L’association Les Voix du Nucléaire lance cet été une opération de sensibilisation à Rennes, Saint-Malo, Dinan et Brest, ponctuée d’une mobilisation devant la centrale à gaz de Landivisiau. Point de départ : l’appel lancé en avril par le maire de l’Île-de-Batz en faveur d’une centrale nucléaire bretonne, et un constat chiffré — la région produit environ 8 TWh d’électricité pour en consommer près de 22.
L’affaire avait fait un certain bruit au printemps. En avril, Éric Grall, maire de l’Île-de-Batz, appelait publiquement à la construction d’une centrale nucléaire en Bretagne. Une sortie inattendue dans une région où le sujet est réputé clos depuis les mobilisations des années 1970 et 1980.
C’est de cet appel que se saisit aujourd’hui l’association Les Voix du Nucléaire, qui déploie tout l’été une campagne de terrain destinée, selon ses termes, à sortir le débat énergétique des cercles d’experts.
Le déséquilibre breton
Le chiffre sur lequel s’appuie l’association est connu des spécialistes mais peu débattu publiquement : la Bretagne produit de l’ordre de 8 TWh d’électricité par an, pour une consommation avoisinant les 22 TWh.
Autrement dit, la région importe une part substantielle de ce qu’elle consomme. Le reste provient du développement des énergies renouvelables et d’une production thermique au gaz, principalement la centrale de Landivisiau, mise en service il y a quatre ans.
Cette dépendance n’est pas nouvelle. Ce qui a changé, plaide l’association, c’est le contexte : électrification croissante des usages, objectifs de décarbonation, préoccupations de souveraineté énergétique — et une séquence politique nationale qui arrête en ce moment même les grands choix français en la matière.
Le miroir normand
Pour appuyer sa démonstration, Les Voix du Nucléaire mettent la Bretagne en regard de sa voisine. La Normandie compte trois centrales et neuf réacteurs, soit environ 20 % de la production nucléaire nationale.
Deux régions limitrophes, deux trajectoires opposées : d’un côté un territoire fortement producteur d’électricité décarbonée, de l’autre une région importatrice. L’association pose la question sans détour : ces choix, arrêtés il y a plusieurs décennies, restent-ils adaptés aux enjeux d’aujourd’hui ? Et chacune des deux régions ne gagnerait-elle pas à tirer parti du retour d’expérience de l’autre ?
Stands citoyens, chansons détournées et jeu de société
Le dispositif retenu tranche avec la communication institutionnelle habituelle du secteur.
Des « stand-up » citoyens consacrés à l’énergie sont prévus dans plusieurs villes. Le premier se tiendra le 24 juillet, place de la République à Rennes, de 10 h à 17 h, avant des étapes à Saint-Malo, Dinan et Brest.
Une mobilisation est également programmée en août devant la centrale à gaz de Landivisiau — lieu symbolique pour l’association, qui y avait déjà mené une action lors de sa mise en service.
S’y ajoutent un dossier en ligne sur le site pédagogique FaceAuNucleaire.fr, une identité graphique dédiée, un jeu de société conçu autour des enjeux énergétiques bretons, des détournements de chansons traditionnelles et une présence sur des courses locales.
Convaincre les élus
Au-delà du grand public, l’association vise explicitement les décideurs bretons. Elle souhaite favoriser les échanges avec la Normandie pour leur permettre d’observer de près le modèle voisin — son fonctionnement, ses bénéfices, mais aussi ses contraintes.
« L’appel d’Éric Grall n’est pas un cas isolé », affirme Myrto Tripathi, présidente des Voix du Nucléaire. Selon elle, de plus en plus de Bretons, citoyens comme élus, s’interrogent sur la manière dont la région couvrira ses besoins futurs tout en sortant des énergies fossiles. Elle estime que le contexte a profondément changé en cinquante ans — urgence climatique, souveraineté, électrification, décennies de retour d’expérience — et que les décisions engageant le long terme se prennent maintenant.
L’objectif affiché n’est pas de dupliquer le modèle normand, mais de rouvrir une question longtemps tenue pour tranchée : la Bretagne peut-elle envisager le nucléaire comme l’une des options de son mix énergétique futur ?
Qui parle
Un mot sur l’émetteur, car il éclaire le propos. Les Voix du Nucléaire se présentent comme une association citoyenne indépendante, se posant en représentante des consommateurs et bénéficiaires de l’énergie nucléaire — bienveillante envers la filière, mais revendiquant une critique constructive à son égard, y compris auprès des industriels et des institutions du secteur.
Il s’agit donc d’une campagne de plaidoyer, non d’une étude neutre. Le débat qu’elle appelle de ses vœux supposera d’entendre aussi ceux qui, en Bretagne, ont d’autres réponses à apporter au déséquilibre entre les 8 et les 22 TWh — sobriété, renouvelables, stockage, interconnexions. Cinquante ans après Plogoff, la région ne manque ni d’arguments ni de mémoire sur le sujet.
Photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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