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L’affaire a explosé sur les réseaux sociaux le lundi 3 août. Le jugement, lui, date du 22 mai. Ce décalage de plus de deux mois dit assez la manière dont ce dossier circule : par vagues d’indignation, sur des éléments partiels, avec une lecture héroïque d’un côté et une lecture crapuleuse de l’autre.
Les faits jugés sont simples à résumer. Entre janvier et mars 2024, à Nogent-sur-Vernisson, commune du Loiret au sud de Montargis, une quarantaine d’hommes sont attirés dans des guets-apens via le site de rencontres anonyme Coco.gg. Chaque fois, le même scénario : un rendez-vous intime pris en ligne, une adresse, une heure. Sur place, aucune rencontre — mais plusieurs individus cagoulés qui surgissent dans un hall d’immeuble ou sur la voie publique. Les victimes sont frappées, parfois à coups de barres de fer, puis dépouillées de leur téléphone, de leurs cartes bancaires, de leur portefeuille, parfois de leurs vêtements.
Le 22 mai 2026, au terme de deux jours d’audience, le tribunal correctionnel de Montargis a condamné les 7 prévenus à des peines allant d’un an avec sursis probatoire à 5 ans de prison. La peine la plus lourde est allée à Gabriel F., 300 000 abonnés sur YouTube sous le pseudonyme GabMorrison, maintenu en détention.
Qui est GabMorrison ?
Le personnage explique en partie l’emballement.
En 2014, un gamin de 12 ans ouvre une chaîne YouTube. Fan de catch, il emprunte son pseudonyme au quadruple champion du monde John Morrison. Depuis sa chambre, il interviewe des rappeurs et des sportifs. Une formation en journalisme, puis dix ans d’un format qu’il est à peu près seul à pratiquer : aller chez les gens dans les cités, prendre le train, l’avion, monter dans des voitures inconnues, arpenter des cités qu’il ne connaît pas, caméra à la main et sans équipe.
Il apprend l’italien pour s’immerger dans le rap transalpin, filme en Espagne, au Sénégal, au Maroc. Il revendique d’être le seul à parcourir autant de pays pour rencontrer des rappeurs francophones, et de tout faire lui-même — tournage, montage, traduction. La chaîne atteint les 300 000 abonnés et environ 25 millions de vues.
En 2024, tout s’arrête. Les vidéos cessent, sans un mot. La communauté attend des semaines, puis des mois. Certains imaginent un projet plus ambitieux, d’autres s’inquiètent. La réponse ne viendra qu’avec la médiatisation du procès.
Le rôle contesté du meneur
C’est la première zone d’ombre, et elle est centrale.
Durant l’audience, Gabriel F. a été désigné comme l’instigateur et le meneur par les autres prévenus. La procureure a particulièrement insisté sur sa responsabilité et requis, pour l’ensemble des prévenus, des peines de 4 à 7 ans.
Lui n’a reconnu que deux éléments : avoir convoyé les agresseurs, et avoir fourni le téléphone ayant servi à contacter les victimes sur Coco. Son avocat, Grégoire Belmont, a plaidé la relaxe et contesté frontalement la qualification de meneur, faisant valoir que son client n’avait aucun intérêt personnel dans ces faits et qu’au vu des profils présents dans la salle, il voyait mal comment il aurait pu donner des ordres à quiconque.
Le tribunal l’a pourtant relaxé d’une partie des faits — tout en lui infligeant la peine la plus lourde. Les six autres ont écopé d’un an, deux ans, trente mois, trois ans et quatre ans, avec des durées de sursis probatoire variables et, pour certains, un aménagement sous bracelet électronique.
À noter que dans un dossier où plusieurs prévenus se rejettent la faute, la désignation d’un meneur par les coprévenus est aussi la meilleure stratégie de défense de chacun d’eux.
La défense a bâti sa plaidoirie sur trois points : l’absence de preuves matérielles, l’abondance de témoignages changeants et contradictoires entre prévenus et témoins, et un élément qui n’est pas rien — le directeur d’enquête, retenu par des obligations professionnelles, n’a pas pu venir à la barre expliquer ses conclusions.
Les enquêteurs étaient remontés jusqu’aux suspects grâce aux téléphones utilisés et à la vidéosurveillance. Neuf personnes âgées de 19 à 29 ans avaient été mises en examen à l’automne 2024, dont sept placées en détention provisoire. Au fil de l’instruction, le dossier s’est élargi à de nombreuses extorsions ou tentatives d’extorsion, mais tous les faits n’ont pas abouti : le tribunal a prononcé plusieurs relaxes partielles avant de retenir la culpabilité sur les épisodes qu’il jugeait suffisamment établis.
Une seule victime présente sur quarante
C’est le détail le plus troublant de cette affaire, et il n’a reçu aucune explication publique.
Sur l’ensemble des victimes identifiées, une seule a assisté à l’audience des 21 et 22 mai. Aucun avocat ne les représentait. Personne ne s’est constitué partie civile pour porter leur parole devant le tribunal.
Deux lectures circulent. Celle de la honte : des hommes piégés sur un site de rencontres, battus et dépouillés, qui ne souhaitent pas voir leur nom associé publiquement à ces circonstances. Celle du soupçon : des victimes qui auraient eu leurs propres raisons de ne pas se présenter devant un juge. Le dossier ne permet de trancher ni dans un sens ni dans l’autre.
La question du mobile
C’est sur ce point que l’affaire s’est enflammée.
Sur les réseaux, les opérations sont présentées comme une chasse aux pédophiles, les prévenus ayant utilisé de faux profils en se faisant parfois passer pour des mineurs. La défense a effectivement mis en avant cette volonté de cibler des comportements pédocriminels.
Le parquet de Montargis a retenu une autre lecture. Dès octobre 2024, il indiquait que le mobile apparaissait « davantage crapuleux » que lié à l’orientation sexuelle des victimes, celles-ci recherchant aussi bien des relations hétérosexuelles qu’homosexuelles. Les personnes visées n’avaient pas nécessairement été condamnées, ni même poursuivies, pour des faits de pédocriminalité. Le mode opératoire — frapper puis dépouiller — a pesé dans cette appréciation.
Reste que le choix de Coco n’est pas neutre. La plateforme, accessible sans inscription ni vérification d’identité, a été citée dans de nombreuses enquêtes pour agressions, guets-apens, viols, proxénétisme et faits pédocriminels. Le parquet de Paris la décrivait comme un facilitateur d’infractions. Elle a été fermée par la justice française en juin 2024. Sur des centaines de plateformes possibles, c’est celle-là qui a été retenue.
Deux hypothèses tiennent donc simultanément : une intention idéologique réelle, et un calcul — des victimes suffisamment compromises pour ne jamais porter plainte. Personne ne sait laquelle domine, et le principal intéressé n’a rien dit.
C’est peut-être le point le plus étrange de ce dossier. Celui qui a passé dix ans à faire parler les autres n’a jamais rien déclaré publiquement sur ses intentions. Pas d’interview, pas de communiqué, pas de vidéo. Ses avocats ont plaidé la relaxe sans construire de récit sur les motivations.
Sa communauté attend qu’il s’exprime à sa sortie — non pour se défendre, mais pour expliquer.
Ce qui circule depuis le 3 août
L’emballement des derniers jours repose sur une comparaison qui tourne en boucle : GabMorrison prend 5 ans ferme pour avoir frappé des présumés pédophiles, quand ceux qui s’en prennent réellement à des enfants sortiraient parfois plus tôt.
Un chiffre est exact : le viol sur mineur de moins de 15 ans est puni de 20 ans de réclusion criminelle. Les autres affirmations qui accompagnent cette comparaison — condamnations effectives autour de 8 à 12 ans, libérations anticipées, confusions de peines, sursis pour des agressions sur de très jeunes enfants — sont invoquées sans référence à des données publiques identifiables.
La comparaison souffre par ailleurs d’un défaut de construction : elle met en regard une peine correctionnelle prononcée pour extorsion en bande organisée et violences répétées, et des peines criminelles prononcées par des cours d’assises sur des faits d’une autre nature. Les deux ne relèvent ni des mêmes juridictions, ni des mêmes échelles.
Elle exprime néanmoins un sentiment largement répandu, et ce sentiment est le vrai carburant de cette affaire.
Les 7 condamnés disposaient de 10 jours pour faire appel à compter du 22 mai, et plusieurs avocats envisageaient de le faire à l’issue de l’audience. Aucune information publique ne permet de dire, à ce jour, si un appel a été formé. Gabriel F. est maintenu en détention.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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6 réponses à “GabMorrison condamné : chasse aux pédophiles ou vols et lynchages organisés ?”
Il a trouvé le moyen de plumer des pigeons en passant pour le chevalier blanc… tout le reste est bidon.
Bonjour,
Belle initiative.
Cdt.
M.D
Je ne porte aucun jugement sur cette affaire bien compliquée.
Je dis seulement une chose : si les salopards qui violent les enfants, les femmes et même les dames de 85 ans étaient sévèrement punis au lieu de se promener dans la nature, il n’y aurait pas ces problèmes, en tous cas beaucoup moins.
Cherchez les coupables où ils se trouvent en commençant par les juges.
Est-ce que cela méritait plus de trois lignes ?
Merci pour cet article qui permet de mieux comprendre l’affaire dans son ensemble.
Merci pour cet article qui permet de mieux comprendre l’affaire dans son ensemble.