Il faut se représenter la scène, parce qu’elle vaut tous les discours.
Un fourgon pompe-tonne, posté depuis des heures sur un front de flammes, moteur tournant à plein régime pour alimenter ses pompes. Autour, des pins qui partent en torche. Et dans la cabine, un voyant. Le calculateur vient de constater que le réservoir d’un additif à base de pisse de synthèse descendait trop bas. Il bride le moteur. Dans certains cas, il refuse le redémarrage.
Un camion de pompiers, en pleine intervention, mis à l’arrêt par un logiciel de dépollution.
Le directeur du SDIS de la Gironde a qualifié la situation d’ubuesque. Le mot est trop doux. Ce n’est pas du théâtre de l’absurde, c’est une chaîne de décisions parfaitement rationnelles prises par des gens qui n’ont jamais vu un feu de forêt de leur vie.
Le mécanisme, pour ceux qui en douteraient encore
Le dispositif s’appelle AdBlue. De l’urée diluée dans de l’eau, injectée dans les gaz d’échappement pour neutraliser les oxydes d’azote. Généralisé sur tous les diesels récents depuis l’entrée en vigueur de la norme Euro 6d-TEMP, en septembre 2017. Réservoir séparé, à remplir régulièrement, sous peine de sanction électronique automatique.
Sur un poids lourd qui avale l’autoroute, le système se remplit à la pompe et personne n’y pense. Sur un engin d’incendie, c’est autre chose. Le camion ne roule pas : il stationne et fait tourner son moteur pendant des heures, parfois des jours, pour entraîner les pompes. Le réservoir se vide à une vitesse que la norme n’a jamais envisagée. Ajoutez une sonde de température qui s’affole à proximité d’un brasier — situation prévisible, on en conviendra —, et le calculateur déclenche.
Il faut alors sortir l’engin du dispositif, le rapatrier, faire le complément, parfois brancher une valise de diagnostic pour effacer un code d’erreur.
Pendant ce temps-là, le feu, lui, ne se met pas en mode dégradé.
Le chiffre qui devrait clore le débat
Un véhicule d’incendie et de secours parcourt entre 3 000 et 4 000 kilomètres par an. Un poids lourd du transport routier, dans la même gamme, en fait plusieurs centaines de milliers.
Rapport de 1 à 100. Régime réglementaire identique.
Voilà. Il n’y a rien à ajouter, et il n’y a jamais rien eu à ajouter. Le bilan carbone de la flotte française de camions rouges est un bug dans les statistiques d’émissions du pays. Les hectares de pinède partis en fumée cet été, en revanche, ne sont pas des bugs. Ni les maisons. Ni les bêtes. Ni les 27 pompiers blessés en Gironde depuis le début des opérations.
Quelqu’un a pourtant décidé qu’il fallait équiper ces engins comme le reste du parc. Non par méchanceté : par indifférence. Parce que dans un bureau, un véhicule est un véhicule, une catégorie une catégorie, et qu’on ne va pas commencer à faire des exceptions.
Et ce n’est même pas le seul cadeau du législateur.
Un règlement européen entré en application en 2024 impose désormais des systèmes d’évitement de collision avec les piétons sur les véhicules neufs. Un officier des sapeurs-pompiers l’a expliqué cette semaine à la télévision : dans le maquis ou en sous-bois, le capteur ne sait pas distinguer un arbre d’un piéton. Il voit un obstacle. Le véhicule s’arrête.
Un camion de secours qui pile tout seul sur une piste forestière, de nuit, avec un front de feu à quelques centaines de mètres. Pour protéger un piéton qui n’existe pas.
Combien d’autres dispositifs de ce genre dorment dans les textes, attendant leur premier accident pour qu’on découvre leur existence ?
La réponse de l’administration, en langue administrative
La Sécurité civile a fini par lâcher que le système pouvait se révéler « très contraignant » dans certaines conditions d’intervention. Aussitôt suivi de l’assurance que des travaux ont été engagés avec les services de l’État pour examiner des solutions adaptées, et qu’aucun dysfonctionnement généralisé n’a été constaté à ce stade.
Décodons.
« Très contraignant » : nous savons, et nous savions déjà. « Des travaux ont été engagés » : nous avons créé une réunion. « Aucun dysfonctionnement généralisé » : tant que les camions ne s’arrêtent pas tous en même temps, il n’y a pas de problème. « Des solutions adaptées » : nous allons ajuster le dispositif, en aucun cas remettre en cause le principe qui le fonde.
Traduction finale : rien ne changera avant qu’un pompier n’y laisse la peau, et probablement pas davantage après.
La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, elle, a demandé une adaptation d’urgence dès la mi-juillet. Sa position tient en une ligne : les soldats du feu ont besoin de moteurs simples, robustes, disponibles en permanence, pas de machines bardées de capteurs qui décident à leur place. La députée de la Gironde Pascale Got a interpellé le ministère de l’Intérieur pour une exception pérenne.
On leur répondra dans quelques mois. Un rapport, sans doute. Peut-être une circulaire, si l’on est très optimiste.
Ce que l’affaire dit du pays
Ne nous trompons pas de cible : le problème n’est pas la molécule d’urée. Le problème, c’est une méthode de gouvernement.
Une norme est écrite loin du terrain, par des gens qui n’ont jamais tenu une lance et ne tiendront jamais la responsabilité de rien. Elle est rédigée dans l’abstrait, appliquée à l’aveugle, assortie d’une sanction automatique confiée à un ordinateur pour qu’aucun humain n’ait à en assumer la décision. Puis elle rencontre le réel, et le réel prend feu.
À ce moment-là, le professionnel qui alerte est prié de s’adapter. Il devient un problème de gestion. On lui explique qu’il a « appris à gérer », qu’il faut « composer », qu’un « groupe de travail » se penche sur le dossier.
Voilà 30 ans que ce mécanisme tourne, dans l’agriculture, dans la pêche, dans le bâtiment, dans le transport, dans la santé. Chaque profession en France pourrait raconter la même histoire avec ses propres accessoires. La nouveauté, cet été, c’est que la victime porte un casque et que la scène se joue devant les caméras, avec des flammes derrière — configuration qui rend l’argumentaire habituel un peu plus difficile à tenir.
Il ne s’agit pas de réclamer la fin des normes. Il s’agit d’exiger qu’elles soient écrites par des gens qui connaissent l’objet qu’ils réglementent, et qu’un pompier au milieu d’un brasier ne dépende jamais de l’humeur d’un capteur homologué à Bruxelles.
C’est un seuil très bas. Nous n’y sommes même pas.
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20 réponses à “Un camion de pompiers qui s’arrête tout seul : l’absurdité AdBlue mise à nu par les feux de Gironde”
Demat questions bêtes et méchantes : n’y a t-il pas moyen pour un camion de pompiers de désactiver cette alarme en cas d’urgence incendie ? Mais dans quel pays je suis tombé ou né ici ? Comprenez ma colère devant ces normes indigestes ; heureusement que j’ai bu ma tisane en vue des fortes chaleurs. Kenavo
Encore un coup des écolos !!
Les filtres à particules étaient très efficaces, mais ils ne veulent plus de diesel. C un moyen de dégoûter les automobilistes.
Tout est fait pour anéantir ce qui fonctionnait.
Les écolos sont en plus les responsables de la propagation du feu.
Ignares et imbéciles.
Contre les retenues d’eau, contre les coupe-feux, contre tout quoi…
Jusqu’où ira le délire écologique et ubuesque? est ce que les ambulances et autres véhicules d’intervention dans les urgences ont ce même dispositif ? quand aux voitures officielles qui promènent nos élites elles doivent avoir un processus qui neutralise ce gadget en cas de fuite désespérée devant la révolte populaire.
bonjour,
Curieux ces arguments sur adblue. La consommation est très limitée /100km et on peut ajouter à la station ou avec un bidon.
Quant aux mesures excessives de UE, telles arrêt automatique (mais on ne choisit pas son dictateur) il me semble qu’elles sont debranchables -pour le moment au moins.
D’accord avec l’auteur -méthode de gouvernement – comment gérer avec même lois Estonie et Portugal?
C’est là qu’on voit qu’ingénieur et ingénieux sont des concepts radicalement différents.
Superbe analyse qui montre, encore une fois, que nous sommes dirigés par des incompétents (dont des écologistes en tête de gondole) qui ne reconnaitront jamais leurs erreurs et les rejetteront sur les autres ou sur la fatalité. En 2027, il faudra un grand ménage et une serpillière javellisée pour remettre de l’ordre et chasser tous les incapables qui dirigent le pays.
Des petits Enarques pleins d’eux-mêmes et vides de tout le reste, décident de La Vie ou de la Non-Vie des Français, du fond d’un Bureau Feutré de la République et ceci jamais sans RIEN connaitre du sujet qu’ils sont censés réglementer, tels des petits robots bien dociles et bien obéissants envers Bruxelles.
Des petits « UBU-ROIs » à qui on a donné « Le Pouvoir » et qui œuvrent tel un général Gamelin ou tels les gradés planqués dans les bureaux en 14-18, et qui envoyaient sans état d’âme les soldats Français à la boucherie sans aucune réflexion ni aucune stratégie valable, seule comptait alors à leurs yeux la paperasse qui leur permettait d’être bien vu par de leur hiérarchie…
C’est Odieux et inqualifiable de « Konnerie Oligarchique » à Foison !!!
=>FREXIT !!!!
Il est grand temps de ne plus avoir aucun politique à la tête du Pays…
Plus aucun politique tout cour d’ailleurs!
Et pour quoi que ce soit.
Vu le niveau de leurs compétences et surtout leur degré de pourriture…
Beaucoup trop cher et totalement destructeur : économiquement et civilisationnellement.
Dans le même genre de décision stupide, on a la suppression des cendriers dans les voitures. Résultat, ceux qui s’obstinent à fumer balancent leurs mégots sans avoir même pu les éteindre et provoquent des incendies. Prochain stade sans doute : obligation d’avoir des caméras dans toutes les pièces de son logement pour surveiller qu’on ne fume pas, à moins de risquer la prison à vie. A noter que pendant le même temps l’assassin d’enfants fera cinq ans de prison au mieux avant d’être relâché dans la nature. Qu’attendons nous pour sortir de cette Europe en folie ?
Cet incident explique peut-être la mort de deux pompiers dans leur véhicule.
Et s’il n’y avait QUE sur ce sujet là !!!!!!!!!!!!!
Franz KAFKA revient ils sont devenu fous et ce n’est qu’un début !!!!!!!!!!!!!!!
Cette histoire AD-blue est une connerie sans non , non seulement les véhicules professionnels ont des problèmes si le conducteurs n’a pas l’oeil rivé sur le mano indiquant le niveau du produit mais les particuliers vois leur véhicule passer au garage souvent pour des tuyauterie boucher par la cristallisation du produit, des pompes a changer…
Quand a toutes l’électronique imposer par Bruxelles elle est a enlevé de la totalité des véhicules de secours , que ce soit pompiers, polices, SAMU ; cela entrainent plus de problèmes et ralenti les secours dans leurs interventions , beaucoup de pays en Europe ont compris le problème et ont fait en sorte que leurs véhicules de secours ne soit pas astreins a ces conneries, la France elle applique les Diktats de Bruxelles a la virgule prêt. Le résultat est visible dans les forets landaise actuellement.
Oui vous avez raison ! mais nous sommes en France pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué
Egalement la suppression cendriers dans les véhicules
Yann LE PAPE
Cette analyse est parfaite et elle décrit très exactement ce qu’on appelle savamment « la bureaucratie ».
C »est une maladie qui ne se soigne que très difficilement et cela prend du temps car pour la guérir il faut… faire une circulaire, donc faire une réunion puis recueillir l’avis d’une commission ensuite vérifier que ce sera conforme aux réglementations européennes, puis.. puis..
et à la fin c’est l’administration qui gagne puisque le feu sera mort de mort naturelle !!
Bon courage !
Même si il est vrai qu’une concentration excessive d’oxydes d’azote dans l’air est corrosive pour les poumons et les feuilles des végétaux, ça brûle, il ne faut pas oublier que en se décomposant pour l’action des rayons ultraviolets du soleil, ils libèrent de l’oxygène monoatomique qui purifie l’air de tout ce qui brûle, à commencer par le méthane et toutes les molécules organiques qui s’échappent du monde vivant. L’AdBlue se justifie pour la circulation urbaine et rien de plus.
Merci l’Europe des petits hommes gris décidant de tout dans les bureaux climatisés de Bruxelles !
Tant qu’on n’aura pas expédié les ecolos bobos gauchos chez les fous ou en tôle il en sera ainsi. Adblue, invention des écolos pour moins de pollution soi-disant, des pannes à répétitions sur les voitures et les camions . C’est simple il suffit de débrancher le système et les écolos et la clique mafieuse à la tête de l’UERSS iront se faire voir. Ras le bol de ces technocrates en cravates qui chaque matin quand ils se ras ent ou se pomponnent se demandent qu’est-ce qu’ils pourraient bien inventer pour em….. le petit peuple.
On ne sait si cela relève de Courteline ou D’UBU OU Kafka, mais plutôt des trois à la fois
La solution ? La confiance dans les échelons inférieurs. Laisser les acteurs gérer au plus près des problèmes, des choses à régler, des actions à réaliser. Donc virer tous ces bureaucrates planificateurs… liberté !
On soupçonnait déjà un véhicule électrique lors des incendies de 2022. Et l’arrêt des débroussaillages « pour protéger la faune et la flore ». La législation écologiste tue.