Avant 2027, une étude rappelle les limites réelles des campagnes d’influence étrangères

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Au moins 32 millions d’Américains ont potentiellement vu passer, dans les 8 mois précédant le scrutin de novembre 2016, un message émanant des comptes de l’Internet Research Agency, la ferme à trolls liée au Kremlin. Le chiffre a nourri une décennie de commentaire sur l’élection volée. Une étude publiée dans Nature Communications par des chercheurs de Copenhague, Trinity College Dublin, Munich et New York le replace dans son contexte, et le résultat est nettement moins spectaculaire.

La méthode : 1 496 panélistes et 1,2 milliard de tweets

L’équipe a travaillé sur un panel de 1 496 utilisateurs américains de Twitter interrogés à 3 reprises par YouGov entre avril et octobre 2016, puis recontactés après le vote. Elle a reconstitué l’ensemble des publications susceptibles d’être apparues dans leurs fils pendant la campagne, soit environ 1,2 milliard de messages, avant d’y repérer ceux issus des comptes d’influence étrangers identifiés par la plateforme.

L’intérêt du dispositif tient à ce croisement : au lieu de compter les messages russes dans le vide, les chercheurs mesurent l’exposition réelle des mêmes individus dont ils suivent par ailleurs les opinions et le vote.

Une exposition ultra-concentrée

Premier résultat : 1 % des utilisateurs du panel concentrent 70 % des expositions aux comptes russes. 10 % en concentrent 98 %. Côté émetteurs, la concentration est du même ordre : 1 % des comptes russes produisent 89 % du contenu retrouvé dans les fils. Sur le dernier mois de campagne, l’exposition médiane hebdomadaire est nulle : la plupart des utilisateurs n’ont tout simplement rien vu.

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À titre de comparaison, la concentration est bien moindre pour les contenus ordinaires : 1 % des répondants ne captent que 24 % des messages des médias et 37 % de ceux des responsables politiques.

Une propagande noyée dans le flux américain

Deuxième résultat, plus parlant encore. Pendant le dernier mois de campagne, au pic d’activité de la ferme à trolls, un utilisateur du panel voyait en moyenne 4 messages russes par jour. Sur la même période, il en voyait 35 émanant de responsables politiques américains et 106 émanant des médias nationaux. Soit 9 fois et 25 fois plus. En additionnant les deux sources domestiques, l’environnement informationnel américain pesait environ 35 fois plus lourd que l’opération russe.

L’exposition, du reste, était rarement volontaire. Elle passait principalement par les retransmissions de comptes ordinaires suivis par les utilisateurs, une part montée à 75-80 % le jour du scrutin. Presque personne ne suivait directement les comptes russes.

Des messages livrés à des convaincus

Troisième résultat : les électeurs se déclarant « strong Republicans » ont été exposés à environ 9 fois plus de contenus russes que les démocrates ou les indépendants. Les chercheurs ont testé l’hypothèse d’une relation en U — l’idée que l’opération aurait aussi ciblé les démocrates les plus marqués pour les pousser vers l’abstention ou un tiers candidat. Elle n’est pas vérifiée : la relation est linéaire, et plus un électeur s’identifiait au camp républicain, plus il recevait de messages russes.

Autrement dit, l’opération arrosait ceux qui votaient déjà Trump. Elle fonctionnait comme une chambre d’écho, non comme un instrument de conversion.

Aucun effet mesurable sur le vote

Restait à mesurer l’effet. Les chercheurs ont comparé, chez les mêmes individus, l’évolution des positions sur 8 grands enjeux de campagne, la perception de la polarisation entre Trump et Clinton, et le vote effectif. Aucun effet statistiquement significatif favorable à Trump n’apparaît, sur aucune des dimensions. Les tests d’équivalence permettent d’exclure tout effet supérieur à 0,2 écart-type.

Sur le vote lui-même, la simulation donne une variation de -0,18 point de pourcentage, c’est-à-dire une baisse — donc dans le sens contraire à celui recherché — avec un intervalle allant de -1,15 à +0,78. Dans 95 % des simulations, l’écart est inférieur à 0,7 point. La marge la plus étroite de Trump, dans le Wisconsin, était de 0,77 point, et Clinton aurait dû basculer plusieurs autres États remportés plus largement.

Ces ordres de grandeur rejoignent ceux d’une littérature abondante sur les campagnes électorales classiques, qui peine depuis des décennies à mesurer des effets de persuasion supérieurs à quelques dixièmes de point, publicité ciblée comprise.

Les limites, que les auteurs ne cachent pas

L’étude ne porte que sur Twitter, mesure une exposition potentielle et non une lecture effective, et ne dit rien des opérations menées ailleurs — piratages, hameçonnage, autres plateformes. Les données sont observationnelles : les auteurs se gardent d’en tirer une causalité stricte. Ce qu’ils établissent, c’est qu’une campagne massive en apparence ne suffit pas à démontrer une modification du vote.

L’hypothèse la plus dérangeante

Les auteurs avancent une piste finale. Si l’opération russe a produit un effet majeur, ce n’est probablement pas en changeant des bulletins, mais en convainquant les Américains qu’elle avait réussi à en changer. Le doute installé sur la légitimité du scrutin de 2016 a nourri, dans l’autre camp, une disponibilité aux accusations de fraude en 2020. Faire douter une société démocratique de ses institutions est autrement plus facile que de retourner un électorat.

C’est l’argument que reprend l’analyste Paul Cébille, dans un texte publié le 11 août dans la Nouvelle Revue Politique. Il relève que la campagne présidentielle française de 2027 a déjà connu 3 tentatives d’ingérence, visant des candidats du bloc central et de la gauche non mélenchoniste. Son propos n’est pas de nier ces opérations, qui sont surveillées et rendues publiques par les institutions compétentes. Il est de mettre en garde contre le réflexe qui consiste à leur prêter automatiquement un effet électoral. À force de vouloir démontrer que des puissances étrangères manipulent nos scrutins, on finit par leur attribuer une capacité que les données ne retrouvent pas — et par entretenir chez les électeurs la conviction que leur vote ne décide de rien.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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4 réponses à “Avant 2027, une étude rappelle les limites réelles des campagnes d’influence étrangères”

  1. pschitt dit :

    Attention, l’étude citée ne traite pas des « campagnes d’influence étrangère », comme le dit votre titre, mais des messages postés (1) sur Twitter (2) par un organisme d’influence russe (3) avant l’élection présidentielle américaine de 2016, comme vous le précisez par ailleurs. Dix ans plus tard, plusieurs organismes sont actifs sur tous les grands réseaux et pas seulement sur X, et touchent à toutes sortes de sujets au-delà des élections elles-mêmes.

    Les effets constatés en 2016 aux Etats-Unis sont faibles mais, dans la plupart des systèmes démocratiques, il suffit de déplacer peu de voix pour modifier les résultats d’une élection (pour rappel : Trump a obtenu moins de voix que Hillary Clinton et a remporté l’élection grâce à un différentiel de grands électeurs).

    Enfin, la remarque de Paul Cébille est probablement juste : l’objectif de Vladimir Poutine n’est pas de gagner les élections par collabo interposé mais de jeter un doute sur le processus démocratique et sur le personnel politique afin de fragiliser la société dans son ensemble.

  2. eclairindien dit :

    C’est sur qu’il est beaucoup plus simple d’interdire l’accès des candidats souverainistes FREXIT aux élections présidentielles par le filtre des 500 signatures, qu’en essayant d’influencer l’opinion. Vote inutile sauf pour cautionner le système-reseauté en place qui veut continuer son œuvre anti nationale .

  3. guillemot dit :

     » Qui veut noyer son chien l’accuse de rage  » .Depuis un grand moment c’est la Russie qui est dans le collimateur en ce qui concerne les « ingérences ». Mais ne faudrait il pas faire la même chose, avec la même ténacité et s’intéresser aux agences américaine, chinoise coréenne du nord , indienne, etc… En Europe nous avons les lobbys qui font un travail d’ingérence beaucoup plus pernicieux et préjudiciable pour nous.

  4. Vladimir dit :

    Tiens Breiz-info fait dans le Conspiracy watch.
    Vous cherchez vraiment des aides auprès du gouvernement.
    Une étude venant du Danemark, l’un des pays les plus otanien et russophobe de l’UE, celui qui a aidé la NSA a espionné les dirigeants européens ne peut-être que soupçonnée de biais méthodologiques voire de mensonges.

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