Quentin Deranque, 23 ans, est mort le 14 février 2026 à Lyon, deux jours après avoir été roué de coups en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po. Le 19 février, 7 hommes de 20 à 26 ans ont été mis en examen : 6 pour homicide volontaire, violences aggravées et association de malfaiteurs, le septième — Jacques-Elie Favrot, alors collaborateur du député LFI Raphaël Arnault — pour complicité d’homicide volontaire par instigation. L’instruction, confiée à 3 juges d’instruction du tribunal judiciaire de Lyon, se poursuit.
Jean Bexon, journaliste à Boulevard Voltaire, suit ce dossier depuis le début. Il a signé le 1er mai les photographies inédites des agressions visant les militantes Némésis, et publié le 9 août une nouvelle enquête sur les circonstances du meurtre. Il a consulté la version définitive du rapport d’autopsie, s’est procuré des images de vidéosurveillance documentant une agression antérieure impliquant Jacques-Elie Favrot, et affirme avoir identifié plusieurs dysfonctionnements dans la chaîne des secours comme dans la conduite de l’enquête. Il répond à nos questions. Plusieurs passages décrivent précisément les blessures de la victime. Les personnes mises en examen bénéficient de la présomption d’innocence.
Quentin Deranque, 23 ans, est mort le 14 février 2026 à Lyon, deux jours après avoir été roué de coups en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po. Le 19 février, 7 hommes de 20 à 26 ans ont été mis en examen : 6 pour homicide volontaire, violences aggravées et association de malfaiteurs, le septième — Jacques-Elie Favrot, alors collaborateur du député LFI Raphaël Arnault — pour complicité d’homicide volontaire par instigation. L’instruction, confiée à 3 juges d’instruction du tribunal judiciaire de Lyon, se poursuit.
Jean Bexon a consulté la version définitive du rapport d’autopsie, s’est procuré des images de vidéosurveillance documentant une agression antérieure, et affirme avoir identifié plusieurs dysfonctionnements dans la chaîne des secours comme dans la conduite de l’enquête. Il répond à nos questions. Plusieurs passages décrivent précisément les blessures de la victime. Les personnes mises en examen bénéficient de la présomption d’innocence.
Breizh-info.com : Vous écrivez avoir consulté le rapport d’autopsie. Sans compromettre vos sources, que établit-il précisément sur la cause du décès ?
Jean Bexon : J’ai consulté ce rapport dans sa version finale. Il établit clairement que Quentin est mort à cause des coups qu’il a reçus. Le document indique que certains ont été portés avec des gants coqués, qui ont laissé des lésions sur les os. On ne sort pas indemne de la lecture de ces 8 pages. C’est atroce. Je pense à la famille, qui a dû voir le visage de la victime marqué d’un coup de pied indélébile.
Généralement, le nombre de coups est dénombré. Ici, le médecin légiste n’a pas pu le déterminer, pour la simple et bonne raison qu’il y en avait énormément. Le rapport évoque un très grand nombre de coups portés notamment à la tête, mais aussi sur l’ensemble du corps. Un coude a par exemple été déboîté. Il y a des écorchures partout. Les chocs étant extrêmement violents, le corps inerte de la victime a été écorché par les frottements sur le béton, un antifa tirant dans le même temps Quentin par les jambes pour le maintenir pendant le supplice.
Breizh-info.com : Le rapport parlerait de coups « caractérisant la volonté de tuer ». Est-ce une formulation du rapport lui-même, une lecture de votre source, ou la qualification retenue par les magistrats instructeurs ? La distinction est décisive.
Jean Bexon : C’est une formulation du rapport. Il y a en fait 2 rapports dans le dossier d’autopsie : un rédigé par le personnel médical qui tente de sauver Quentin, un autre rédigé après son décès. Tous ces professionnels soulignent la violence des coups portés à la tête et sur l’ensemble du corps. Il y a des détails qui entrent dans le champ de l’intolérable pour les proches, et que je ne divulgue pas. C’est une horreur : on dirait la description d’une victime de torture et de sévices physiques atroces.
J’ai pris conseil auprès d’un médecin légiste en lui présentant les constatations médicales. Connaisseur des agressions en groupe, il m’a dit qu’il avait rarement vu de tels impacts sur ce type d’affaire. Il souligne d’ailleurs : « Donner des coups d’une telle violence au niveau du cerveau sans vouloir donner la mort, ça ne veut rien dire. »
Les chirurgiens ont tenté une opération miracle, mais dès leur premier geste de soin, ils se rendent compte que Quentin est hélas condamné.
J’ai pour ma part été confronté à un dilemme moral : faire état de la réalité de cette agression, ou rester pudique par respect pour l’entourage. J’ai contacté une proche de Quentin en lui demandant son avis. Elle m’a dit qu’on ne pouvait pas laisser la vérité tue. J’ai essayé de trouver un compromis : ne pas dire toute l’atrocité des blessures sans pour autant euphémiser la réalité de l’agression.
La vidéo prise par un témoin du lynchage parle d’elle-même. Mais son angle de vue est trompeur : un plan en contre-plongée et depuis un point haut minimise de facto l’horreur de la scène.
Breizh-info.com : Une thèse a circulé selon laquelle le délai de prise en charge aurait joué un rôle dans le décès. Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer qu’aucune intervention plus rapide n’aurait sauvé Quentin Deranque ?
Jean Bexon : Une thèse ? Un mensonge monté de toutes pièces. Les soutiens des meurtriers présumés ont été abjects et efficaces pour modifier les perceptions de l’opinion publique. Un antifa a filmé Quentin et son ami, tous deux blessés violemment après avoir été tabassés à plusieurs. Un individu hostile leur a conseillé de ne pas aller à l’hôpital par « peur de la police ». Contrairement à ce qu’a affirmé M6, reprenant le récit des canaux antifas, il ne s’agit pas d’un membre du groupe des nationalistes.
Dans tous les cas, le médecin légiste est très clair : Quentin n’aurait pas pu être sauvé. Même pris en charge par le meilleur hôpital, à l’endroit exact où il a été lynché, cela n’aurait rien changé. Le rapport précise que la victime présente des « lésions au-delà de toute ressource thérapeutique ».
Breizh-info.com : Vous décrivez des traces de gants coqués et une blessure en forme de T d’origine inconnue. Sur quoi repose l’identification de ces impacts ? Et où en est l’hypothèse du poing américain évoquée par LCI ?
Jean Bexon : Les nationalistes m’ont dit avoir vu plus de la moitié du groupe de Favrot équipée de gants coqués. On peut le constater sur les images des témoins et sur celles prises par le renseignement territorial. Cet élément est désormais entièrement confirmé par le rapport médical : la victime présente des séries de bosses incurvées inversées, des lésions que le rapport relie à l’utilisation de cet équipement. Il faut bien comprendre que le gant coqué est une sorte de poing américain déguisé. C’est une arme contondante par destination, efficace en ce qu’elle protège celui qui frappe et maximise les lésions sur celui qui reçoit.
Par ailleurs, les enquêteurs ont trouvé sur les lieux du crime un poing américain, arme de catégorie A interdite à la détention. LCI a identifié un des antifas qui, selon la chaîne, pourrait en avoir été équipé. Quentin présente des lésions en forme de T dont l’origine est inconnue. J’émets l’hypothèse qu’elles puissent éventuellement être liées à l’utilisation de ce poing américain.
Le précédent de 2024
Breizh-info.com : Vous établissez un précédent impliquant Jacques-Elie Favrot lors d’une action revendiquée par la Jeune Garde. Comment avez-vous procédé à cette identification ? Ce précédent est-il versé au dossier d’instruction ?
Jean Bexon : Cette agression a été filmée, diffusée et revendiquée à l’époque par la Jeune Garde. Le mouvement avait pris soin de flouter tous les complices tout en affichant le visage ensanglanté de la victime. Sauf que je me suis procuré récemment les images de vidéosurveillance du bar dans lequel les victimes — des jeunes femmes et des jeunes hommes accusés par la Jeune Garde d’être de droite — prenaient un verre avant d’être agressées.
Dans ce document, on voit distinctement Favrot et Lelio Le B., à visage découvert, accompagnés d’une quinzaine de membres de leur mouvement, pour la plupart masqués, certains armés.
Cette agression suit exactement les mêmes étapes que celle qui a mené au décès de Quentin : repérage par une jeune femme antifa, assaut en groupe, isolement d’une victime, lynchage. Un des accompagnants de Favrot est équipé d’une matraque et porte de nombreux coups avec.
L’avocat d’un des nationalistes — pas celui de la famille de Quentin — m’a dit qu’il comptait transmettre ces nouveaux éléments au parquet. Notons que, selon mes informations, 3 plaintes antérieures visant Favrot ont déjà été classées sans suite.
La chaîne des secours
Breizh-info.com : L’appel d’un ami de la victime n’aurait pas été transféré au standard, et une riveraine dit avoir tenté d’alerter sans succès. Une enquête administrative a-t-elle été ouverte ?
Jean Bexon : Il y a un couac notifié dans l’enquête judiciaire. Un des amis de Quentin compose le 112 ou le 15, mais l’appel n’est pas transmis au standard, pour des raisons qui restent mystérieuses.
Par ailleurs, une témoin, Edwige, qui sortait de chez une amie qui l’hébergeait, a vu le corps inerte de la victime. Elle a le bon réflexe : elle appelle les secours, qui lui répondent qu’ils ne peuvent pas envoyer d’équipe. C’est juste après que des individus ont « conseillé » à Quentin, qui n’a plus ses facultés de raison, de ne pas aller à l’hôpital. Aucune enquête administrative n’a été ouverte, ce qui est dommage.
Au même moment, les autres nationalistes mettent en sécurité les jeunes femmes de Némésis, elles aussi agressées.
L’asymétrie de l’enquête
Breizh-info.com : Vous affirmez que Lelio Le B. n’a jamais été interpellé, alors que les téléphones des nationalistes et des militantes Némésis ont été exploités. Comment expliquez-vous cette asymétrie ?
Jean Bexon : Oui, c’est incompréhensible. Lelio Le B., identifié sur les vidéos de témoins en train de filmer les violences commises par ses camarades, n’a été ni interpellé ni auditionné. On le voit aussi dépouiller une victime au sol.
J’ai un lien direct avec le tribunal judiciaire de Lyon, mais cette enquête est pour le moment confiée à 3 juges d’instruction.
De façon générale, les groupes qualifiés d’ultra-droite par le ministère de l’Intérieur sont dans le viseur de la Justice. Parmi les 16 nationalistes présents le 12 février, 2 sont connus des services de renseignement comme affiliés à un groupe d’ultra-droite. Partant de là, les juges d’instruction ont dû estimer qu’il fallait absolument saisir tous les téléphones des victimes. Ces 2 militants ont d’ailleurs été placés en garde à vue au même moment pour une affaire antérieure de collage d’affiches qui faisait l’objet d’une filature du ministère de l’Intérieur.
Pour la petite anecdote, il leur a été reproché de ne pas avoir ouvert leur domicile pour la perquisition des téléphones. Sauf qu’ils étaient dans l’impossibilité de le faire, puisque déjà placés entre les quatre murs d’une cellule. Le PSIG a été mobilisé pour certains nationalistes. La police a même fouillé dans la corbeille à linge d’une jeune femme de Némésis, agressée le 12 février, dont l’appartement a été perquisitionné à 6h15 du matin.
Côté antifa, l’enquête estime qu’ils étaient une trentaine sur place. Seuls 9 ont été auditionnés, contre 13 côté nationaliste. Aucune des 50 personnes qui ont hué et molesté le groupe des Némésis n’a pour l’heure été entendue. Rappelons que 2 jeunes femmes ont été étranglées lors de cette agression, qui s’est déroulée dans une rue adjacente au lynchage de Quentin.
Breizh-info.com : Vous soutenez que ce même Lelio Le B. n’était pas un simple témoin, et qu’il aurait sélectionné les captures d’écran envoyées aux canaux antifas. Qu’est-ce qui, dans vos preuves, distingue un tri de photos d’une construction délibérée de récit ?
Jean Bexon : Il faut savoir que la Jeune Garde avait pris l’habitude de filmer l’ensemble de ses agressions, de les revendiquer, puis de les publier sur ses canaux. Il s’agit ordinairement de vidéos, pas de photos. Sur les images des témoins, on voit clairement Lelio Le B. filmer, en format vertical, les violences commises par ses camarades. Sauf que cette fois-ci, pour la première fois, il y a rupture dans ce qui est habituellement diffusé : seules sortent des captures d’écran, dans des médias de gauche radicale, ou un extrait confus de moins de 2 secondes censé montrer la charge des nationalistes.
Ces captures d’écran sont bien fournies par Lelio Le B. — j’ai pu le prouver. Ce matériau sert de preuve apparente pour expliquer que les nationalistes sont à l’origine de l’affrontement. Le vrai contexte est que ceux-ci essaient de casser la ligne antifa pour récupérer leur ami inanimé, tabassé et dépouillé au sol.
La fabrique du récit
Breizh-info.com : Au-delà du cas Deranque, décrivez-vous un mode opératoire structuré ?
Jean Bexon : Le processus est simple. Des « seeders » plantent le mensonge, puis sont repris par des « quoters », des relais institutionnels comme les députés LFI, qui vont leur donner une légitimité. Viennent ensuite les médias traditionnels qui, inconsciemment, reprennent l’infox. C’est le cas de M6 qui, lors de son JT, explique que les amis de Quentin l’ont dissuadé de se rendre à l’hôpital par crainte de la police. La machine est huilée et fonctionne pour d’autres infox. Par exemple, la gauche radicale a fait croire que Macron portait une montre à 80 000 euros ; il s’agissait d’un modèle vendu 2 400 euros.
Breizh-info.com : Vos publications ont fait l’objet de propositions de notes de communauté et vous êtes accusé de mener une enquête à charge depuis un média engagé. Que répondez-vous ?
Jean Bexon : Ceux qui contestent mon travail sont souvent du camp antifa, à savoir le camp qui a frappé ce jour-là : la vérité les dérange forcément. J’ai reçu des menaces de mort d’un membre de l’ultra-gauche, fiché S et connu du renseignement territorial, depuis que je travaille sur ce drame. Pharos a été saisi et m’a conseillé de porter plainte.
Je précise que c’est moi qui ai publié, par transparence, les propositions de notes de communauté formulées par une minorité. Elles n’ont jamais été validées par la communauté, preuve qu’elles ne sont pas fondées.
Propos recueillis par YV
Crédit photo : DR
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