Hamza « La Douane » : arrêtez de tirer sur le gosse, le vrai coupable c’est vous ! [L’Agora]

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Il y a, dans l’affaire Hamza, une facilité qui devrait nous alerter. Un adolescent de 14 ans manifestement gavé au Poulet Crousty arrose les passants du canal Saint-Martin, réclame deux euros de « péage », finit en garde à vue, retrouve la liberté le soir même. Onze interpellations depuis un an, un pedigree d’apprenti délinquant de quartier déjà bien rempli, et voilà toute une partie de la droite médiatique qui bombe le torse et désigne le coupable idéal : lui. Le môme. Sa casquette à l’envers, son pistolet à eau, son sourire. On tient enfin le visage de l’effondrement français, et il a quatorze ans.

Disons-le tout net : le comportement d’Hamza n’est pas défendable. Pousser des jeunes femmes à l’eau malgré leurs protestations, courir après des cyclistes un bâton à la main, voler dans une épicerie drapé d’un drapeau étranger, participer au vol d’un téléphone dans une meute d’une vingtaine d’individus — rien de tout cela ne relève de l’espièglerie estivale. C’est de l’incivilité, parfois de la petite délinquance, et ça mériterait une paire de gifles et un recadrage parental en règle. Sur ce point, ne cédons rien à l’angélisme de gauche qui voudrait transformer un racketteur de trottoir en icône de la débrouille populaire.

Mais s’arrêter là, c’est se tromper de procès. Car la vraie question n’est pas « qu’a fait Hamza ? ». Elle est : qui a fabriqué Hamza ?

Un enfant n’est jamais le point de départ

Un gamin de 14 ans n’invente rien. N’importe quel parent qui constate chaque samedi, sur le bord des terrains de football où joue son gosse, le comportement affligeant mais non sanctionné (souvent par peur d’être jugé raciste) de certains gamins, sait de quoi je parle. Il imite. Il absorbe, recrache, reproduit ce que la société lui a mis sous les yeux depuis qu’il sait marcher, d’autant plus quand on lui a mis un portable dès 3 ans sous les yeux. Et qu’a-t-on mis sous les yeux de cette génération ?

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Un décorum. Toute une esthétique de la racaille érigée en modèle culturel dominant. La capuche sur la tête, la gestuelle empruntée aux clips — les doigts façon Jul —, le vocabulaire de rigueur, « wesh », « wallah », le survêtement comme uniforme, le rap comme bande-son permanente d’une vie rêvée faite de grosses cylindrées, de liasses de billets, de came et de femmes réduites au rang d’objets. Voilà ce qu’on a vendu, glorifié, mis en boucle. Voilà le moule (pour ne pas dire la moulaga). Hamza en est le produit conforme, pas l’anomalie. Regardez les joueurs de l’équipe de France de football bon sang, ils sont des modèles soi-disant pour la jeunesse. Observez gestuelles, accoutrements, façon de parler. Le tout filmé et revendiqué par les communicants de l’équipe de France eux-mêmes…(comparez aux Norvégiens, juste pour voir).

Et qu’on ne vienne pas nous parler du rap « cri social des opprimés ». Ce rap-là existait peut-être, il y a trente ans, quand il racontait une misère réelle. Il existe encore à la marge. Celui d’aujourd’hui, celui qu’on passe en boucle, ne dénonce plus la pauvreté : il célèbre le fric, la drogue, les armes, la haine du blanc très souvent, le bling-bling et l’abaissement de la femme. Il ne monte plus de la cité vers le succès, il descend des plateaux télé et des playlists officielles vers la cité, pour lui apprendre à s’admirer dans son propre avilissement.

La longue chaîne des démissions

Car le plus grave n’est pas la culture rap en elle-même. C’est l’immense cortège d’adultes qui, par lâcheté ou par calcul, l’ont validée, encensée, institutionnalisée.

Ce sont ces professeurs qui « étudient » les textes de rap en classe comme on étudierait Rimbaud, qui félicitent l’élève débraillé au nom de l’authenticité, qui laissent le tutoiement s’installer parce que l’autorité, paraît-il, serait une violence. Ce sont ces politiques prêts à toutes les compromissions pour « faire jeune », à poser avec des rappeurs, à mimer les codes de la rue en espérant trois voix de plus. Ce sont ces médias qui gloussent d’aise devant la « culture urbaine », qui en font des reportages attendris — journalistes vivant dans de beaux appartements de centre-ville, qui n’ont jamais connu ni la misère ni la pauvreté que le rap prétendait chanter, mais qui adorent la consommer à distance, comme un frisson exotique. C’est ce journaliste qui se met à genoux devant le petit Hamza pour l’interviewer comme si il était une star.

C’est cette culture de l’excuse, patiemment installée depuis des décennies, qui explique tout. À chaque débordement, on nous explique le contexte, le déterminisme, la faute de la société — jamais celle de l’individu ni de sa famille. On a désarmé les parents, disqualifié les enseignants, ridiculisé l’autorité, et on s’étonne ensuite qu’un gamin de quatorze ans se prenne pour un douanier et rackette les cyclistes.

Le laxisme n’est pas une bavure du système. Il en est le programme.

Le symbole commode

Alors oui, il faut voir la mécanique à l’œuvre. La gauche fait d’Hamza une victime du racisme et de la canicule des pauvres. Une partie de la droite en fait l’incarnation du chaos, la « terreur » du canal — rien que ça, pour un collégien et son pistolet à eau. Les deux camps se servent du même gamin comme d’un totem, chacun pour conforter son logiciel. Et pendant qu’ils s’écharpent sur son cas, personne ne regarde la chaîne de production qui, en amont, fabrique des Hamza par milliers.

C’est confortable, un symbole. Ça évite de balayer devant sa porte. La droite qui s’indigne aujourd’hui du petit voyou du 10e arrondissement est parfois la même qui, hier, trouvait « populaire » de flirter avec ces codes, qui laissait faire l’école de la démission, qui ne s’est jamais battue pour rétablir une exigence de tenue, de langage, de respect. On récolte ce qu’on a laissé semer.

Rendre à chacun sa part

Que les choses soient claires : disculper Hamza ne signifie pas l’absoudre. Il devra répondre de ses actes, et ses parents avant lui — ce père qui jure qu’« il ne fait de mal à personne » pendant que son fils cumule les interpellations, cette mère qui crie au racisme au lieu de tenir sa progéniture, illustrent à eux seuls la faillite éducative dont l’enfant n’est que le symptôme.

Mais réduire cette affaire au seul Hamza, c’est refuser de voir. Ce gamin n’est pas né racaille. On l’y a patiemment conduit, à coups de modèles dégradés, d’adultes complaisants et d’institutions couchées. Il est le miroir tendu à une société qui a, depuis longtemps, cessé d’élever ses enfants pour se contenter de les divertir et de les excuser.

Le vrai scandale, ce n’est pas un pistolet à eau au bord d’un canal. C’est tout ce qui, patiemment, année après année, a fait qu’un enfant de quatorze ans ne pouvait, statistiquement, presque pas devenir autre chose. Tirer sur le gamin, c’est encore une manière de ne pas regarder le vrai coupable : nous-mêmes, et cette longue lâcheté que nous appelons pudiquement « la modernité ».

Julien Dir

Photo d’illustration : VA+

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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