Thierry Burlot (Nous la Bretagne) : « Notre processus démocratique marche mal, de plus en plus mal » [Interview]

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Premier des cinq candidats à répondre aux questions à quelques jours du second tour des élections régionales, Thierry Burlot, de la liste Nous la Bretagne, candidat LREM soutenu par la majorité présidentielle, et qui n’a pas réussi à trouver un terrain d’entente avec Loig Chesnais Girard avant le second tour.

Découvrez ses réponses ci-dessous.

Breizh-info.com : Quelle est votre réaction après ce premier tour ? L’abstention, généralisée au niveau nationale, n’invalide-t-elle pas de facto ces élections ?

Thierry Burlot (Nous la Bretagne) : Deuxième série d’élections où le Covid aura impacté fortement les votes. Nous avions déjà des maires très mal élus, nous aurons des conseillères et conseillers départementaux et régionaux tout aussi mal élus. Mais l’abstention, la non-inscription sur les listes électorales existaient bien avant le Covid. L’abstention émeut les soirs d’élections entre 19h et 20H puis, hélas, semble oubliée jusqu’à l’élection suivante. Notre processus démocratique marche mal, de plus en plus mal.

Et je ne crois pas au vote obligatoire qui masquerait les doutes de nos concitoyens.

Breizh-info.com : En Bretagne, 5 candidats dans un mouchoir de poche, et au final, aucune fusion en vue du deuxième tour. La région ne risque-t-elle pas d’être ingérable ?

Thierry Burlot (Nous la Bretagne) :  Ingérable je ne le pense pas. Mais ne pas savoir comment elle sera gérée probablement. On réunit presque toutes les conditions pour avoir une majorité qui se dessinera hors de la vue des électeurs. La Quatrième République à la Région Bretagne. Je ne suis pas tout à fait sur que cela fasse mieux comprendre la Région, comme institution et la Bretagne comme projet.

Breizh-info.com : Quelles sont les propositions fortes que vous souhaitez mettre en avant à quelques jours des élections, pour mobiliser notamment les abstentionnistes, majoritaires ?

Thierry Burlot (Nous la Bretagne) :  Si vous voulez que la Bretagne soit gérée par un ou deux partis, ne votez pas. Si vous voulez que la Bretagne soit d’abord l’affaire d’un clan, ne votez pas. Si vous voulez que la Bretagne soit encore plus rennaise, ne votez pas. Si les lycées, les transports, la formation professionnelle, l’environnement, l’économie ne vous concernent pas, ne votez pas.

Je veux une Bretagne du plein-emploi et dans tous les territoires de Bretagne et pour toutes les économies. On ne fait rien et la Bretagne deviendra résidentielle et vieillissante.

Je veux une Bretagne où les transitions sont un moteur pour devenir la région la plus vertueuse de France voire d’Europe. On ne fait rien et la Bretagne deviendra opposition stérile entre ceux qui causent et ceux qui font.

Je veux une Bretagne où l’on donne plus de place aux solidarités entre territoires, entre générations, entre acteurs économiques et associatifs. On ne fait rien et la Bretagne deviendra une région banale, gérée, pilotée, mais sans odeur, ni saveur, sans ressort et au bout, sans vie.

L’alliance entre Daniel Cueff et Loig Chesnais Girard vous a-t-elle surprise ? Qu’est-ce qui explique que vous n’ayez pas trouvé un compromis avec Loig Chesnais Girard ? Quelles propositions lui aviez-vous faites ?

Thierry Burlot (Nous la Bretagne) :  J’ai proposé à Loïg Chesnais-Girard d’un côté et à Daniel Cueff de l’autre, de ne pas jouer au poker du deuxième tour avec une Bretagne sans majorité claire, sans cap et surtout sans projet cohérent. Je suis candidat pour une Bretagne rassemblée et pas balkanisée, où les villes votent vert et rose, quand les campagnes tentent différentes teintes de bleu. Je suis candidat pour que l’agriculture, l’environnement, l’économie ne soient pas traités par oukases ou points de vue, sans les acteurs, ceux qui font.

Mais que faire quand le projet de l’un est lui-même et quand l’autre explique Bretagne ma vie. Tant de moi, de moi-je, me laisse perplexe. Une addition d’égos plutôt qu’une discussion d’égaux autour d’un projet. Sacré programme…

L’abstention n’appelle-t-elle pas, plus globalement, à une réforme rapide, y compris constitutionnelle, des institutions dans lesquelles manifestement, une majorité d’électeurs ne se reconnaissent plus ? Car si Emmanuel Macron a été choisi par une minorité de Français, c’est aussi le cas des députés…des maires des métropoles…cela commence à faire beaucoup non ?

Thierry Burlot (Nous la Bretagne) :  Les Français ont toute latitude de voter ou de ne pas le faire et je ne suis pas sûr que l’abstention puisse se résumer à non-reconnaissance. Certains ne votent pas en se disant « ça marche sans moi », c’est l’abstention-délégation. Certains ne votent pas par lassitude « trop d’élections ». C’est le pari, somme toute dangereux » que la démocratie n’a pas besoin d’eux.

La politique ne peut pas tout ! Mais donner le gouvernail de la Région à des gens qui pensent tout savoir ou veulent tout faire seul et vous mesurerez les dangers de l’abstention.

Quand il y a treize listes, un record en France, celles et ceux qui pensent qu’ils ne seront pas représentés en dit plus long sur l’individualisation de notre société que sur la non pertinence des institutions. On ne peut pas gérer une collectivité sur le zapping, le vote permanent. Il faut de la stabilité. Mais on ne peut pas gérer une collectivité avec une minorité de gens qui vous ont élu. Il y a l’impérieuse nécessité d’articuler avec des formes de démocratie plus délibérative, participative.

Réformer les institutions pourquoi pas, mais en s’assurant de laisser aussi de la place pour le fait majoritaire, pour la démocratie comme protection de la minorité, pour ne pas s’illusionner sur une association permanente de toutes et tous au risque de rendre le tout ingouvernable. Il y a une nécessité de revivifier la démocratie, et elle ne se résume pas au processus électoral.

Thierry Burlot (Nous la Bretagne) :  Beaucoup parlent déjà d’un « troisième tour » en Bretagne. Qu’en dites-vous ?

Qu’il y en a un deuxième !

Thierry Burlot (Nous la Bretagne) :  Le mot de la fin pour les lecteurs/électeurs ?

Thierry Burlot (Nous la Bretagne) : Je ne partage pas grand-chose de commun avec Breizh Info, si ce n’est l’attachement à la Bretagne et à la pluralité des opinions et de l’info.

Je crois que la Bretagne a tous les atouts, toutes les compétences, tous les talents pour être une Région exemplaire, en bien des domaines. Je la sais belle et forte, quand elle est heureuse et rassemblée.  Je ne cesse de me battre pour elle, avec une liste qui est devenue une équipe et dont je suis fier !

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR (Nous la Bretagne)
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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1 COMMENTAIRE

  1. LREM est une start-up privée qui défend les intérêts des Français, c’est à dire les intérêts de la poignée de propriétaires de journaux qui ont nommé Mac-le-Rond chef des ventes de cette partie Ouest de l’espace commercial Schengen, en 2017.

    Le fantasme Attali porte un beau costume et est tellement propre sur lui qu’on pourrait faire une opération à cœur ouvert sur sa chemise, sans asepsie.

    On ne peut pas dire que LREM se fout de la gueule du monde, on est ailleurs, dans ces régions profondes et inexplorées du vide politique cosmique intersidéral de l’€urope du néant.

    « Nous la Bretagne » ressemble furieusement à « Ensemble, la France », c’est-à-dire que ça ne veut rien dire.

    La déconstruction, c’est du boulot & c’est un métier. C’est dur, c’est long, c’est ardu, c’est interminable…

    Nota bene : lorsque De Gaulle a évoqué la PARTICIPATION, dans la fin des années 1960, le patronat et les syndicats se sont cabrés immédiatement-tout-de-suite.

    Georges Pompidou est à l’origine de la rumeur qui disait que le Général était devenu « gaga » parce que De Gaulle évoquait, sans rire, l’idée de « partage ».

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