Il a passé 5 ans à la prison du Maze, tué pour l’Ulster Volunteer Force au début des années 1990, puis passé près de 3 décennies à fuir ses anciens camarades. À 57 ans, Paul Beattie, ancien homme de main de l’UVF de Belfast-Sud, sort du silence dans un long entretien accordé au Belfast Telegraph. Il y formule une accusation lourde : selon lui, les groupes armés loyalistes étaient dirigés en sous-main par le MI5, le service de renseignement intérieur britannique, qui les envoyait tuer. Et il se dit prêt à répondre, face aux familles de ses victimes, dans le cadre d’un éventuel processus de vérité et de réconciliation.
Du Maze à l’accord du Vendredi saint
Incarcéré à 24 ans après une tentative de meurtre manquée contre un membre de l’IRA à Poleglass, dans la banlieue ouest de Belfast, Beattie est condamné à 11 ans de prison. Il n’en purgera que 4 : comme des centaines de détenus paramilitaires, républicains comme loyalistes, il bénéficie en 1999 des libérations anticipées prévues par l’accord du Vendredi saint. Au Maze, il s’était lié avec les hommes du mid-Ulster de Billy Wright et Mark « Swinger » Fulton — une proximité qui lui vaudra plus tard d’être soupçonné d’avoir rejoint la LVF dissidente, ce qu’il conteste.
À sa sortie, l’ancien électricien assure n’avoir voulu qu’une chose : reprendre son métier et tourner la page. La suite en décidera autrement.
2000 : un tueur de l’UDA dans sa cuisine
Après une tentative de meurtre contre un loyaliste de Sandy Row en 2000, dont il se dit injustement accusé, un homme armé de l’UDA fait irruption un matin dans son domicile pour le venger. Beattie est en caleçon, son fils de 18 mois à côté de lui. Sa compagne se jette sur le tireur et s’accroche à ses bras, l’empêchant d’ajuster ses tirs. Beattie est touché à 3 reprises — jambe, cuisse, cheville fracturée — mais survit. Sans l’intervention de sa compagne, dit-il, il serait mort ce jour-là. Le conducteur du véhicule utilisé lors de cette attaque aurait été Robert Craig Cooper, un homme de l’UDA décédé cette semaine.
2005-2009 : la machine à broyer
La rupture définitive avec l’UVF intervient en 2005, à la suite d’un différend familial sans lien avec l’organisation. Son adversaire, également membre de l’UVF, rapportait gros à l’organisation grâce au trafic de cigarettes de contrebande : l’appareil prend son parti. Sommé de se présenter pour recevoir une correction, Beattie refuse. En 2007, une trentaine d’hommes de l’UVF attaquent la maison de ses parents à Sandy Row — son père, atteint d’un cancer, s’effondre au sol, sa mère tient la porte armée d’une crosse de hockey pendant qu’il s’enfuit par la voie ferrée, après avoir caché son fils de 8 ans dans une chambre. Direction Manchester.
Revenu à Belfast en 2009 pour obtenir un droit de visite sur son fils — la justice familiale exigeait une adresse stable —, il s’installe à Flax Street, en lisière du quartier républicain d’Ardoyne. C’est là, affirme-t-il, que la police et l’UVF auraient conjointement organisé sa perte : la PSNI aurait remis à 7 loyalistes des notifications officielles de menace de mort (formulaires PN1) les avertissant que des républicains d’Ardoyne les ciblaient — sur la foi de renseignements que Beattie leur aurait fournis. Une accusation de traîtrise qui, dans le milieu paramilitaire nord-irlandais, équivaut à une condamnation à mort. Il échappe à un tireur dans le centre-ville, prévenu trop tard par la police qu’une équipe de l’UVF le traquait.
« Les escadrons de la mort, c’était 100 % vrai »
C’est le cœur de son témoignage : Beattie soutient que le loyalisme armé était contrôlé par le MI5, et que le Sinn Féin avait raison de qualifier les groupes loyalistes d’escadrons de la mort — puisque, selon lui, c’étaient les services britanniques eux-mêmes qui désignaient les cibles. Il va plus loin en accusant John « Bunter » Graham, chef historique de l’UVF du Shankill, d’être un informateur des services — le « Stakeknife loyaliste », dit-il, en référence à l’agent britannique infiltré au sommet de l’IRA. Des affirmations invérifiables en l’état, mais qui s’inscrivent dans un dossier — celui de la collusion entre services britanniques et paramilitaires loyalistes — documenté de longue date en Irlande du Nord.
Installé aujourd’hui à Derry avec son fils de 28 ans — agressé l’an dernier et laissé avec 2 hémorragies cérébrales par des hommes qui le sommaient de désavouer son « traître » de père —, Beattie dit vouloir 2 choses : prouver qu’il n’a jamais été un informateur, et donner des réponses aux familles de ceux qu’il a tués. Il reconnaît des meurtres pour lesquels il n’a jamais été poursuivi et se dit prêt à s’expliquer face aux proches de ses victimes si un mécanisme de vérité et de réconciliation voit le jour. Près de 30 ans après l’accord du Vendredi saint, ce mécanisme n’existe toujours pas.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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