Marine Le Pen, la volonté contre les idées

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Après mon séjour en Provence, j’ai fait une escapade en terre de Flandre, comme il m’arrive d’en accomplir une selon un rythme à peu près décennal. L’âge nous impose ainsi ses pèlerinages. Il existe une horloge secrète qui, tous les dix ans, sonne le retour vers les paysages où notre jeunesse a laissé quelque chose d’elle-même. On croit visiter des lieux ; ce sont eux qui nous attendent.

Mon premier voyage dans le Nord remontait à 1976, au lendemain du baccalauréat. Mon père m’avait conduit jusqu’à la tour de l’Yser, à Dixmude, point culminant de l’IJzerbedevaart, le pèlerinage annuel qui rassemblait alors la fine fleur du nationalisme flamand. On y croisait, par affinité et parfois par simple goût de l’aventure, des Bretons, des Corses, des Catalans, des Basques et quantité de jeunes gens appartenant à des chapelles plus ou moins droitières, plus ou moins sérieuses, qui donnaient libre cours à leurs fantaisies durant quarante-huit heures.

Le rassemblement, né après la Grande Guerre autour du souvenir des soldats flamands et de la revendication d’autonomie, était devenu l’une des grandes liturgies du mouvement flamand. Le mot de liturgie n’est pas excessif. Il y avait des drapeaux, des chants, des morts invoqués, des serments, une tour dressée dans le plat pays comme un clocher politique. Toutes choses qui paraîtraient aujourd’hui incongrues, sinon suspectes, tant notre époque redoute les cérémonies qu’elle n’a pas inventées.

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En montant vers la Flandre, nous avions fait quelques haltes. L’une d’elles nous avait conduits devant la maison de Dominique Venner, retirée au milieu d’une forêt. L’essayiste n’avait pas trouvé cinq minutes à nous accorder. Il nous avait salués sur le pas de sa porte, puis congédiés sans autre cérémonie. Cette réception un peu sèche ne nous détourna pas de notre itinéraire mémoriel : quelques kilomètres plus loin, à Abbeville, nous attendait un rendez-vous autrement symbolique.

Nous voulions nous recueillir devant le kiosque à musique où vingt et un prisonniers avaient été massacrés par des soldats français, le 20 mai 1940, dans la panique de la débâcle. Parmi eux se trouvait Joris Van Severen, fondateur du Verdinaso et l’une des grandes figures du nationalisme flamand de l’entre-deux-guerres. Arrêté en Belgique, transporté en France, il avait été abattu sans jugement avec des hommes et des femmes que réunissait surtout le malheur d’être devenus suspects au mauvais moment.

Devant ce kiosque silencieux, la pensée me vint que les morts sont parfois plus accueillants que les vivants.

La halte suivante fut le cimetière militaire allemand de Langemark, à quelques lieues de Dixmude. Sous de grands arbres, dans une paix presque champêtre, reposent des dizaines de milliers de soldats allemands. Parmi eux figurent plusieurs milliers de jeunes volontaires, dont nombre d’étudiants, fauchés dans les combats d’octobre et de novembre 1914. L’Allemagne fit plus tard de leur sacrifice le mythe de Langemarck, celui d’une jeunesse instruite et ardente montant au feu avec davantage d’enthousiasme que d’expérience.

La réalité fut moins lyrique. Des régiments hâtivement constitués furent jetés contre des troupes aguerries, dans la boue des Flandres. Dans ce même vaste charnier, un peu plus au nord, les fusiliers marins de l’amiral Ronarc’h, dont beaucoup venaient de Bretagne, défendaient Dixmude avec une opiniâtreté devenue légendaire. Des jeunes Européens tuaient d’autres jeunes Européens au nom d’États qui, quelques décennies plus tard, recommenceraient la besogne avec des moyens autrement considérables.

Devant les pierres sombres de Langemark, la grandiloquence patriotique perd beaucoup de son lustre. On mesure ce que les nationalismes d’État lancés dans la guerre industrielle ont coûté à notre continent : non seulement des millions de morts, mais une sélection à rebours qui emporta souvent les plus courageux, les plus instruits et les mieux disposés au sacrifice.

La Flandre enseigne la gravité. Elle ne la proclame pas ; elle la fait monter du sol.

En rentrant vers Lille, mon regard fut attiré par la une de Libération, consacrée à Marine Le Pen. J’achetai l’exemplaire de papier afin de le lire en voiture. Le journal imprimé conserve sur la tablette un avantage que les modernes feignent d’ignorer : il se plie, se froisse, passe de main en main et permet de s’arrêter sur une phrase sans que l’écran s’éteigne ou réclame quelque mise à jour.

Le portrait était féroce, suivant l’accoutumée, quoique moins sot qu’on aurait pu le craindre. Libération décrivait Marine Le Pen comme une « trompe-la-mort », plusieurs fois donnée pour disparue, toujours revenue dans l’arène. Le journal rappelait l’attentat qui détruisit en 1976 le domicile familial, la scission mégrétiste, l’éviction de son père, la catastrophe du débat présidentiel de 2017, la concurrence d’Éric Zemmour en 2022 et, désormais, l’affaire des assistants parlementaires européens.

La haine rabique que la gauche bien-pensante lui porte ne parvenait pas tout à fait à dissimuler l’évidence : cette femme possède une capacité de résistance peu commune. Chaque fois qu’on prépare son enterrement, elle soulève le couvercle du cercueil, se recoiffe et demande à quelle heure commence le prochain journal télévisé.

Je ne connais pas Marine Le Pen. Je ne l’ai jamais rencontrée, à la différence de son père. Je connais en revanche plusieurs de ses amis, de ses anciens compagnons de route et de ses relations. Les témoignages recueillis au fil des années composent une silhouette assez précise, quoique fort éloignée de ma sensibilité.

Marine Le Pen est d’abord une enfant de la politique, non de la doctrine. La nuance est capitale. La politique lui est venue comme une affaire de famille, avec ses fidélités, ses brouilles, ses héritages et ses règlements de comptes. À huit ans, elle découvre la violence politique dans le souffle d’une bombe. Adolescente, elle suit son père en campagne afin de se rapprocher de cet homme plus souvent retenu par les estrades que présent au foyer. Plus tard, elle rejoint le service juridique du Front national, puis se révèle, lors de la scission de 1998, une redoutable gardienne de l’appareil.

Elle pourchasse les mégrétistes avec une telle ardeur qu’on la surnomme la « garde rouge » ou la « policière du Paquebot ». L’héritière naturelle n’était pourtant pas elle, mais sa sœur aînée, Marie-Caroline. La scission écarta celle-ci de la succession dynastique. Marine demeura au chevet du parti paternel lorsque la moitié des cadres s’en allaient avec Bruno Mégret. Ce fut son premier grand apprentissage : les hommes passent, les idées se remplacent, le nom demeure.

Lorsqu’elle conquit la présidence du Front national en 2011, son principal adversaire, Bruno Gollnisch, représentait précisément ce qu’elle ne voulait pas voir triompher : une droite plus doctrinale, plus conservatrice, plus catholique et plus enracinée dans les anciennes familles du mouvement national. Selon le récit publié par Le Figaro, elle aurait alors lancé à son père qu’elle ne laisserait jamais le parti « à ces gens-là ». La formule, si elle fut exactement prononcée, en dit davantage qu’un programme entier.

« Ces gens-là », ce sont toujours, d’une manière ou d’une autre, ceux qui croient aux idées.

Marine Le Pen ne se méfie pas seulement des intellectuels parce qu’ils seraient bavards, indisciplinés ou incapables de coller des affiches. Elle les déteste parce qu’ils rappellent qu’une politique devrait obéir à une conception de l’homme, de l’histoire et du destin collectif. L’intellectuel véritable possède une mémoire, établit des continuités, relève les contradictions. Il ne se satisfait pas de la formule du soir lorsqu’elle contredit celle de la veille. Il demande où l’on va, au nom de quoi, avec qui, pour transmettre quel héritage.

Autant de questions qui encombrent une machine électorale.

Les hommes d’idées ont, en outre, le tort de se montrer ingrats. Ils ne confondent jamais tout à fait une personne avec une cause. Ils peuvent approuver un discours, puis en critiquer le suivant. Ils se souviennent des promesses abandonnées. Ils comparent les programmes. Ils lisent les petites lignes et retrouvent dans les archives les déclarations que le chef préférerait oublier. Un parti gouverné par la télévision n’a que faire de pareils scrupules.

Marine Le Pen préfère les fidèles, les organisateurs, les commis politiques, les porte-parole rompus aux éléments de langage et les transfuges dont le ralliement atteste la respectabilité nouvelle du parti. Elle se défie de ceux qui parlent une langue antérieure aux plateaux de télévision, de ceux qui invoquent la civilisation, la longue mémoire, la filiation ou le droit d’un peuple à demeurer lui-même.

Ce n’est pas seulement qu’elle manque d’idées. Elle déteste les idées parce qu’elles limitent sa liberté de manœuvre.

Une idée oblige. Elle trace une ligne entre ce qui peut être accepté et ce qui ne saurait l’être. Elle interdit certaines alliances, commande certains combats, impose parfois de perdre une élection plutôt que son âme. Marine Le Pen n’aime rien tant que les positions révisables, les principes amendables et les programmes qui se défont au contact d’un sondage défavorable.

La dédiabolisation n’est donc pas uniquement une tactique. Elle correspond à un tempérament. Elle consiste moins à présenter autrement des convictions constantes qu’à retrancher, année après année, tout ce qui contrevient à la morale télévisuelle.

Cette morale est aisée à définir. Elle célèbre la nouveauté, l’individu émancipé, le mouvement, le métissage abstrait, la rupture avec les héritages et la dissolution des anciennes fidélités. Elle se montre volontiers sévère envers les enracinements européens, mais délicate envers toutes les identités venues d’ailleurs. Elle tolère le folklore à condition qu’il ne prétende plus organiser la vie. Elle aime les costumes régionaux dans les musées, les familles traditionnelles dans les feuilletons historiques et les frontières sur les vieilles cartes. Tout attachement qui entend demeurer vivant lui paraît aussitôt suspect.

Marine Le Pen ne s’oppose pas toujours à cette morale. Elle s’y soumet plus souvent qu’elle ne la combat.

L’épisode du mariage pour tous fut, à cet égard, révélateur. Face à une réforme qui ne modifiait pas seulement le droit matrimonial, mais touchait à la filiation, à la famille et à la définition même de la parenté, une part considérable du pays se leva. Des familles entières descendirent dans la rue. Une génération de jeunes catholiques et de conservateurs découvrit l’action politique, affronta les gaz lacrymogènes, les gardes à vue et le mépris médiatique.

Marine Le Pen resta en lisière.

Elle se déclara hostile au projet, annonça qu’elle reviendrait sur la loi, puis refusa de participer à la grande manifestation du 13 janvier 2013. Elle dénonça une « grossière tentative de récupération politicienne et d’enfumage sociétal ». Des cadres du Front national défilèrent malgré tout, et le parti finit même par constituer une délégation officielle lors de la manifestation du 24 mars. Elle n’avait donc pas interdit aux siens de marcher. Son attitude fut, politiquement, plus révélatrice encore : elle refusa de reconnaître dans ce soulèvement populaire un combat essentiel.

Le mot d’« enfumage » disait tout. La transformation juridique de la famille lui paraissait secondaire à côté du chômage, de la monnaie et du pouvoir d’achat. Là où certains voyaient une rupture anthropologique, elle discernait une diversion organisée par l’UMP et le Parti socialiste.

Une femme politique attachée aux formes anciennes aurait compris que ces familles massées dans les rues défendaient davantage qu’un article du Code civil. Elles protégeaient une certaine idée de la transmission, la distinction du père et de la mère, la continuité entre les générations, le droit des enfants à ne pas devenir les objets d’un projet parental. Marine Le Pen vit surtout une manifestation insuffisamment contrôlable, trop catholique, trop bourgeoise, trop conservatrice et, par-dessus tout, trop éloignée de l’électorat qu’elle cherchait à conquérir.

Elle ne fut pas absente parce qu’elle avait d’autres priorités. Elle avait d’autres priorités parce que le monde ancien dont ces manifestants défendaient les derniers contours lui est profondément étranger.

La même inclination reparut en 2021, lorsque Génération identitaire fut menacée de dissolution. Le Rassemblement national dénonça officiellement une atteinte aux libertés publiques, tout en demandant à ses cadres de ne pas participer à la manifestation de soutien. Marine Le Pen défendit donc le principe à distance, soigneusement protégée de ceux qui en subissaient les conséquences.

Voilà une constante mariniste : approuver du bout des lèvres ce que l’on interdit d’approcher.

Génération identitaire l’embarrassait moins par ses méthodes que par ce que son nom proclamait. L’identité suppose une substance, une continuité historique, une filiation. Elle signifie que la France n’est pas seulement une République, un système de protection sociale et une collection de valeurs universelles, mais le produit singulier d’un peuple, d’une histoire et d’une civilisation européenne.

Marine Le Pen n’est pas identitaire. Elle ne pense ni en termes de civilisation européenne, ni de continuité ethnique, ni de destin des peuples. Sa France est d’abord une construction politique, administrative et sociale, protégée par des frontières, des lois, des services publics et une préférence nationale dont les contours se sont d’ailleurs émoussés au fil des campagnes. Elle croit encore à l’assimilation républicaine, à condition que celle-ci soit rétablie avec assez d’autorité.

L’identitaire voit dans la France le produit singulier d’une histoire, d’un peuplement et d’une civilisation qu’aucune adhésion individuelle ne suffit à reproduire. Entre ces deux conceptions, la différence n’est pas de degré. Elle est de nature.

Marine Le Pen déteste également les formes anciennes. Le mot de forme doit être pris au sens fort : les rites, les hiérarchies, les disciplines, les fidélités héritées, les distinctions que le temps a consacrées. Elle n’est sensible ni à la majesté de l’État, ni à la profondeur religieuse, ni à l’élégance d’un ordre ancien. Elle appartient pleinement à la France contemporaine, avec ses pavillons, ses divorces, ses familles recomposées, ses chiens, ses chats, ses soirées entre amis, ses écrans et son robuste bon sens de comptoir.

Il n’y a rien là de méprisable. Cette France existe et mérite d’être représentée. Elle ne saurait toutefois incarner à elle seule la civilisation française.

Marine Le Pen ne veut pas restaurer. Elle veut administrer autrement le monde présent.

Elle ne se propose pas de relever des institutions ruinées, de restituer leur autorité aux anciennes disciplines ou de renouer le fil d’une tradition rompue. Elle promet de protéger les Français des conséquences les plus brutales de la modernité sans jamais remettre en cause les principes qui l’ont produite. Elle veut moins d’immigration, davantage de sécurité, une meilleure protection sociale et un État plus ferme. Elle ne veut ni révolution culturelle, ni restauration morale, ni renaissance spirituelle, ni remigration.

Son programme consiste à rendre habitable le monde de la télévision.

À cet égard, Marine Le Pen rappelle parfois Jacques Chirac. Elle ne possède guère d’autre idée que celle qui peut être attrapée au vol, surtout lorsqu’elle vient du petit écran, cette grande éducatrice des hommes politiques contemporains. Sa morale politique paraît ductile ; sa doctrine, intermittente. L’absence de convictions fermement ordonnées est compensée par une certitude personnelle considérable, une prodigieuse énergie et cette volonté de pouvoir qui tient lieu, chez beaucoup de dirigeants, de philosophie de l’histoire.

Cette pauvreté doctrinale ne doit pas conduire à sous-estimer la personne. Marine Le Pen a du courage. Elle supporte les avanies, les trahisons, les campagnes de presse et les défaites avec une solidité que ses adversaires, trop occupés à la caricaturer, n’ont jamais comprise.

Elle sait également trancher. Son père l’encombrait : elle l’exclut. Florian Philippot était devenu dangereux : elle le fit partir. Le Front national était trop lourd à porter : elle le rebaptisa Rassemblement national. La sortie de l’euro inquiétait les électeurs : elle l’abandonna. La remise en cause du mariage homosexuel devenait coûteuse : elle cessa d’en faire une priorité. Chacune de ces décisions contredisait un engagement antérieur. Toutes servirent la conquête du pouvoir.

Elle ne trahit pas ses idées, puisqu’elle n’en possède aucune à laquelle elle reconnaisse le droit de l’entraver.

Le débat de 2017 aurait pu l’achever. Elle y apparut impréparée, fébrile, presque étrangère aux dossiers qu’elle prétendait dominer. Un responsable ordinaire n’aurait pas survécu à pareil naufrage. Deux ans plus tard, sa liste arrivait en tête des élections européennes.

En 2022, Éric Zemmour crut pouvoir la dépasser sur sa droite, attirant une partie des cadres identitaires et conservateurs qu’elle avait marginalisés. Il parlait de civilisation, d’histoire, de démographie et de continuité française. Elle parlait du prix de l’essence, des fins de mois et du panier de la ménagère. Les intellectuels se rangèrent souvent derrière lui ; les classes populaires demeurèrent avec elle.

La voilà désormais aux prises avec la justice. La cour d’appel de Paris a confirmé sa culpabilité dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Elle lui a infligé trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, ainsi qu’une année sous surveillance électronique et 100 000 euros d’amende. Sa peine d’inéligibilité ferme, limitée à quinze mois, est déjà purgée, ce qui lui permet en l’état de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Elle a annoncé son pourvoi en cassation, lequel suspend probablement pour le moment l’exécution de la peine sous bracelet.

La Cour de cassation ne rejugera pas les faits. Elle examinera si le droit a été correctement appliqué. La cour d’appel a confirmé la matérialité d’un système par lequel des fonds du Parlement européen destinés à des assistants parlementaires avaient servi à rémunérer des collaborateurs travaillant pour le parti. Elle a également retenu l’absence d’enrichissement personnel de Marine Le Pen.

Quelques jours auparavant, celle-ci affirmait qu’une campagne sous bracelet électronique serait impossible. Le soir du jugement, elle annonçait sa candidature et son pourvoi. On peut appeler cela un reniement. On peut aussi y voir la manifestation presque chimiquement pure de son caractère : Marine Le Pen ne renonce jamais tant qu’une issue, si étroite soit-elle, demeure praticable.

Elle s’est glissée dans le trou de souris laissé par la cour et partira en campagne avec un fil à la patte. Ce fil n’est pas encore une assignation à résidence, mais il suivra chacun de ses déplacements. Il ressemble au sparadrap du capitaine Haddock : on croit l’avoir jeté, il revient se coller au doigt, au visage, à la manche, et finit par occuper toute l’image.

L’obstination force cependant le respect. Marine Le Pen a successivement survécu à sa famille, à son père, à ses lieutenants, à ses défaites, à ses concurrents et, jusqu’à présent, à ses juges. Elle possède la ténacité des grands animaux politiques. Elle encaisse, attend, laisse l’adversaire s’épuiser, puis reprend sa marche.

Je ne sais pas quelle France Marine Le Pen veut sauver. Je sais plus précisément celles qu’elle ne veut pas incarner : la France des vieilles appartenances, des provinces charnelles, des familles historiques, des communautés enracinées, des disciplines spirituelles et d’une Europe conçue comme la demeure commune de peuples apparentés. Sa détestation du sentiment breton l’illustre bien.

La nation qu’elle propose est moins un héritage qu’un contrat social protégé, moins une civilisation qu’un État suffisamment fort pour garantir l’ordre, les retraites et le pouvoir d’achat. Elle ne veut pas que les Français redeviennent un peuple historique. Elle veut qu’ils demeurent des administrés convenablement protégés contre les désordres du temps.

Cette France-là peut séduire des millions d’électeurs. Elle peut même conduire Marine Le Pen au pouvoir. Elle ne répond guère à la question que posent les pierres de Langemark, la tour de l’Yser ou le kiosque d’Abbeville : qu’est-ce qu’un peuple, sinon une longue fidélité entre les vivants, les morts et ceux qui ne sont pas encore nés ?

En refermant Libération, sur la route de Lille, je demeurais partagé entre l’éloignement politique et une forme de respect humain. Marine Le Pen ne croit pas à grand-chose, sinon à elle-même, à son destin et à sa capacité de durer. Cette foi rudimentaire s’est révélée plus solide que bien des doctrines.

Elle sait où elle veut aller : au pouvoir.

On cherche encore ce qu’elle veut y faire, hormis y demeurer.

Balbino Katz
— chroniqueur des vents et des marées —

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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