Le paradoxe des petits États : peut-on encore être souverain face aux grandes puissances ?

Publicité

Un historien des idées hongrois, Attila Károly Molnár, directeur de l’Institut Thomas Molnar à Budapest, propose dans un essai publié par la revue Hungarian Conservative une réflexion sur ce qu’il appelle le paradoxe de la souveraineté des petits États. Son point de départ est hongrois — l’histoire d’un pays qui, depuis la perte de son indépendance en 1541, n’a connu que des fenêtres de souveraineté temporaires, chacune finissant écrasée par une grande puissance voisine — mais sa portée dépasse largement le cas hongrois.

La mémoire collective, rempart contre la servitude

Molnár s’appuie sur un épisode du roman de l’écrivain kirghize Tchinguiz Aïtmatov pour illustrer sa thèse centrale : les peuples des steppes d’Asie centrale transformaient certains prisonniers en esclaves totalement dociles, les « mankurts », en leur imposant un supplice qui leur faisait perdre toute mémoire — de leur nom, de leur famille, de leur propre histoire. Un être sans mémoire, explique l’auteur, devient un être sans capacité de révolte, puisqu’il ne sait plus ce qu’il a à défendre. Pour Molnár, les médias mondialisés jouent aujourd’hui un rôle comparable en se substituant à la transmission des expériences politiques héritées des générations précédentes, privant les peuples des repères qui leur permettraient de résister aux fausses promesses de nouveaux mouvements politiques surgis de nulle part.

La taille compte

L’auteur soutient que l’idée même de souveraineté est née dans des États suffisamment protégés de voisins puissants pour pouvoir se permettre de véritables débats politiques à enjeux réels — la France et le Royaume-Uni en premier lieu. Dans les États satellites, à l’inverse, les discussions politiques perdent leur portée, puisque c’est la grande puissance dominante qui tranche in fine ; il ne reste alors qu’une exécution plus ou moins zélée des instructions reçues.

La condition de la souveraineté extérieure, selon Molnár, est la souveraineté intérieure : un pouvoir central qui ne fait face à aucun rival institutionnel ou oligarchique sérieux. Or cette solidité s’achète toujours au prix du népotisme, du conformisme et de l’absence de correction interne, ce qui finit par affaiblir la capacité d’adaptation de l’État et par nourrir, selon la théorie de Vilfredo Pareto reprise par l’auteur, l’émergence d’une contre-élite exclue du pouvoir en place.

Publicité

Les élites compradores

C’est dans l’affaiblissement de la souveraineté intérieure, écrit Molnár, que s’engouffrent les puissances rivales, qui soutiennent alors des groupes, partis ou oligarques locaux pour orienter l’État de l’extérieur — un processus systématiquement habillé d’un discours de libération et de justice contre un pouvoir national présenté comme oppressif. L’auteur y voit un paradoxe central : ces mouvements, en cherchant à s’affranchir de leur propre gouvernement au nom de la liberté, se placent en réalité sous la tutelle d’une puissance étrangère prétendument bienveillante, et perdent ainsi la liberté extérieure au moment même où ils croient gagner en liberté intérieure.

Il décrit également la figure de l’élite « compradore », qui intériorise les intérêts, le langage et les goûts de la puissance dominante du moment au point de vivre sa soumission non comme une contrainte mais comme un progrès — qu’il s’agisse, dans l’histoire hongroise, des cadres du régime socialiste ou, après 1990, des élites libérales alignées sur Bruxelles.

Un clivage géopolitique et culturel

Molnár relie enfin ce constat au clivage qui traverse aujourd’hui l’Occident entre un establishment libéral-progressiste et des courants conservateurs qui, de Donald Trump à Viktor Orbán, sont régulièrement accusés de complaisance envers la Russie dès lors qu’ils critiquent cet establishment. Il observe que l’élite dirigeante des sociétés démocratiques répugne généralement à reconnaître sa propre domination comme un simple rapport de pouvoir, préférant la présenter comme l’ordre naturel des choses — ce qui rend, selon lui, toute évocation directe de ce pouvoir immédiatement suspecte de subversion.

Crédit photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Une réponse à “Le paradoxe des petits États : peut-on encore être souverain face aux grandes puissances ?”

  1. Tirpitz dit :

    La souveraineté des Etats européens est depuis longtemps un souvenir. Ces Etats sont des vassaux des Etats-Unis depuis 1945; ils doivent participer à ses guerres, acheter ses armes et son gaz de schiste. D’autre part, le régime démocratique n’est pas vraiment bénéfique à la souveraineté d’un Etat.

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

Football, Sport

Messi en majesté, Ronaldo par la petite porte : 2 adieux qui n’ont rien en commun

Santé

Cures thermales : 77 % des Français les jugent utiles, mais seuls 22 % en parlent à leur médecin

Local

Donges : 2 agressions au couteau en une nuit, le RN accuse le maire de volte-face sur la police municipale

Economie

Dette publique : la France se rapproche des 125 % du PIB, prévient Morningstar DBRS

Economie, International

Or : la Pologne et la Chine achètent, la Turquie et la Russie vendent

Economie

Pertes d’exploitation : le coût moyen d’un sinistre a bondi de plus de 30 % par an, selon Allianz

Gastronomie

Food-trucks, marchés, festivals : comment les cuisines nomades bretonnes évitent la panne en plein service

champignons

Environnement

Tréglamus : jusqu’à 400 espèces de champignons exposées le 25 octobre

A La Une, Immigration

La quasi totalité des migrantes qui tentent d’atteindre le Royaume-Uni depuis la France sont violées durant leur voyage

Economie, International

Midterms américaines : ce que le scrutin du 3 novembre peut changer pour le dollar et les taux

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Economie

Pertes d’exploitation : le coût moyen d’un sinistre a bondi de plus de 30 % par an, selon Allianz

Découvrir l'article

International

Trump, Poutine, Xi, Kim : parler à ses ennemis, une vieille tradition américaine

Découvrir l'article

A La Une, Politique

« Marine 2027-2032 » : et si Marine Le Pen gouvernait vraiment ?

Découvrir l'article

Local, Patrimoine

Andouille de Guémené : les élus bretons réclament une dérogation européenne

Découvrir l'article

International

Rachat de Warner par Paramount : la droite polonaise rêve de mettre la main sur TVN

Découvrir l'article

Histoire, International

Stephen Kertesz, le diplomate hongrois qui faisait de la paix un devoir

Découvrir l'article

Sociétal

Souveraineté, Europe, Russie, Trump : le grand entretien d’Alain de Benoist avec Paul-Marie Coûteaux

Découvrir l'article

International, Patrimoine

Hongrie : une statue romaine presque intacte sortie du Danube

Découvrir l'article

International

L’Afrique Réelle d’octobre : Bernard Lugan décrypte les 5 verrous de la mer Rouge

Découvrir l'article

International

Adhésion du Monténégro à l’UE : le casse-tête de la traduction

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.