Certains slogans ont la peau dure, alors qu’ils ne reposent sur rien d’autre que la complaisance — ô combien douteuse — des grands médias, ou sur des décisions de justice dont on feint de ne pas voir les failles. L’un d’entre eux surgit systématiquement dès qu’un scandale pédocriminel brise la banquise du silence : « Oui, mais rappelez-vous d’Outreau ! ». Or, on a relayé un peu trop vite, et de manière totalement fallacieuse, l’idée que ce fiasco judiciaire serait attribuable à des enfants menteurs.
En ces temps de scandales pédocriminels, une certaine affaire revient sur le devant de la scène. Malheureusement, ce n’est ni pour documenter l’enfer subi pendant des années par au moins douze enfants — violés par seulement quatre personnes selon la justice —, ni pour rappeler l’habileté des pédocriminels à s’organiser en réseaux pour abuser sexuellement de mineurs (comme nous le rappelle aussi l’affaire Pierre-Alain Cottineau et ses « invités » belges). Encore moins pour en éclairer les zones d’ombre. Non, l’affaire d’Outreau est aujourd’hui brandie pour disqualifier la parole des mineurs. Une inversion des responsabilités qui ajoute l’insulte à l’injure.
Cette stratégie porte ses fruits : les statistiques de la Ciivise révèlent que 99 % des plaintes pour inceste ne débouchent sur aucune condamnation. Libre à certains de croire que la quasi-totalité de ces plaintes sont des affabulations inventées par des enfants en mal de sensations. Mais cette croyance se heurte à une autre réalité statistique : les 160 000 enfants soumis chaque année à des abus sexuels en France.
« Rappelez-vous d’Outreau ! », clament-ils pour décréter l’infidélité de la parole de l’enfant. Comme si un mineur n’ayant jamais subi d’abus pouvait inventer ex nihilo des pratiques sexuelles détaillées ou accuser des personnes qu’il n’a jamais croisées.
Certes, l’erreur humaine existe. Certains ont pu se tromper, affabuler, voire mentir. Les ressorts de l’âme humaine sont complexes. Le problème est que ceux qui instrumentalisent ces cas pour discréditer la parole des enfants oublient que le procès ne s’est pas construit uniquement sur les dires des jeunes victimes. Comme l’expliquait Philippe Muller, alors substitut du procureur au parquet de Douai, l’instruction a d’abord recoupé les auditions des mis en examen avec celles des témoins, avant de les superposer aux témoignages des enfants pour corroborer les faits. Plusieurs adultes n’avaient pas nié : ils avaient reconnu les faits et s’étaient accusés mutuellement en détaillant leurs actes.
Mais comme dans toute affaire criminelle de cette envergure, des adultes ont accusé d’autres adultes, d’autres ont sciemment pollué l’enquête pour sauver leur peau, et certains se sont rétractés avant de rétablir la vérité. Des pressions majeures ont également été exercées sur les mis en examen, comme le suggère courageusement l’une des victimes. Courageusement, oui, car lorsque le ténor du barreau qui a pilonné verbalement les enfants à la barre devient plus tard Garde des Sceaux, dénoncer ce système exige une force immense.
Déterrer Outreau pour détruire la parole des enfants, c’est répéter un slogan sans rien comprendre au dossier. Ceux qui s’en servent devraient au moins se rappeler que sur 35 expertises psychiatriques missionnées pour évaluer la parole des mineurs, 34 concluaient qu’ils disaient la vérité. La seule expertise discordante provenait d’un pédopsychiatre qui ne les avait jamais rencontrés ni examinés ! Ce dernier, s’affranchissant du devoir de réserve auquel les autres experts étaient soumis, a pourtant écumé les plateaux de télévision. À l’inverse des enfants condamnés au silence par leur minorité, les accusés adultes ont pu saturer l’espace médiatique.
Ceux qui s’en servent devraient a minima se rappeler que la petite fille qui s’est rétractée concernant les abus subis de la part de son beau-père (l’un des acquittés), a non seulement été reconnue victime durant le procès, mais a été retrouvée à ses 18 ans sur une cassette vidéo saisie chez des acquittés. Elle y mimait des actes sexuels en compagnie de sept adultes partiellement dénudés et… d’autres enfants de 4 et 8 ans. Cette vidéo a justifié des poursuites pénales pour « corruption de mineurs ». Il faut lire les travaux des spécialistes pour comprendre les mécanismes complexes de rétractation chez les enfants dont le viol est pourtant avéré.
Ceux qui invoquent Outreau devraient également savoir que le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) fait état de 5 enfants d’acquittés présentant des indices majeurs évocateurs d’abus sexuels.
Ces « petits détails » sont systématiquement gommés par les dizaines de formats médiatiques prétendant « Comprendre Outreau en 10, 5, 3 minutes ». Pourquoi pas une aussi ? Comme si cela pouvait suffire à rendre compte de la complexité de cette affaire tentaculaire.
À l’image de cette vidéo du Figaro qui rappelle le fameux « J’ai menti, ils sont tous innocents ! » lancé par Myriam Badaoui en plein procès, tout en omettant de préciser qu’elle est revenue sur ses dires dès le lendemain pour réitérer ses accusations contre certains futurs acquittés. Ce récapitulatif passe également sous silence le fait qu’un des treize acquittés a été mis en cause et condamné, des années plus tard, pour agression sexuelle. Il oublie aussi de mentionner que la fillette « vaginalement vierge » dont ils font une affabulatrice…. a été juridiquement reconnue comme victime d’agressions sexuelles lors des audiences. Pire encore, la vidéo falsifie la réalité en affirmant que seuls deux adultes sont passés aux aveux, alors qu’ils étaient en réalité neuf, même si certains se sont rétractés après le coup de théâtre de Badaoui ou un changement d’avocat. Bref, ce document exclusivement à charge (comme tant d’autres) évoque des « condamnations baroques » et ose prétendre que le juge Burgaud ne se serait « jamais souciédu caractère plausibledes accusations ». En affirmant enfin qu’il y a « des courants de pensée » qui « pensent qu’il existe des réseaux pédophiles » , la vidéo illustre en une simple phrase son partis pris flagrant.
Ce modeste papier ne prétend pas éclairer une affaire d’une immense complexité. Il faudrait un livre entier pour lister les dysfonctionnements, les non-dits et les vérités étouffées d’Outreau. Certains s’y sont attelés. Force est de constater que la plupart de ceux qui invoquent ce fiasco n’ont jamais lu leurs travaux. Des enquêtes d’ailleurs limitées, car critiquer une décision de justice expose à des poursuites. D’autres récits sont biaisés par les millions d’euros d’indemnités reçus par les acquittés, parmi lesquels figurent les parents de plusieurs enfants qui les avaient accusés, comme le rappelle Jonathan Delay.
À défaut d’inciter le lecteur à se réinformer sur une affaire dont les contradictoires n’ont jamais été relayées par les grands médias, cette tribune permettra, espérons-le, d’éviter que ce drame ne soit instrumentalisé pour discréditer définitivement la parole des enfants.
Car si l’affaire d’Outreau devait être le symbole d’une seule chose, ce serait de la manière dont des victimes ont été présentées comme des criminels. Et il ne s’agit pas seulement du fait qu’elles aient été placées physiquement dans le box des accusés durant le procès, face aux véritables coupables, aux médias et aux avocats (19 pour les accusés, 2 pour les enfants), mais bien de la façon dont elles ont été martyrisées par l’institution judiciaire et les journalistes.
Alors de grâce, sus à l’instrumentalisation d’Outreau.
Audrey D’aguanno
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Photo d’illustration : Capture Outreau, l’autre vérité de Serge Garde
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Il ne fallait pas remettre en question la parole de leurs petits chéris. Il ne faut toujours pas. Lorsqu’une femme française ment, elle pense être légitime à le faire. Et elle applique cette règle à ses enfants. Puis elle s’étonne que la parole des enfants et des femmes puissent ne plus rien valoir quand les prédateurs sévissent. Il fallait y penser avant ! Militez pour punir le mensonge des vôtres et des enfants. On en reparlera après. Outreau est significatif sur ce point. Qui a foutu la merde dans ce procès si ce n’est Myriam Badaoui qui a menti, puis a été bien vite libérée. Quel article avez vous écrit le jour de sa libération ? Moi, c’était cela (2011, un article sans ambition car je tâtonnais encore quant au ton que mes articles devaient prendre): https://aimeles.net/2011/11/18/sortie-de-prison-de-myriam-badaoui/ A droite, silence radio. Aucune intuition de ce qui s’était joué. Il fallait défendre les pôvres femmes évidemment. Et désormais, le retour de la chialerie des femmes qui nous a conduit à ce marasme, les enfants mis en avant. Outreau n’est que la tête de l’iceberg du mensonge des femmes, un monde sans moralité, un monde où tout le monde aurait le droit de mentir, mais où il faudrait soudainement croire les victimes au bon moment. A ce propos, il n’y a pas à croire spécialement la parole des enfants. Ils peuvent mentir. Je vous en apprend une. Mais oui, les enfants peuvent mentir. Arrêtons la niaiserie et le mensonge qui la couvre.
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Une réponse à “Quand j’entends le mot « Outreau », j’ai envie de sortir mon revolver ! [L’Agora]”
Bonjour,
Il ne fallait pas remettre en question la parole de leurs petits chéris. Il ne faut toujours pas. Lorsqu’une femme française ment, elle pense être légitime à le faire. Et elle applique cette règle à ses enfants. Puis elle s’étonne que la parole des enfants et des femmes puissent ne plus rien valoir quand les prédateurs sévissent. Il fallait y penser avant ! Militez pour punir le mensonge des vôtres et des enfants. On en reparlera après. Outreau est significatif sur ce point. Qui a foutu la merde dans ce procès si ce n’est Myriam Badaoui qui a menti, puis a été bien vite libérée. Quel article avez vous écrit le jour de sa libération ? Moi, c’était cela (2011, un article sans ambition car je tâtonnais encore quant au ton que mes articles devaient prendre): https://aimeles.net/2011/11/18/sortie-de-prison-de-myriam-badaoui/ A droite, silence radio. Aucune intuition de ce qui s’était joué. Il fallait défendre les pôvres femmes évidemment. Et désormais, le retour de la chialerie des femmes qui nous a conduit à ce marasme, les enfants mis en avant. Outreau n’est que la tête de l’iceberg du mensonge des femmes, un monde sans moralité, un monde où tout le monde aurait le droit de mentir, mais où il faudrait soudainement croire les victimes au bon moment. A ce propos, il n’y a pas à croire spécialement la parole des enfants. Ils peuvent mentir. Je vous en apprend une. Mais oui, les enfants peuvent mentir. Arrêtons la niaiserie et le mensonge qui la couvre.
Cdt.
M.D