Un ancien président de la République avait pour coutume de dire que les « emmerdes » volaient en escadrille. S’agissant du vignoble bordelais, la loi se vérifie assez bien, car tandis que l’appellation est aux prises avec la plus grosse crise de mévente de son histoire, voici qu’un péril encore plus sournois, menace de porter l’estocade à l’économie vitivinicole de la région.
Le mégafeu de Saumos, qui a détruit près de 42 000 hectares de forêt, pourrait en effet sonner l’hallali d’un millésime 2026, arrivant sur un marché atone avec un horizon bouché.
L’impact de ces gigantesques incendies est bien connu en Californie et en Australie, l’occurrence en 2017 des « wildfires », ces mégafeux incontrôlables, dévastant des milliers d’hectares, ont ruiné les vendanges de nombreux domaines de la prestigieuse Sonoma Valley.
Les vignerons bordelais de la rive gauche, déjà réduits à devoir produire des vins rencontrant de grosses difficultés d’écoulement, se retrouvent potentiellement confrontés à une contamination silencieuse qui ne se révélera que dans quelques mois.
« Smoke taint « ou goût de fumée
L’origine est à chercher dans de fortes concentrations de composés phénoliques volatils, dégagés par une combustion massive de bois, qui se déposent sur la peau des raisins à la faveur d’une exposition prolongée des vignes aux fumées.
Cette contamination des raisins se traduit par des déviances gustatives, déportant le vin sur un registre fumé très appuyé, confinant au défaut aromatique.
Il en résulte des vins altérés par des arômes médicinaux déconcertants, tantôt de bacon, tantôt de cendre, bien éloignés de leur expression naturelle.
Les conséquences de ce fléau sont d’autant plus pernicieuses, qu’il se manifeste sous l’effet de la fermentation et souvent bien plus tard, une fois la mise en bouteille opérée…
Si des sociétés œnologiques commencent à développer des traitements pour contrecarrer ce goût de fumée tant redouté, l’efficacité des moyens de lutte contre le « smoke taint » demeure encore très relative, et suppose une mise en œuvre très lourde et coûteuse.
En 2017, les conséquences de la contamination au goût de fumée, avaient entaché durablement la confiance du consommateur américain pour les vins de ce millésime, dont les défauts se sont révélés quelques mois après leur mise sur le marché.
Bref, alors que la vigne du 20ème siècle était en butte aux maladies cryptogamiques et au phylloxera, le défi des vignobles du 21ème siècle reposera en toute vraisemblance, sur leur capacité à se préserver des gigantesques pollutions extérieures engendrées par de tels incendies.
Le défi semble colossal pour le vignoble bordelais, environné par l’une des plus grandes forêts de résineux d’Europe.
Au pire moment…mais rien de grave !
Et puis pas de chance, la survenue de ces incendies s’est déroulée entre la véraison (stade de mûrissement de la baie qui change de couleur) et les vendanges, qui ont été considérablement avancées en raison de la canicule.
Cette mauvaise fenêtre, a rendu particulièrement vulnérable le raisin, dont la pruine (pellicule cireuse qui recouvre la peau) absorbe plus facilement avant les vendanges, les contaminations extérieures.
Sitôt l’incendie circonscrit, les organes institutionnels du bordelais se sont empressés de minimiser l’impact de l’incendie sur les fleurons médocains.
De concert, l’Union des grands crus de Bordeaux (UGCB) et le conseil des grands crus classés de 1855, par la voix de son président Philippe Castéja, se sont répandus dans la presse, à grand renfort de communiqués, pour démentir tout impact sur les prestigieux vignobles de Bordeaux.
Les deux instances ont rappelé en outre, la similitude de situation avec les feux 2022, qui s’étaient déclenchés au même moment, sans compromettre pour autant la qualité de la récolte. Certes, les feux se sont rapprochés du Pessac-Léognan sur la rive gauche, mais ils ont été endigués à 20 km des vignes.
Il semble néanmoins que l’exposition de certaines vignes de l’appellation, ait pu se prolonger sur une vingtaine d’heures, même si ces composés phénoliques se sont sans doute dégradés en chemin…
« Berthier n’a rien »
Quoi qu’il en soit, l’empressement à vouloir démentir l’innocuité des feux sur la qualité des raisins de 2026, rappelle les ressorts tragicomiques de la scène savoureuse du bus des joueurs, dans le film culte « Coup de tête » de Jean-Jacques Annaud en 1979.
À l’occasion d’un déplacement de l’équipe de Trincamp pour disputer un match décisif de la coupe de France, le bus des joueurs fait une sortie de route. L’entraîneur joué par Michel Fortin, parvient à s’extraire en premier du bus couché sur son flanc, afin de rassurer les membres du staff assis dans l’autre bus qui l’accompagnait.
Il s’époumone en criant : Berthier n’a rien ! Berthier n’a rien !
Berthier, c’est effectivement le meilleur joueur de l’équipe de Trincamp et le Berthier du bordelais on peut aisément l’assimiler au grand cru classé, rassurez-vous, lui au moins, il n’a rien !
Quant au sort du reste de l’équipe ? L’histoire le dira… car le mal se développe avec le temps.
Raphno
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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