatiques… Vous l’avez vu dans la vidéo, ce type d’attaques est généralement lâche mais rapide, et selon les médias mainstream souvent l’œuvre de personnes « déséquilibrées » aux gestes totalement inattendus…

Des études, souvent étrangères, citées en source ci-dessous ont permis de mieux connaître les mécanismes humains face à ces attaques, que ce soit par l’emplacement, le nombre ou même le type de blessures occasionnées.

Ce qui ressort de manière quasi certaine c’est une exposition systématique de la main et particulièrement de la paume en guise de défense qui est liée à un instinct humain de protection des parties les plus sensibles.

Selon la classification de ces blessures aussi bien actives que passives, on les localise sur les parties du corps fréquemment utilisées pour se défendre ou se protéger :

  • sur la partie arrière de l’avant-bras ;
  • à l’arrière même du bras,
  • sur la paume de la main.

Dans un deuxième temps, on retrouve également des blessures sur les jambes, les pieds ou le dos.

Les blessures vives générées par les gestes instinctifs de self défense sont dans la plupart des cas des plaies incisées situées sur la paume de la main.

Les blessures passives sont elles plutôt présentes sur les extenseurs (muscles) des membres utilisées pour protéger les surfaces vitales du corps en les recouvrant contre les agressions ciblées. Il faut cependant prendre des précautions si l’on veut étudier de manière objective ces blessures sous un aspect médico-légal. S. Chattopadhyay et B. Sukutente dans leur étude (1) mettent en évidence différents types de blessures de défense et ce qu’elles causent dans le cas d’homicide mortel (les plus fréquemment étudiés) en fonction de l’âge et du sexe, résultats en ligne avec les recherches précédentes (2).

Gestes de défense

Dans 48 % des cas de victimes d’homicide, on a constaté des blessures dues à des gestes de défense donc, dans tous ces cas, les victimes ont appréhendé leur agression avec des gestes instinctifs. C’est en se protégeant qu’ils ont pour la plupart subi ces blessures.

Les hommes ont plus souvent ce type de blessures que les femmes, étant plus exposés à la violence. La population la plus fréquemment soumise à ces attaques, donc à recevoir des blessures dues à l’autodéfense, rassemble des individus du type masculin âgés entre 30 et 44 ans. C’est entre 15 et 29 ans que les femmes ont le plus de risques d’être victimes de telles blessures sans différence notable d’incidence avec les hommes.

Les personnes plus âgées sont les plus touchées par ces attaques, à l’origine d’un plus grand nombre d’homicides en raison de réflexes moins rapides et bien entendu de la souplesse physique réduite.

Les générations les plus jeunes sont elles particulièrement exposées car le manque dappréhension, une résistance plus faible, une confiance ou une naïveté trop importante vis-à-vis de leur assaillant entraînant des blessures moins nombreuses – ce qui veut dire moins de gestes de défense – mais plus mortelles.

D’autres études ont aussi montré que l’alcool jouait un rôle clé dans le fait qu’une personne pouvait avoir une attitude anormalement passive lors d’une agression.

Dans la quasi-totalité des cas de ces études, des armes blanches à arêtes vives ont été utilisées et n’ont donné lieu pratiquement qu’à des plaies incisées. Parmi les victimes tuées dans une ces agressions, 30 à 50% des tués présentaient ce type de blessure de défense selon la recherche de Pollak (5).

Dans l’étude de Sheikh (5), les blessures de défense sont dues à des armes tranchantes dans plus de 50 % des cas et à des objets contondants dans 35 %.

Metter (5) dans ses recherches révèle que les plaies incisées sont extrêmement courantes dans les blessures de défense, puis les coups de couteau et enfin les coupures.

Hunt (5) relève que seules 15 % des personnes présentant une seule blessure par arme blanche sont blessées lors de la défense, mais 54 % de celles qui présentaient plusieurs blessures le sont.

Chacune de ces études scientifiques révèle que dans la défense instinctive, les mains et les bras sont bien plus utilisées que n’importe quel autre membre ou même n’importe quelles armes que les victimes pourraient avoir à leur disposition, les armes dans la plupart des cas ne sont là que pour donner une confiance qui s’avèrera trompeuse car elles seront dans la grande majorité des cas impossible à mettre en œuvre puisque, comme évoqué précédemment, ces attaques se produisent généralement dans un cercle inférieur à 7 mètres dans lequel il est quasiment impossible de prendre l’offensive une fois l’assaut exécuté.

Selon la position durant l’assaut et celle de l’assaillant, les mains seront quasiment toujours utilisées pour se protéger. Les lésions sont unilatérales dans 70 % des cas et le côté gauche se trouve particulièrement exposé et touché dans la grande majorité des cas. Cette position dite du tourné est le réflexe par excellence dans lequel les membres supérieurs sont fréquemment utilisés pour résister ou repousser une attaque. La main gauche est plus utilisée par les victimes selon Katkichi, Mohanty et Metteret Sheikh (6) qui soulignent également que le côté gauche est donc aussi plus vulnérable durant ce type d’agressions.

Bien entendu ce sont les membres supérieurs qui sont le plus fréquemment utilisés dans la défense et représentent près de 80 % des cas où des blessures sont constatées sur une seule région du corps.

L’avant-bras et la main sont les premiers exposés car il est instinctif de se protéger en parant les attaques avec la main ou l’avant-bras. Si la victime est poussée au sol et la proie de plusieurs agresseurs, d’autres blessures peuvent être constatées sur les membres supérieurs, le dos ou même les membres inférieurs.

Dans la plupart des cours de Self Defense, il est conseillé de n’utiliser les mains pour se défendre que dans des circonstances favorables nécessitant force et précision. Au vu des études faites et des observations de la réalité sur des morts non virtuelles mais bien réelles lors d’agressions à l’arme blanche, malheureusement selon les statistiques de ces études, il faut noter que ces conseils ne sont pas mis en pratique, on se défend avec ce qu’on a et donc avec les mains ou les bras, quelles que soient les conditions de cette lutte.

En conclusion

  1. Il ne faut pas combattre ses instincts mais plutôt les valoriser en utilisant mains et bras pour se protéger.

  2. Des protections comme des gants et coudières de défense permettront donc d’utiliser vos membres supérieurs pour vous défendre instinctivement tout en les protégeant eux mêmes.

Dans tous les cas de figure, mesurez bien votre capacité ET votre volonté de combattre et avant de penser à vous défendre, pensez donc d’abord à bien vous protéger…

Article rédigé par Pascal, de la boutique kamouflages.comet le club de TolPar / Self Defense spécialisé sur les attaques à l’arme blanche www.kragma.orgV

Sources

(1) « Pattern of defence injuries among homicidal victims » Saurabh Chattopadhyay, Biswajit Suku. Septembre 2003. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2090536X12000780

(2) « Fatal head injury in homicidal victims » S. Mohanty, M.K. Mohanty, M.K. Panigrahi, S.K. Das. Med Sci Law,  (2005) « Evaluation of mechanical injuries in homicidal deaths (a retrospective study of 5 years) » G.O. Singh, B.D. Gupta. JIAFM, (2007)

« Homicidal penetrating incised wounds of the thorax an autopsy study of 52 cases ». J.J. Moar. S Afr Med J, (1984)

« Homicides by sharp weapons ». S. Mittal, S. Garg, M.S. Mittal, A. Chanana, H. Rai. JIAFM,  (2007)

« A study of homicidal deaths in Delhi ». A. Gupta, M. Rani, A.K. Mittal, P.C. Dikshit. Med Sci Law,  (2004)

« Suicidal and homicidal sharp force injury in a 5 year retrospective comparative study of hesitation marks and defense wounds »

S. Racette, C. Kremer, A. Desjarlias, A. Saunageau. Forensic Sci Med Pathol, (2008). « Homicidal and suicidal sharp force fatalities in Stockholm, Sweden. Orientation of entrance wounds in stabs gives information in the classification »

T. Karlsson.  Forensic Sci Int, (1998)

(3) « Homicidal sharp force injuries inflicted by family members or relatives ». H. Inoue, N. Ikeda, T. Ito, A. Tsuji, K. Kudo. Med Sci Law, (2006)

(5) « Clinical forensic medicine defense wounds ». S. Pollak, P.J. Saukko. Encyclopedia Forensic Sci (2004). « Defense wounds in homicidal deaths »

M.I. Sheikh, P. Pranav, K. Vijay. JIAFM, (2009). « Defence injuries caused by sharp force in homicides »

D. Metter, D. Benz. Z Rechtsmed, (1989). « Murder by stabbing » A.C. Hunt, R.J. Cowling. Forensic Sci Int, 52 (1) (1991)

(6) « An autopsy evaluation of defense wounds in 195 homicidal deaths due to stabbing » U. Katkichi, M.S. Ozkok, M. Osral. J Forensic Sci, 34  (1994)

« Defense wounds in homicidal deaths ». M.I. Sheikh, P. Pranav, K. Vijay. JIAFM, 31  (2009)

« Defence injuries caused by sharp force in homicides ». D. Metter, D. Benz. Z Rechtsmed, (1989)

« Self defense injuries in homicidal deaths ». M.K. Mohanty, M.K. Panigrahi, S. Mohanty, J.K. Dash, S.K. Das. JFLM, (2007)

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