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Personne ne voulait y croire, parce que le dossier sur lequel repose cette décision de dissoudre Génération identitaire est absolument vide. Personne ne voulait y croire car la ficelle était énorme : il s’agissait d’établir un « en même temps », renvoyant dos à dos des associations de soutien au terrorisme islamiste et de jeunes patriotes français. Personne ne voulait y croire, car les actes reprochés aux identitaires, des millions de personnes les avaient vus sur les réseaux sociaux, et pouvaient témoigner de leur caractère purement symbolique et non violent.
Rappelons les principaux griefs. Avoir déployé une banderole sur le toit d’un immeuble pendant que, dans la rue, des manifestants d’extrême gauche conspuaient la police et se préparaient à l’affrontement. Etre montés jusqu’à un col des Alpes et un col des Pyrénées pour dénoncer les frontières passoires, sachant que c’est l’immigration clandestine qui est interdite, mais pas la présence de jeunes Français sur le sol français, même munis d’une banderole et de fumigènes colorés. Avoir porté des blousons identiques, ce qui, vu d’avion, pouvait peut-être faire penser qu’il s’agissait de douaniers ou de gendarmes. Mais y a-t-il eu une seule plainte ? Une seule personne a-t-elle fait la confusion ?
Comme le soulignent à peu près tous les médias, y compris les plus hostiles à GI, cette dissolution est opérée uniquement pour faire passer la pilule de la dissolution de trois associations islamistes agissant en France, le CCIF, BarakaCity, et le collectif Cheikh Yassine, dissolutions consécutives à la décapitation du professeur Samuel Paty, ce qui est quand même autre chose qu’un fumigène agité à un col alpin. Une quatrième association, les Loups gris, organisation islamiste d’obédience turque, avait également été dissoute. Un membre des Loups gris s’était illustré en 1981 dans une tentative de meurtre de Jean-Paul II. Le pape avait été grièvement blessé. En octobre dernier, cette organisation paramilitaire, proche des services secrets turcs, avait refait parler d’elle en attaquant des Français, présumés d’origine arménienne, dans la région lyonnaise et iséroise, se livrant à une véritable chasse à l’homme. Ces agressions se voulaient des actions de soutien à l’offensive azerbaïdjanaise dans le Haut-Karabakh.
Cette dissolution a déjà fait une victime : Darmanin
On voit à quel point cette symétrie est artificielle entre islamistes et identitaires. Espérons que GI aille jusqu’au bout des recours juridiques, pour ridiculiser une nouvelle fois Darmanin, après le désaveu de la cour d’appel de Grenoble en décembre dernier, qui a relaxé les dirigeants du mouvement, poursuivis pour la manifestation dans les Alpes. Mais le mal est fait : cette mesure va désorganiser un groupe militant, remarquablement rodé aux actions spectaculaires, et ayant réussi à éviter toutes les provocations.
En toute hypothèse, cette dissolution fera une victime : Darmanin lui-même. Habituellement les ministres de l’Intérieur de qualité ou habiles parviennent à s’attacher une partie de l’électorat de droite, ceci quelle que soit leur étiquette politique. Voyez Chevènement, voyez Collomb. Darmanin, lui, a tout perdu. Il avait perdu son duel avec Marine Le Pen. Il perd aujourd’hui son rôle de « jambe droite » de la macronie. Mais il faut dire qu’avec une telle « jambe droite », on préfère être unijambiste… •
Francis Bergeron