Ils sont fonctionnaires de Bercy, du Quai d’Orsay, cadres territoriaux ou diplomates, et ils préparent en silence l’hypothèse d’une victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027. Baptisé « les Phrygiens », en référence au bonnet symbole de la Révolution française, ce cercle de hauts fonctionnaires proches de La France insoumise a accepté, pour la première fois, de sortir de l’anonymat par la voix de l’un de ses coanimateurs, présent aux universités d’été insoumises près de Valence le 22 août.
Le réseau est né en mai 2026, dans la foulée immédiate de l’annonce de candidature de Jean-Luc Mélenchon, le 3 mai. Le Parisien en avait alors révélé l’existence, évoquant une trentaine de membres auto-organisés autour de deux animateurs. Trois mois plus tard, plusieurs médias avancent le chiffre de 80, sans qu’aucune liste officielle ne permette de le vérifier de façon indépendante.
Un maillage revendiqué dans tous les ministères
Selon le témoignage recueilli par FranceInfo, les Phrygiens affirment être représentés dans l’ensemble des ministères, avec une implantation particulièrement forte à Bercy et à la Banque de France. Le Figaro confirme cette présence à Bercy et y ajoute le Quai d’Orsay. Le réseau revendique également des relais dans la haute fonction publique hospitalière et territoriale, à la Commission européenne et dans la diplomatie.
Le fonctionnement reste volontairement informel : une boucle Telegram pour les échanges courants, une réunion en présentiel une fois par mois. Le recrutement se ferait au fil des discussions entre collègues, souvent à la machine à café, quand une sensibilité insoumise se dévoile chez un interlocuteur.
Une coordination politique confiée à Clémence Guetté
Côté LFI, le pilotage revient à Clémence Guetté, vice-présidente de l’Assemblée nationale, responsable du programme présidentiel du mouvement et coprésidente de l’Institut La Boétie, think tank proche du parti. Une première rencontre entre elle et des membres du réseau aurait eu lieu mi-mai 2026, peu après la constitution du groupe.
L’objectif affiché est double : produire des notes techniques permettant de traduire administrativement L’Avenir en commun et d’anticiper les obstacles juridiques, financiers et réglementaires qu’un gouvernement insoumis rencontrerait dès son entrée en fonction, et banaliser au sein de la haute administration l’appartenance à la mouvance insoumise. À 75 ans et pour une quatrième candidature à l’Élysée, Jean-Luc Mélenchon cherche à répondre par avance aux critiques récurrentes d’amateurisme économique en donnant des gages de préparation à l’exercice du pouvoir.
Une pratique qui n’est pas isolée
La démarche s’inscrit dans une tradition plus ancienne au sein du mouvement : jusqu’à sa mort en 2023, le conseiller Bernard Pignerol, membre du Conseil d’État, avait contribué à structurer des réseaux similaires de hauts fonctionnaires acquis à la cause insoumise. Les Phrygiens en apparaissent aujourd’hui comme le prolongement.
La France insoumise n’est par ailleurs pas seule à s’être dotée d’un tel dispositif : le Rassemblement national dispose depuis 2015 d’un réseau comparable, « les Horaces », lui aussi anonyme et vecteur de notes internes.
L’existence de ces cercles interroge la frontière entre liberté d’opinion des agents publics, garantie comme à tout citoyen, et devoir de neutralité, qui leur interdit de mobiliser les moyens de l’administration au service d’un parti. Aucun élément rendu public à ce jour n’établit une utilisation de moyens administratifs par les membres du réseau, qui limitent officiellement leur activité à la production de notes en dehors de leurs fonctions.
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