Les élus bretons ont suivi de près le vote par l’Assemblée nationale d’un texte portant sur l’autonomie de la Corse. Ils savent que cette question reviendra au conseil régional un jour ou l’autre. Une bizarrerie apparaîtra : des groupes qui votent contre l’autonomie de la Corse voteront pour l’autonomie de la Bretagne. Ou l’inverse…
Mardi 23 juin, en première lecture, l’Assemblée nationale a adopté le « projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République ». C’est-à-dire que nous avons affaire à une révision constitutionnelle (article 89 de la Constitution). D’où l’introduction d’un article 72-5 « qui reconnaît à la collectivité deux pouvoirs inédits : adapter sur son sol les lois et règlements nationaux dans ses domaines de compétence, sur habilitation du Parlement et sous le contrôle du Conseil d’Etat et ou du Conseil constitutionnel. Simeoni [l’homme qui a négocié avec le gouvernement] cite les transports, l’aménagement du territoire, le statut de la langue corse, et surtout le foncier, où la spéculation a continué à grimper malgré vingt ans de réformes. Le régalien, lui, reste verrouillé à Paris (…) Surtout le texte ne grave qu’un principe. Son contenu réel est renvoyé à une loi organique qui ne sera rédigée qu’après la tenue d’un Congrès rassemblant toutes les forces politiques insulaires. » (Le Journal du dimanche, 21 juin 2026)
La question de l’autonomie se pose également en Bretagne car cette question a déjà fait l’objet d’un débat au conseil régional ; il est donc intéressant d’analyser le scrutin : comment ont voté les 37 députés de nos cinq départements ? Groupe “Ensemble pour la République“ (Renaissance) : Hervé Berville (Dinan), Eric Bothorel (Lannion), Jean-Michel Jacques (Gourin-Hennebont), Sandrine Le Feur (Morlaix), Didier Le Gac (Brest-Plabennec), Annaïg Le Meur (Quimper), Christine Le Nabour (Vitré), Nicole Le Peih (Pontivy), Graziella Melchior (Landivisiau-Landerneau) et Liliana Tanguy ont voté pour. Groupe “La France insoumise-Nouveau Front populaire“ : Ségolène Amiot (Nantes-Saint-Herblain), Pierre-Yves Cadalen (Brest), Mathilde Hignet (Redon), Andy Kerbrat (Nantes), Murielle Lepvraud (Guingamp) et Marie Mesmeur (Rennes-Bruz) ont voté pour ; Matthias Tavel (Saint-Nazaire) a voté contre. Groupe “Socialistes et apparentés“ : Mickaël Bouloux (Rennes-Saint-Jacques-de-La-Lande), Claudia Rouaux (Montfort-sur-Meu), Fabrice Roussel (Nantes-Carquefou), Mélanie Thomin (Carhaix) ont voté pour ; Karim Benbrahim (Nantes-Orvault) a voté contre. Groupe de la “Droite républicaine“ (Les Républicains) : Jean-Luc Bourgeaux (Saint-Malo) a voté contre ; Corentin Le Fur (Loudéac) s’est abstenu. Groupe “Ecologiste et social“ (Les Ecologistes) : Damien Girard (Lorient), Julie Laernoes (Nantes-Rezé), Tristan Lahais (Rennes-Cesson-Sévigné) et Jean-Claude Raux (Châteaubriant) ont voté pour. Groupe “Les Démocrates“(MoDem) : Erwan Balanant (Quimperlé), Mickaël Cosson (Saint-Brieuc), Sandrine Josso (Guérande) et Jimmy Pahun (Auray) ont voté pour. Groupe “Horizons & indépendants“ (Edouard Philippe) : Michel Criaud (Vannes) a voté pour ; Thierry Benoît (Fougères) et Jean-Michel Brard (Paimboeuf) se sont abstenus. Groupe “Libertés, indépendants, outre-mer et territoires“ : Paul Molac (Ploërmel) a voté pour, comme les deux députés nationalistes corses (Michel Castellani et Paul-André Colombani) et Charles de Courson.
On n’a pas fini de parler de l’autonomie
Quelques remarques s’imposent. D’abord Sophie Errante (non inscrit, Vertou – Le vignoble), sans doute absente du Palais-Bourbon, n’a pas participé au vote. Ensuite les jacobins furieux que sont les Insoumis ont voté en faveur de l’autonomie à la surprise générale – sauf Matthias Tavel qui est, pourtant, un fidèle de Jean-Luc Mélenchon, donc habitué à obéir aux ordres. Enfin bizarrement Corentin Le Fur s’est abstenu – qu’en pense son père Marc Le Fur qui est un fervent régionaliste ? Nous avons fait l’impasse sur les groupes du Rassemblement national (Marine Le Pen), de la Gauche démocrate et républicaine (PCF), de l’Union des droites pour la République (Eric Ciotti) car ils n’ont aucun élu en Bretagne. Bien entendu, les autres jacobins furieux que sont les membres du RN (120) ont voté contre l’autonomie.
Voilà qui remet sur le tapis la question de l’autonomie de la Bretagne puisque le conseil régional a déjà voté un vœu allant en ce sens. C’est ce que rappellent deux membres du groupe Breizh a-gleiz Aziliz Gouez et Christian Guyonvarc’h : « Mais si la Corse a droit à l’autonomie, c’est fondamentalement parce que son peuple a développé une identité culturelle qui lui est spécifique et qu’il entend maintenir et transmettre ; c’est aussi parce que l’Assemblée de Corse qui est la représentante légitime de ce peuple, réclame l’autonomie. Or, la Bretagne remplit ces deux critères : le peuple breton est une réalité à la fois historique, culturelle, linguistique et sociale et, le 8 avril 2022, tous les élus du Conseil régional de Bretagne – à l’exception de ceux du RN – ont voté pour l’autonomie législative, réglementaire, fiscale et financière d’une Bretagne à réunifier avec la Loire-Atlantique. » (Le Télégramme, vendredi 10 juillet 2026)
Mais il faut compter avec un argument en or que ne manqueront pas d’utiliser les gouvernements en place : la Corse est une île, tandis que la Bretagne n’est qu’une presqu’île… Il n’y a donc pas rupture géographique, la continuité territoriale est assurée. Les transports et les approvisionnements s’effectuent normalement, comme en Picardie. Nantes et Rennes sont à deux heures de Montparnasse en TGV…
Bernard Morvan
Crédit photo : trisHR/Wikimedia (cc)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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