Bretagne : l’explosion silencieuse des addictions et la faillite d’un système de soins saturé

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Alcool, cannabis, cocaïne, médicaments détournés (ou consommés quotidiennement) : la Bretagne se noie dans une vague d’addictions qui frappe toutes les générations. Tandis que la demande de soins explose, les structures sont saturées, laissant des milliers de malades, de toxicomanes, de personnes en détresse psychiatrique ou psychologiques, sans solution. Derrière les statistiques notamment de l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives), des vies brisées, des familles abandonnées, et un système de santé au bord de la rupture.

Une région en première ligne

En Bretagne, une réalité glaçante s’impose : l’addiction est devenue une urgence sanitaire et sociale.

Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), la région dépasse régulièrement les moyennes nationales, notamment chez les jeunes. À 17 ans, seulement 8,7 % n’ont jamais bu d’alcool, contre 19,4 % en France. Plus inquiétant encore, près d’un garçon breton sur deux (47 %) admet au moins trois alcoolisations massives par mois, contre 28 % au niveau national.

Chez les adultes, 7,9 % consomment de l’alcool quotidiennement — un chiffre qui reste l’un des plus élevés de France. En 2023, les hôpitaux bretons ont recensé 14 425 passages aux urgences liés à l’alcool, soit près de 40 par jour. La mortalité n’est pas en reste : 11,3 % des décès liés à une maladie alcoolique du foie, contre 7,9 % au plan national. « On parle souvent de la Bretagne festive. Mais derrière, on enterre trop de jeunes chaque année à cause d’une biture de trop ou d’un accident de la route sous alcool. C’est devenu notre quotidien », nous confie un urgentiste à Brest.

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Cannabis, cocaïne, médicaments : la polyconsommation gagne du terrain

L’alcool n’est que la face visible de l’iceberg. Le cannabis est désormais massivement expérimenté en Bretagne : 55,4 % des adultes déclarent en avoir déjà consommé (50,4 % nationalement), et 36,4 % des jeunes de 17 ans, soit 7 points au-dessus de la moyenne française.

Les drogues dites « festives » ne sont plus marginales. Cocaïne, MDMA, kétamine : la jeunesse bretonne est plus exposée que dans d’autres régions. Au niveau national, 1,1 million d’usagers de cocaïne et 750 000 d’ecstasy ont été recensés en 2023. La Bretagne suit cette tendance, dopée par l’essor de filières d’approvisionnement via les ports et festivals.

À cela s’ajoute le détournement massif de médicaments. Opioïdes, benzodiazépines, codéine : autant de substances accessibles qui installent une dépendance insidieuse. En France, 467 000 usagers problématiques de drogues ont été recensés en 2022.

La détresse est partout. La Bretagne compte 982 décès prématurés par an liés au tabac avant 65 ans. Les addictions traversent toutes les catégories sociales : ouvriers, étudiants, chômeurs, cadres. Mais elles frappent plus fort dans un contexte de chômage, de précarité et de solitude. « J’ai commencé à boire pour tenir pendant mes études. Puis j’ai ajouté le cannabis, et enfin la cocaïne en soirée. Aujourd’hui, à 26 ans, je ne sais plus comment m’en sortir. On m’a dit d’attendre deux mois pour un rendez-vous. Je n’ai pas deux mois », témoigne Clara, étudiante à Rennes.

La pandémie, les crises économiques et l’inflation ont aggravé les vulnérabilités. Dans les services de soins, certains parlent d’un « cocktail explosif » où désespoir et produits addictifs s’entretiennent mutuellement.

L’offre de soins : un mur infranchissable

Face à cette vague, les structures spécialisées sont débordées. La Bretagne dispose de 16 Consultations Jeunes Consommateurs (CJC), qui suivent un peu plus de 2 000 jeunes. Chaque CJC prend en charge en moyenne 131 adolescents ou jeunes adultes par an — un chiffre dérisoire au regard de la demande.

Les CSAPA (Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) sont en tension permanente. Dans les Côtes-d’Armor comme en Ille-et-Vilaine, les délais d’attente pour un premier rendez-vous dépassent souvent un mois et demi à deux mois. « Quand on dit à un patient en crise qu’il doit attendre huit semaines, on le condamne à replonger. Et parfois à mourir », témoigne, amer, un médecin addictologue de Saint-Brieuc.

Les hôpitaux de jour en addictologie sont saturés. Les SSR (soins de suite et réadaptation) incluent les addictions, mais les places sont limitées. Les files d’attente s’allongent, et beaucoup de patients abandonnent avant d’obtenir un suivi.

Les proches ne savent plus comment gérer. « Mon fils de 19 ans alterne entre alcool et cannabis. On a frappé à toutes les portes. On nous renvoie de service en service. On nous dit qu’il faut attendre. Mais lui, il ne peut pas attendre. Nous non plus », raconte Marie, mère à Quimper, les larmes aux yeux. Les équipes médicales, elles, s’épuisent. Entre manque de lits, de psychologues, et salaires insuffisants, beaucoup sont résignés, mais vivent cela particulièrement mal.  « Nous sommes en sous-effectif chronique. Certains jours, on a plus d’appels que de places disponibles pendant des semaines. Nous devons choisir qui traiter en priorité. C’est une souffrance éthique terrible », explique Nathalie, infirmière dans le Morbihan.

Addictions et suicides : une alarme qui retentit même en été

Contrairement aux idées reçues, la douceur estivale n’apaise pas les détresses. Les tentatives de suicide liées aux addictions sont en hausse en Bretagne, y compris durant l’été. De plus en plus de patients arrivent aux urgences après avoir mêlé alcool et médicaments. « L’alcool est un puissant dépressif. Quand il s’associe aux anxiolytiques ou aux antidépresseurs, le risque suicidaire est multiplié. Et nous voyons de plus en plus de cas », alerte un psychiatre de Brest.

L’explosion des addictions n’est pas seulement un drame individuel. Elle menace la cohésion sociale : hausse des violences domestiques, conjugales, des comportements dangereux, accidents de la route, absentéisme au travail, déscolarisation des jeunes. La spirale addictive alimente aussi la petite délinquance et la violence de rue. Sans réaction, c’est toute une société qui risque l’implosion : familles brisées, services publics paralysés, système judiciaire engorgé.

Que faire ?

Les soignants réclament des mesures d’urgence :

  • Plus de places dans les CSAPA et SSR addictologiques ;
  • Un recrutement massif de psychologues, médecins et infirmiers spécialisés ;
  • Une politique de prévention ambitieuse, notamment dans les lycées et universités ;
  • Une lutte impitoyable contre les trafics, mais aussi une réflexion sur les causes sociales de la dépendance. « On ne vaincra pas l’addiction uniquement par la répression. Tant que la société offrira le vide et le désespoir, les jeunes iront chercher l’oubli dans les substances », conclut un addictologue du CH de Nantes.

La Bretagne, comme le reste de la France, est confrontée à une crise sanitaire majeure, mais les signaux y sont plus criants encore : plus d’alcool, plus de cannabis, plus de polyconsommations chez les jeunes. Or, les moyens restent dramatiquement insuffisants. Si rien n’est fait, le coût humain et social sera colossal. Addictions, suicides, violences : autant de symptômes d’une société en perte de repères. Derrière chaque chiffre, il y a une vie en suspens.

Il est temps de regarder l’addiction en face, de s’interroger sur ses causes profondes (l’effondrement sociétal en est une), et de prendre les mesures…pour éviter demain, un chaos psychologique et psychiatrique qui pourrait devenir incontrôlable.

Crédit photo : DR
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7 réponses à “Bretagne : l’explosion silencieuse des addictions et la faillite d’un système de soins saturé”

  1. petitjean dit :

    Traiter les conséquences d’un naufrage sociétal !?
    Pourquoi ne pas tenter de traiter les CAUSES de ce naufrage ?

    j’ai l’âge d’avoir connu les années bonheur 60/70/80 !!

    Alors que doit-on faire ?
    Offrir un avenir à notre jeunesse

    50 ans de politique criminelle. Mais ceux qui votent ont-ils compris ? Je crains que non…..

  2. Ronan dit :

    Demat ; c’est à MACRON et à son gouvernement (qui va sauter en septembre)de donner l’exemple mais non même pas ; eux aussi ils sont dans l’addiction des drogues (proposition de M. ASSELINEAU de les tester par surprise ok et si oui démission). Or au lieu de donner les moyens à l’hôpital il préfère continuer de donner des milliards d’euros à la guerre en Ukraine. Scandaleux pour me calmer je vais encore écouter la chanson de Queen « Scandal » ou celle des Bee Gees « Tragedy ».Kenavo

  3. NEVEU Raymond dit :

    Le résultat de la gouvernance des produits de l’ENA complètement inféodés à l’Europe. Nous ne sommes pas responsables des problèmes de la populace! Et on nous ressort le recrutement de psychologues!!! Des inutiles que l’on trouve dans ce département ainsi que dans celui de sociologie le trop plein des nuls qui obtiennent leur bac chaque année. Et malgré cela on importe des nuls comme le gros porc de sociologue gesticulateur Bock Coté… Les solutions proposées relèvent de l’incantation habituelle! Retour à l’Autorité, au juge seigneurial et à sa justice!

  4. nicole dit :

    Pourquoi, il y a 60 ans (1965), il n’y avait pas de dealers de drogue à la porte d mon lycée ?
    Parce qu’ils n’auraient eu aucun succès.
    C’est le vide affectif, spirituel, intellectuel qui pousse les gamins vers la drogue, le goût de la facilité du plaisir.
    Et il y a un lien avec la musique (techno et ecstasy, double stimulation).
    On se trouve devant des gamins « gogols » (sans cerveau), pur quelques heures de « trip ». Refus de l’effort, culte de la malhonnêteté; indiscipline, mensonges aux parents, laisser-aller vestimentaire, sauvagerie, etc.

  5. dominique VOINEY-MONTILLOT dit :

    la drogue a remplacé la niaule ( avant, c’était le cidre : un roi avait fait arracher tous les pommiers pour combattre le fléau atavique des celto-gaéliques..

  6. dominique VOINEY-MONTILLOT dit :

    D’accord avec Raymond Neveu: les psys machin-chose, des ignares inutiles pour ne pas dire malfaisants..

  7. dominique VOINEY-MONTILLOT dit :

    Réponse à Nicole : on avait : la musique ( la vraie : classique); la danse; le dessin ; la lecture; le chant; les récits de vacances et de nature ; les rencontres sociales ; les cousins ; les pique-nique ; les baignades en rivière ; la traque aux champignons, aux papillons , aux sauterelles , aux tritons, plein de choses enthousiasmantes..

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