L’association L214 a rendu publiques, ce 16 juillet, des images tournées quelques jours plus tôt dans un élevage d’une centaine de vaches laitières à Princé, en Ille-et-Vilaine. Les scènes, filmées le 13 juillet, décrivent une situation de grande détresse : animaux à l’agonie, bêtes pataugeant dans leurs excréments, insalubrité, manque d’eau et de nourriture, carcasses en décomposition. L’association a déposé plainte auprès du procureur de la République de Rennes pour abandon et mauvais traitements, et engage parallèlement un recours contre l’État.
Des conditions décrites comme insoutenables
Selon L214, les animaux vivent sur une épaisse couche d’excréments, sans zone de couchage propre et sèche, enfermés en permanence dans la stabulation. Plusieurs vaches présenteraient une maigreur extrême et un très mauvais état de santé, des veaux ne seraient pas identifiés, et des cadavres se décomposeraient au milieu des bêtes vivantes, certains grouillant d’asticots. L’alimentation et l’abreuvement seraient insuffisants. D’après l’association, cette situation perdurerait depuis le mois de janvier.
L’exploitation comptait parmi les producteurs partenaires du groupe Lactalis, lequel a suspendu sa collecte de lait sur place à la mi-juin. L214 réclame la fermeture immédiate de l’élevage, la mise à l’abri des animaux encore viables et la fin des souffrances de ceux qui ne peuvent plus être sauvés.
Une inspection sans suite
Le point le plus accablant de l’affaire ne concerne pas seulement l’éleveur. Alertés par la mairie de Princé, les services vétérinaires de la préfecture d’Ille-et-Vilaine avaient réalisé une inspection sur place le 18 juin. Or, un mois plus tard, rien n’aurait changé selon L214 : des animaux ne seraient toujours pas soignés, des veaux seraient morts dans leurs niches, la stabulation n’aurait pas été nettoyée, et aucune mesure d’urgence — euthanasie des bêtes en grande souffrance, évacuation, mise en demeure — n’aurait été engagée. La chambre d’agriculture n’aurait pas davantage réagi.
C’est pourquoi l’association a saisi le tribunal administratif de Rennes d’un recours en responsabilité contre l’État, pour carence fautive dans sa mission de surveillance vétérinaire. L214 rappelle avoir déjà obtenu dix condamnations de l’État pour des manquements comparables en élevage ou en abattoir.
La détresse de l’animal et celle de l’homme
Fait notable, l’association ne réduit pas l’affaire à la seule mise en cause de l’éleveur. Son directeur des enquêtes, Sébastien Arsac, insiste sur le fait que cet homme, « visiblement en grande difficulté », n’a bénéficié d’aucun accompagnement. S’il demande qu’il soit interdit d’exercer un métier au contact des animaux, il précise aussitôt qu’« interdire d’exercer ne veut pas dire abandonner » : l’éleveur doit lui aussi, selon lui, pouvoir être aidé. L214 établit un parallèle avec l’affaire des vaches de Meillac, où la même préfecture avait reconnu de graves non-conformités sans qu’aucune correction ne suive pendant trois ans.
Derrière les images-choc, c’est peut-être là le cœur du problème : un exploitant qui s’enfonce, des signalements qui s’accumulent, des services de l’État qui constatent sans agir, et des bêtes qui en paient le prix. La déprise agricole et l’isolement de certains éleveurs, confrontés seuls à des exploitations qu’ils ne parviennent plus à tenir, dessinent une réalité que la seule indignation ne suffit pas à traiter. Reste à savoir si, cette fois, le signalement contraindra les autorités à réagir à la hauteur de l’urgence.
On rappellera que ces informations et ces images émanent de L214, association engagée pour la défense des animaux et la réduction de l’élevage, qui mène un travail de lanceur d’alerte. La préfecture et l’éleveur n’avaient pas, à ce stade, fait connaître leur version des faits.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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