Kim Le Court-Pienaar rafle Tournon, Kerbaol veille : ce Tour de France féminin est une fête

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Jeudi, entre Montbrison et Tournon-sur-Rhône, on avait promis un round d’observation sur l’étape du tour de france féminin. À l’arrivée, elles étaient 18 dans le groupe du maillot jaune. Une essoreuse déguisée en journée de transition, comme on sert un digestif à quelqu’un qu’on veut voir tituber.

Au fond du décor, par-dessus les crêtes ardéchoises, on apercevait déjà la chose. Le crâne pelé, l’antenne plantée dedans comme une aiguille dans un chignon. Le Ventoux ne se laisse pas oublier : il se signale d’un département à l’autre, en guise de rendez-vous.

Tournon-sur-Rhône, 18 rescapées

La journée appartenait aux baroudeuses, ce qui est la définition même d’une bonne journée.

Première échappée reprise — Loes Adegeest, Nikola Nosková, Katrine Aalerud, le trio d’honneur qu’on remercie et qu’on range. Puis Célia Géry est entrée en scène. La championne de France a 20 ans, elle est native de Talencieux, à quelques coups de pédale de là, et elle portait sur le dos un maillot tricolore que tout le monde surveillait comme le lait sur le feu. Elle a attaqué une fois. Deux fois. Trois fois. Dans la descente du col de Lalouvesc, la quatrième est passée.

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Cinq équipières de fortune l’ont rejointe : Elisa Longo Borghini, Sarah Van Dam, Puck Pieterse et son maillot à pois, Cédrine Kerbaol, Liane Lippert. La présence de la championne d’Italie, 6e du général, a immédiatement déplu à Movistar, et l’écart n’a jamais dépassé la minute. C’est le genre de détail qui décide d’une étape : on ne laisse pas filer une 6e du classement, même quand on a envie de dormir.

Restait à savoir qui, derrière, aurait le culot de traverser. Kim Le Court-Pienaar et Riejanne Markus ont effectué la jonction à 9,5 kilomètres de la ligne, ce qui, en langage cycliste, s’appelle prendre ses responsabilités et, en langage courant, s’appelle passer à table.

Le final fut un échange de crochets, chacun bloqué par la garde de Longo Borghini, qui a mené le train dans la côte de Boucieu-le-Roi (3,9 km à 5,6 %) pour dissuader les autres de l’attaquer. Kerbaol a réussi un écart au sommet. Le Court-Pienaar a tenté sa chance. Tout le monde s’est mis à démarrer comme on distribue le courrier, et rien n’a pris. Il fallut donc en passer par la ligne droite.

Là, la Mauricienne a fait ce qu’elle sait faire : elle a gagné. Devant Kerbaol, devant Pieterse, avec Géry dans la foulée. Deuxième victoire d’étape sur le Tour, un an après Guéret.

« J’ai roulé comme une ignorante »

La grande affaire de cette étape, c’est ce qui s’est passé après.

Longo Borghini, 7e, s’est autoflagellée devant les micros en expliquant qu’elle avait couru n’importe comment — puis, sans transition, qu’elle était heureuse que Kim gagne. Pauline Ferrand-Prévot a fait demi-tour dans l’aire d’arrivée pour aller enlacer celle qu’elle croisait déjà sur les circuits de VTT. Stephen Delcourt, manager de la formation adverse, a lâché que si son équipe ne gagnait pas, il préférait que ce soit elle. Kerbaol, sa dauphine du jour, a résumé l’affaire : elle respecte tout le monde et elle a toujours le sourire.

Derrière les barrières, une dizaine de supporters mauriciens hurlaient.

Une victoire d’étape qui ne fait pas un jaloux dans un peloton professionnel, il faut chercher longtemps dans les archives.

Le Court-Pienaar a 30 ans, elle a gagné Liège-Bastogne-Liège en 2025, elle a cassé son poignet au Tour des Flandres et n’avait rien fait de sa saison. Elle est 9e du général. Son commentaire mérite d’être encadré au-dessus du lit de tous les jeunes coureurs : les gens ne se souviennent pas des cinquièmes, ils se souviennent de celles qui gagnent une étape.

12 secondes

Voilà pourtant le chiffre qui rend ce Tour meilleur que la plupart de ceux qu’on nous sert depuis dix ans chez les hommes.

Marlen Reusser conserve 12 secondes sur Demi Vollering. Kasia Niewiadoma est à 1’17 ». Trois femmes, six jours de course, et un écart qui tient dans le temps d’un feu rouge.

Et malgré cela — malgré le Ventoux au lendemain, malgré la logique élémentaire de l’économie d’énergie — Vollering n’a pas pu s’empêcher d’accélérer dans les 10 derniers kilomètres, après le sommet de Boucieu-le-Roi. Son manager a vendu l’affaire comme un test et un souci de sécurité en descente. Personne n’est dupe : elle avait envie. C’est un motif suffisant, et c’est même le seul qui vaille.

La Suissesse de Movistar n’a pas cillé. Elle continue de rouler comme un métronome auquel on aurait dit que le tempo est une question d’honneur.

15,7 km à 8,8 %

Ce vendredi, départ à 12 h 50, arrivée estimée à 17 h 17. Cent quarante-sept kilomètres, 3 500 mètres de dénivelé, dont 1 400 concentrés sur les 16 derniers.

Les cols de la Grande Limite (6,6 km à 5 %), du Colombier (3,2 km à 6,4 %) et de Suzette (3,9 km à 6,4 %) serviront d’échauffement, sauf pour Pieterse, qui a un maillot à pois à défendre contre Nosková et 13 points d’avance à faire fructifier.

Puis Bédouin. Le versant sud, le vrai, celui qui ne pardonne pas : 15,7 kilomètres à 8,8 % de moyenne. Huit kilomètres à 9,2 % dès l’entrée dans la forêt. Un radoucissement à 7,5 % vers le kilomètre 7, si l’on accepte ce mot. La jonction avec la route de Sault, puis la sortie des arbres, le caillou, la tour d’observation, et le dernier kilomètre où le seul abri disponible est la roue de celle qui précède. Les 800 derniers mètres tournent autour de 10 %.

Trente-deux degrés annoncés. Vent de nord-ouest à 24 km/h, c’est-à-dire dans le nez.

Le Ventoux entre pour la première fois dans l’histoire du Tour de France Femmes moderne. Il aurait été dommage de le faire attendre plus longtemps.

Les pronostics donnent Paula Blasi grande favorite. L’Espagnole de 3 étoiles a gagné la Vuelta, assommé la concurrence au Tourmalet en signant le meilleur temps au sommet à 18 km/h de moyenne pour 5 W/kg, et pointe 10e du général à 3’17 ». Suivent Vollering et Niewiadoma. Puis Ferrand-Prévot, Reusser, Niedermaier, Longo Borghini, Holmgren et Fisher-Black.

Nous ajouterons un nom que les listes de favorites oublient parce qu’elle n’est ni grimpeuse pure ni prétendante au général. Cédrine Kerbaol, parce que c’est peut être la bretonne qui a le plus de chance de faire chavirer les foules  ce vendredi.

Départ à 12 h 50. Eurosport à 15 h, France Télévisions à 15 h 20. Arrivée à Nice dimanche.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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