Le numéro 31 de la Revue d’Histoire Européenne est en kiosque, daté août-septembre, vendu 10,50 euros. La formule reste celle que ses lecteurs connaissent : un dossier central conséquent, une série de rubriques courtes, et un éditorial qui ne cherche pas la neutralité.
Les paras d’Algérie en couverture
Le dossier occupe la moitié du sommaire, de la page 22 à la page 50, sous un titre emprunté au roman de Jean Lartéguy : les derniers centurions. Il est consacré aux unités parachutistes engagées en Algérie, sujet qui n’a rien perdu de sa charge polémique et que la revue aborde sans détour, dans une perspective explicitement favorable aux hommes concernés.
Autour de ce bloc, l’éventail est large, du haut Moyen Âge au XXe siècle. Les Mérovingiens sont traités en page 50 sous l’angle d’un empire informel. L’Espagne de 1936 fait l’objet d’un article en page 54, sur l’année qui bascule.
La curiosité du numéro se trouve sans doute en page 60, avec la brigade Asano, unité composée de Russes blancs émigrés en Mandchourie et intégrés à l’armée japonaise. Un sujet rarement traité en français, et qui explique la photographie de groupe reproduite au sommaire.
Delsol, Kaliningrad et la métapolitique
L’entretien d’ouverture, en page 9, revient à Chantal Delsol sur la chute des empires. La philosophe est également mise en avant en couverture, ce qui indique le poids que la rédaction accorde à ce texte.
Deux articles retiendront particulièrement l’attention des lecteurs d’actualité. En page 19, la rubrique géopolitique traite de Kaliningrad, exclave russe coincée entre Pologne et Lituanie, dont la position stratégique alimente les scénarios de crise depuis l’invasion de l’Ukraine. En page 65, l’histoire politique s’intéresse à la Nouvelle Droite et à ce que la revue présente comme soixante ans de combat métapolitique. Sujet qui, dans une revue de ce bord, relève autant de l’introspection que de l’histoire des idées.
Le reste tient de la rubrique classique : Lisieux et sainte Thérèse en mémoire des lieux, Jules César abordé comme auteur de son propre récit, l’offensive de Champagne de septembre 1915 en autopsie de bataille, et une chronique consacrée aux adaptations des Trois Mousquetaires.
L’éditorial : la cote des armées
Guillaume Fiquet consacre son éditorial à une évolution mesurable de l’opinion française, sous le titre « Le culte nécessaire de nos héros ».
Les chiffres qu’il avance dessinent une courbe régulière : de 55 à 65 % de Français ayant une bonne image de leurs militaires au début des années 1980, 74 % en 1990, entre 85 et 90 % depuis les années 2000-2020. L’armée figure ainsi parmi les rares institutions dont la légitimité s’est renforcée pendant que la défiance envers le personnel politique s’aggravait.
Il rapproche ce constat d’un sondage du CEVIPOF réalisé en 2022 pour la Fondation Jean-Jaurès, selon lequel 39 % des Français approuvaient l’idée d’un homme fort dispensé de se préoccuper du Parlement et des élections. Sa lecture : le soutien aux armées repose sur une image de compétence, de dévouement et de protection dont les exécutifs successifs ne bénéficient plus, et traduit un retour du besoin de verticalité et d’incarnation.
L’éditorial ne s’arrête pas là et propose une lecture très orientée de la guerre civile espagnole, dans laquelle le camp nationaliste aurait longtemps porté seul la responsabilité de violences en réalité partagées. Cette relecture, qu’il adosse à des travaux d’historiens comme Luis E. Íñigo ou Pío Moa, est contestée dans l’historiographie du conflit : Moa, en particulier, est un essayiste dont les thèses sont largement récusées par les universitaires espagnols. Le lecteur le saura en abordant les pages consacrées à 1936.
Fiquet conclut par une question qu’il pose sans y répondre : une nation peut-elle survivre sans le culte rendu à ses héros ?
Revue d’Histoire Européenne, n° 31, août-septembre 2026, 10,50 euros, éditée par Histoire militaire éditions. A commander ici
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