Intelligence artificielle, espace, robotique : pourquoi l’Europe ne produit plus que des miettes de licornes

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Un rapport publié ce mois-ci par la société d’analyse financière BestBrokers, à partir des données croisées de Crunchbase, TechCrunch et PitchBook, dresse l’état des lieux mondial des entreprises dites « licornes » — ces startups privées non cotées dont la valorisation dépasse le milliard de dollars. Le terme avait été forgé en 2013 par l’investisseuse américaine Aileen Lee pour désigner des sociétés alors si rares qu’elles paraissaient presque mythiques. Treize ans plus tard, le tableau a radicalement changé : on en compte désormais 1 757 dans le monde. Et la France, comme l’Europe dans son ensemble, ne pèse plus grand-chose dans cette nouvelle géographie économique.

L’écrasante domination américaine

Premier enseignement, et il est sans appel : les États-Unis abritent à eux seuls 900 licornes, soit pratiquement la moitié du total mondial. Le pays concentre non seulement le nombre, mais aussi la valeur. SpaceX, l’entreprise spatiale d’Elon Musk fusionnée récemment avec son entité d’intelligence artificielle xAI, occupe la première place mondiale avec une valorisation estimée à 1 250 milliards de dollars — soit davantage que la capitalisation boursière de la plupart des grandes entreprises cotées de la planète. Vient ensuite Anthropic, éditeur de l’assistant IA Claude, valorisé à 900 milliards après une levée de fonds massive impliquant des investisseurs institutionnels et des fonds souverains. OpenAI, propriétaire de ChatGPT, suit à 852 milliards de dollars après un investissement record de 110 milliards versé par Amazon, Nvidia et SoftBank.

Le reste du classement américain est tout aussi impressionnant : Stripe (paiements en ligne) à 159 milliards, Databricks (data) à 134 milliards, Waymo (véhicules autonomes) à 126 milliards. Cette concentration reflète la profondeur exceptionnelle de l’écosystème de capital-risque américain, le poids des grandes universités de recherche, et la persistance des hubs technologiques comme la Silicon Valley.

La Chine, deuxième puissance — et la France, nulle part

Derrière les États-Unis, la Chine se place en deuxième position avec 296 licornes. Le fer de lance chinois reste ByteDance, maison mère du réseau social TikTok et de son équivalent national Douyin, dont la valorisation a bondi à 600 milliards de dollars début 2026 à la suite d’opérations de cession secondaire majeures et de l’apaisement progressif des tensions réglementaires avec Washington.

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L’Inde se hisse en troisième position avec 87 licornes, portée notamment par les filiales du conglomérat Reliance — Reliance Jio (180 milliards) et Reliance Retail (101 milliards). Singapour totalise 23 licornes, dont le géant chinois du textile à bas coût Shein, désormais huitième mondial. Le Royaume-Uni est le premier pays européen avec 73 licornes, dont la fintech Revolut (75 milliards) et la plateforme de paiement Checkout.com (12 milliards).

Et la France dans tout cela ? Le rapport BestBrokers la classe quasiment au même niveau que la Belgique, derrière l’Allemagne, l’Inde et bien sûr le Royaume-Uni. Notre pays a produit cette année 2 nouvelles licornes — autant que la Belgique et que l’Inde. La plus importante est Advanced Machine Intelligence (AMI Labs), startup d’intelligence artificielle valorisée à 3,5 milliards de dollars, et Harmattan AI, spécialisée dans la défense, à 1 milliard. C’est tout. Pour la deuxième économie de la zone euro, c’est dérisoire.

L’intelligence artificielle dévore tout

Parmi les 98 nouvelles licornes créées en 2026, un quart relève directement de l’intelligence artificielle : 25 entreprises sur 98, soit 25,5 % du total. Ces sociétés construisent les infrastructures d’IA et les outils spécialisés bâtis sur les grands modèles de langage qui ont bouleversé le paysage technologique depuis 2022. La nouvelle licorne la plus valorisée de l’année est britannique : Ineffable Intelligence, basée à Londres, valorisée à 5,1 milliards de dollars après avoir levé plus de 1,1 milliard de financements.

Suivent humans&, startup californienne d’IA à 4,5 milliards, et Ricursive Intelligence à 4 milliards — cette dernière fondée par d’anciens chercheurs de DeepMind ayant travaillé sur le projet AlphaChip de Google. AMI Labs (France) clôt le top 4 des plus valorisées de l’année à 3,5 milliards, devant Waabi (Canada, conduite autonome) à 3 milliards.

La deuxième catégorie en forte croissance est celle de la robotique : 11 nouvelles licornes en 2026 (11,2 % du total), portées par les progrès rapides des systèmes humanoïdes et de l’IA embarquée. Le secteur est dominé par les États-Unis et la Chine, avec respectivement Mind Robotics et Sudu Technology, toutes deux valorisées à 2 milliards de dollars. La HealthTech arrive en troisième position avec 10 nouvelles licornes (10,2 %), incluant Pomelo Care (1,7 milliard), Eight Sleep et Science Therapeutic Devices (1,5 milliard chacune). Les fintech comptent pour 7 nouvelles licornes (7,1 %), dont l’américaine Rogo (2 milliards), l’indienne KreditBee (1,5 milliard) et la britannique 9fin (1,3 milliard).

L’Europe survit dans la défense et l’IA — mais marginalement

Un point intéressant mérite d’être souligné pour qui suit les dynamiques européennes : la DefenseTech et la SecurityTech ont produit 6 nouvelles licornes en 2026 (6,1 %), portées par la hausse continue des budgets de défense européens et la demande accrue en systèmes autonomes, en surveillance et en plateformes de sécurité dopées à l’IA. Le secteur compte des noms européens : le britannique Roark (1,8 milliard), l’allemand STARK (1,2 milliard) et le français Harmattan AI (1 milliard). C’est l’un des rares secteurs où l’Europe est encore visible — fragile consolation pour un continent qui assiste, ailleurs, à son décrochage économique en temps réel.

L’Aérospatial et le SpaceTech ont également produit 6 nouvelles licornes (6,1 %), parmi lesquelles l’Américaine True Anomaly (2,2 milliards), Varda Space Industries (1,6 milliard) et Skyryse (1,1 milliard) — toutes établies aux États-Unis.

La géographie d’une domination

Le rapport publie également un classement par pays des nouvelles licornes créées en 2026. Sur les 98 nouvelles entrées au club du milliard, 60 sont américaines, soit 61,2 %. La Chine en produit 11, le Royaume-Uni 7, l’Allemagne 4. La France, comme la Belgique et l’Inde, n’apparaît qu’avec 2 nouvelles licornes. La domination américaine n’est pas seulement quantitative : sur les 10 nouvelles licornes les plus valorisées de l’année, 7 sont basées aux États-Unis. Et lorsqu’une licorne européenne émerge — comme Ineffable Intelligence à Londres —, ses financements proviennent en grande partie de fonds américains et asiatiques.

Ce que dit cette photographie

Le tableau dressé en mai 2026 par BestBrokers a le mérite de mettre en chiffres une réalité que peu de responsables politiques européens veulent regarder en face : l’écart entre les États-Unis et l’Europe en matière de création de champions technologiques n’est pas en train de se réduire — il se creuse à un rythme accéléré. Sur les secteurs qui structureront l’économie des deux prochaines décennies (intelligence artificielle, robotique, aérospatial, biotechnologies), la concentration des capitaux, des talents et des sièges sociaux aux États-Unis atteint des niveaux historiques. Anthropic, OpenAI, SpaceX et leurs équivalents ne sont pas seulement des entreprises ; ce sont des infrastructures civilisationnelles que l’Europe devra louer plutôt que produire.

Le Royaume-Uni post-Brexit, avec ses 73 licornes installées et ses 7 nouvelles entrées en 2026, fait figure de seul pôle européen encore en mesure de jouer dans la cour des grands. La France et l’Allemagne, malgré leurs efforts (French Tech, plan Allemagne 2030), restent confinées à un rôle marginal. Pendant que Paris s’enflamme sur les querelles politico-culturelles internes et que Bruxelles produit des règlements à la chaîne — RGPD, AI Act, DSA, DMA —, les capitaux et les cerveaux migrent vers Palo Alto, New York, Londres ou Shenzhen. La désindustrialisation que la France a connue à partir des années 1980 trouve aujourd’hui son équivalent numérique : le continent qui a inventé la modernité industrielle au XIXe siècle est devenu, en deux décennies, un simple consommateur des innovations conçues ailleurs.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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