Il y a exactement dix ans, le 21 avril 2016, le chanteur et musicien Prince disparaissait, victime d’une overdose de médicaments anti-douleur. Lars Ulrich, le batteur de Metallica, s’est dit « dévasté », tandis qu’à cette occasion, Tom Morello, guitariste de Rage Against The Machine et d’Audioslave, a salué « l’un des musiciens, interprètes et producteurs les plus grands, les plus doués et les plus uniques de tous les temps. » Ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres d’instrumentistes issus de courants très différents ayant honoré la mémoire de l’artiste. Prince était aimé dans le rock, la pop, le hip-hop et le jazz.
Il faut dire qu’il ne s’est jamais embarrassé des étiquettes. Dès son premier album en 1978, au milieu de titres rhythm ‘n blues teintés de disco, il propose du hard rock ou du folk à la Joni Mitchell. Le contrat dont il bénéficie auprès de Warner Bros., à l’âge de dix-sept ans, lui octroie le droit de produire, arranger, composer et interpréter comme bon lui semble. Il était guitariste, bassiste, batteur et claviériste. Son troisième disque, Dirty Mind en 1980, n’aurait jamais dû sortir. C’est une démo à mi-chemin entre funk et new wave, avec des paroles très crues, inexploitable en radio.
Après le succès américain du double opus 1999 en 1982, Prince se met en scène dans un mauvais film semi-autobiographique, Purple Rain, et publie la bande-son parfaite du même nom (1984). Faire cohabiter ainsi la guitare rock, la soul et les synthétiseurs, cela ne s’était jamais entendu. Triomphe mondial. Au lieu de capitaliser pendant cinq ans façon Michael Jackson, il fait paraître dix mois plus tard Around The World In A Day, un album psychédélique excitant, mais qui ne fait pas l’unanimité. Nouveau film en 1986, Under The Cherry Moon, tourné sur la Côte d’Azur, c’est une nouvelle fois raté mais la bande originale, Parade, est un ovni pop-funk qui bénéficie d’arrangements de cordes soignés. Un an seulement passe et c’est un nouveau double qui éclot, Sign O’ The Times, démonstration ultime du musicien à pouvoir aborder différents genres tout en proposant une œuvre d’ensemble cohérente.
Malgré de nombreux arrangements et mélodies imparables au fil des recueils parus jusqu’en 2015, la suite est globalement moins inspirée. L’introduction du rap dans son univers au début des années 1990 n’est pas sa meilleure idée. Ce compromis commercial ne dure cependant pas, et quand survient le conflit avec sa maison de disques en 1993, la hargne qui l’anime débouche sur des chansons rock publiées de façon pirate qui sont de haute tenue. Cette bataille avec Warner, signifiée par l’adoption d’un symbole imprononçable en guise de nouveau nom, porte notamment sur la propriété de ses droits d’auteur, inspirant de nombreux pairs dans leur quête d’indépendance au sein d’une industrie vorace.
Sur scène, Prince était un virtuose, capable de danser comme de pondre des soli de guitare invraisemblables. C’est là que son talent s’exprimait dans sa plénitude, mais nous avons malheureusement peu de témoignages audio et vidéo officiels. Le pléthorique opus One Nite Alone… Live! de 2002 en fait partie.
L’univers visuel de l’artiste a longtemps été criard, sexuel, il a mal vieilli, ce qui laisse penser qu’il n’était qu’une pop star excentrique des années 1980 comme les autres. Mais dix ans après sa mort, son œuvre discographique reste et elle mérite une écoute attentive, tant la créativité était au rendez-vous, entre rhythm ‘n blues, rock, pop, jazz et expérimentations électroniques. Il est sans doute ce que la musique populaire anglo-saxonne a produit de plus fascinant.
François Tangui
Prince avec Tom Petty, Jeff Lynne et Steve Winwood, While My Guitar Gently Weeps, 2004
Illustration : DR
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3 réponses à “Prince : tocard ou génie ? Il y a dix ans, la disparition du chanteur et musicien”
Pourquoi un article aussi négatif ? Déjà le titre a la limite de l’insulte. C’est une légende de la musique !
Demat, oui ok j’avais oublié ce groupe et merci à BI.com de nous provoquer un merveilleux souvenir dans un article comme celui là ; cela nous rappelle de bons moments musicaux car ce groupe nous rappelle nos belles années 80 et notamment cette belle chanson : « Purple Rain »/https://www.youtube.com/watch?v=y3Ov7PVHHag ; soit 8 minutes 41 de pur bonheur mais durée trop longue pour une radio classique (avec la pub en plus). Kenavo
Le titre est bizarre et mal trouvé, en effet. Mais l’article n’est pas négatif du tout. Il est au contraire juste et franchement laudateur. Trouvez-vous que la dernière phrase (« Il est sans doute ce que la musique populaire anglo-saxonne a produit de plus fascinant ») est négative ?