Rompre avec ses parents pour raisons politiques : un phénomène américain qui interroge

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Le phénomène porte un nom en anglais, le no contact, et il a désormais sa littérature. L’essayiste américaine Noelle Mering, chercheuse à l’Ethics and Public Policy Center et mère de six enfants, lui consacre un livre à paraître (No Contact: How a Seductive Ideology Broke Families and Friendships and How We Can Repair Them), fruit de plusieurs années d’entretiens avec des familles des deux côtés de la rupture.

Une question qui revenait toujours

Le point de départ n’était pas une enquête. En 2020, Mering sillonnait les États-Unis pour présenter un précédent ouvrage, et c’est dans les séances de questions du public qu’une même interrogation est revenue, ville après ville : que faire de ces enfants devenus adultes qui ont non seulement abandonné la foi et les valeurs reçues, mais coupé les ponts ?

Les parents décrivaient la même chose. Un enfant qui ne parle plus, ou presque plus. Qui ne supporte pas la présence de sa famille. Qui explique que les désaccords sont devenus trop nombreux. C’est son agent littéraire qui a mis un mot sur ce qu’elle entendait.

L’observation la plus intéressante de Mering n’est pas que des familles se déchirent, ce qui n’a rien de neuf, mais que le sens de la rupture s’est inversé.

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Historiquement, quand une famille se brisait sur une question de croyance ou de conduite, c’était généralement le parent qui rompait avec l’enfant, et cela restait rare. Aujourd’hui, l’initiative vient massivement de l’enfant devenu adulte.

Mering décrit ces jeunes adultes comme ayant pris la posture du parent, mais d’un parent autoritaire : chargés d’éduquer des aînés jugés ignorants, et disposant d’une sanction, la menace de ne plus jamais adresser la parole. Elle range parmi les carburants de ce basculement les guerres de réseaux sociaux, la valorisation du statut de victime, la redéfinition universitaire de la famille et une philosophie du moi d’abord qui place l’intérêt individuel au-dessus de tout lien reçu.

Une réserve, qu’il faut poser avant d’aller plus loin : Mering exclut explicitement de son travail les ruptures motivées par des violences physiques ou psychiques réelles. Elle ne parle que des familles brisées par des divergences politiques et culturelles. La distinction est capitale, et d’autres chercheurs la déplacent. Le psychologue Joshua Coleman, référence sur le sujet, constate au contraire que les violences subies dans l’enfance et jamais reconnues arrivent largement en tête des motifs invoqués par ceux qui rompent.

La famille choisie et ses limites

Ceux qui quittent leur famille se reconstituent souvent ce qu’ils appellent une famille choisie : un cercle d’amis tenant lieu de parenté.

C’est sur ce point que Mering formule sa critique la plus tranchante, et la plus vérifiable dans les récits qu’elle a recueillis. Un lien fondé sur le choix peut être défait par le même choix. Tant que les intéressés sont jeunes, en bonne santé et disponibles, l’arrangement fonctionne. Vient la maladie, la perte d’un emploi, une épreuve longue, et le cercle se disperse. Plusieurs de ses interlocuteurs lui ont dit la même chose : ils avaient besoin de gens qui leur soient obligés.

Et en France ?

La transposition serait hasardeuse. L’ampleur du phénomène américain est réelle : les travaux de Karl Pillemer, à l’université Cornell, établissent que 27 % des Américains adultes ont coupé tout contact avec au moins un membre de leur famille.

Les données françaises dessinent un autre tableau. L’enquête Erfi 2 de l’INED, dont les premiers résultats ont été publiés début juillet, conclut que les solidarités familiales restent fortes et que les relations entre parents et enfants adultes demeurent intenses, malgré la diversification des parcours de vie.

Là où la rupture s’observe, sa cause principale n’est pas idéologique. Parmi les personnes dont les parents se sont séparés, 23 % ne voient jamais leur père, contre 9 % leur mère. Cette absence de contact est plus fréquente dans les classes populaires que dans les milieux favorisés. Autrement dit : en France, ce qui coupe les liens entre générations relève d’abord de la séparation conjugale et de la condition sociale, pas des désaccords politiques du dimanche.

Ce constat ne disqualifie pas l’analyse américaine, il la relativise. Il indique surtout que l’importation d’un débat sans vérifier qu’il correspond à la réalité locale est une facilité à laquelle il vaut mieux résister.

Les conseils recueillis

Reste la partie du travail de Mering qui vaut au-delà des frontières : ce que les familles réconciliées lui ont dit avoir fait. Tenir ses convictions sans les transformer en exigence, parce que la ligne de compromis se déplace indéfiniment. Ne pas chercher à convaincre par l’argumentation, qui produit surtout du recul. S’abstenir de conseils non sollicités auprès d’un adulte indépendant, ce qui rend paradoxalement plus probable qu’il vienne en demander. Poser des questions plutôt que corriger des opinions. Et surtout, entretenir la conversation sur tout ce qui n’est pas le point de friction : le travail, les amitiés, les épreuves, les réussites.

Aux parents entièrement coupés de leur enfant, elle recommande de laisser la porte ouverte sans pression, et de renoncer à contrôler une situation qui ne dépend plus d’eux. Plusieurs de ceux qu’elle a rencontrés ont trouvé un appui en accompagnant d’autres parents dans le même cas.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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