Quatre ans déjà. En ce 20 août, je pense toujours à Daria Douguine.
Je l’ai connue très jeune, lors de son premier séjour en France. Même si je n’habitais pas Paris, je l’y ai revue souvent, parfois avec sa mère, venue de Moscou. Plus tard, nous avons eu le loisir de parler beaucoup plus longuement en Moldavie, à l’occasion d’une rencontre internationale à laquelle participait également son père.
Avec Alexandre Douguine, les années ont fait leur œuvre. Nos relations sont devenues inexistantes et la distance idéologique qui nous sépare n’a cessé de croître. Cela n’a jamais rien changé à l’amitié profonde que j’ai conservée pour Daria et pour sa mère.
Sa mort fut pour moi un drame personnel. Je me souviens encore avec une précision clinique du moment où j’ai appris la nouvelle de l’attentat qui lui coûta la vie. Cette mort demeure aussi l’une des images les plus cruelles de cette guerre : celle d’une jeunesse fauchée, avec ses enthousiasmes, ses certitudes, ses idéaux et cette part d’innocence que nous conservons tous avant que l’Histoire ne vienne brutalement nous rappeler qu’elle se nourrit aussi de vies humaines.
Je pense souvent à l’injustice particulière de cette mort, à cette jeune femme qui fut peut-être frappée à la place d’un autre et disparut au plus beau moment de son existence. Dans mon souvenir, Daria demeure une figure solaire, lumineuse, intensément européenne à sa manière.
Christian Bouchet publiera prochainement la traduction française de son livre Théorie de l’Europe. Ce recueil posthume rassemble une part importante de ses réflexions sur l’Europe, la France et la Nouvelle Droite, qu’elle connaissait remarquablement bien, mais aussi sur le libéralisme, le monde multipolaire et les rapports complexes entre l’Europe et la Russie. On y retrouvera nécessairement cette tentative, qui fut l’une des grandes affaires intellectuelles de sa courte existence, de penser une Europe des peuples, des cultures et des enracinements, délivrée à la fois de l’uniformité libérale et de l’universalisme abstrait. Je le lirai moins pour savoir si je partage aujourd’hui ses conclusions, ce sera certainement loin d’être toujours le cas, que pour retrouver derrière les idées, les références et les controverses quelque chose de sa voix, de son intelligence et de cette passion européenne qui animait déjà la très jeune femme que j’ai connue.
Nos dernières conversations remontaient à bien avant la guerre. Je ne sais pas ce que seraient devenues nos relations si Daria avait vécu. Peut-être nos conceptions de l’Europe auraient-elles fini par nous séparer, comme tant d’autres choses séparent aujourd’hui ceux qui, autrefois, croyaient marcher dans une direction commune.
Je préfère ne pas le savoir. Je veux retrouver dans ces pages la Daria que j’ai connue et que j’ai aimée.
Trystan Mordrel
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[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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