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Mercredi après-midi, Marine Le Pen et Gilbert Collard étaient convoqués devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour y répondre du chef d’accusation de « diffusion d’un message à caractère violent ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine », puni de trois ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Une accusation totalement ubuesque quand on se souvient que les deux élus RN avaient précisément posté ces photos pour dénoncer les crimes de l’EI et en réponse à une comparaison ignoble faite par Jean-Jacques Bourdin entre le RN et Daesh. Mais, au-delà de son caractère absurde, cette affaire nous montre surtout comment le pouvoir en place, de façon ignominieuse, se permet d’utiliser une loi conçue pour lutter contre le prosélytisme islamiste pour tenter de réduire au silence son seul véritable adversaire politique.
« Une instrumentalisation de la justice »
C’est d’ailleurs ce qu’a fort justement rappelé Marine Le Pen dès son arrivée au tribunal : interrogée par les journalistes, celle-ci a en effet immédiatement dénoncé « un procès politique […] voulu par le ministre de l’Intérieur de l’époque » (Bernard Cazeneuve), et « une instrumentalisation de la justice » qui constitue « une atteinte extrêmement grave » à sa liberté d’expression. On n’aura donc pas été surpris de voir la présidente de la chambre expliquer dès le début de l’audience mercredi que le « principal enjeu de ce procès » était celui de l’« accessibilité aux mineurs » des images postées par les deux élus RN. C’était là, en effet, le meilleur moyen d’obtenir une condamnation des deux opposants politiques, tout en éludant le fond de cette affaire : cet amalgame insupportable fait entre « un groupement terroriste et barbare » et « un mouvement démocratique qui depuis 45 ans se présente à l’ensemble des élections » ! Aussi, a expliqué la présidente du RN, « j’ai simplement rappelé […] M. Bourdin à la raison par deux tweets ». Une réaction tout ce qu’il y a de plus logique, qui a également été celle de Gilbert Collard. Accusé lui aussi d’avoir posté des photographies d’exactions de l’EI « non floutées », celui-ci a alors observé très justement que « ces images avec leur violence nous mettaient en face de la réalité du crime et rappelaient la stupidité de la comparaison faite » par Bourdin.
Le prétexte de l’« accessibilité aux mineurs »
Se voyant alors demander par la présidente s’il estimait « que ces photos [portaient] atteinte à la dignité humaine », Collard a répondu « non », en ajoutant que « si un abruti [niait] la Shoah », il serait « parfaitement capable de lui sortir des photos de camps de concentration » ! Surtout, et comme l’a justement rappelé Marine Le Pen, « c’est le crime qui porte atteinte à la dignité humaine », et non « sa reproduction photographique », qui est ni plus ni moins que « de l’information ». D’ailleurs, a-t-elle souligné en citant l’exemple du cliché représentant Aylan, cet enfant migrant mort sur une plage de Turquie, « cette photo a été publiée par l’intégralité des médias français sans que jamais le parquet ne trouve une raison d’engager une poursuite de quelque nature que ce soit ». Autant d’arguments difficilement contestables, ce qui explique pourquoi le procureur a préféré axer ses réquisitions sur la question de l’« accessibilité aux mineurs » des images postées par les deux élus. Ainsi, a-t-il déclaré, « ils avaient parfaitement le droit de diffuser ces images, le problème est de s’assurer, avant la diffusion, qu’aucun mineur n’est susceptible de voir ou de percevoir ces images ». Une tâche évidemment impossible, comme l’a rappelé Me Bosselut, l’un des avocats de Marine Le Pen, qui a insisté sur le fait que les photos incriminées étaient « de notoriété publique, à la disposition de tous, et sans doute des mineurs, sans que Marine Le Pen ait besoin de les retweeter ». Ce qui n’a pas empêché le procureur qui de requérir 5 000 euros d’amende à l’encontre des deux élus du RN. •
Franck Delétraz