381 voix pour, 167 contre et 15 abstentions. Le jeudi 8 octobre, le Parlement européen a adopté à Strasbourg une résolution intitulée « La nécessité d’une stratégie de l’UE pour contrer l’entrisme islamiste et l’influence du réseau des Frères musulmans ». Le texte, porté par l’eurodéputée française Céline Imart (PPE), réclame une riposte coordonnée face aux organisations islamistes qui opèrent par le biais de la société civile, des institutions et des programmes de financement public. « C’est fait. Et c’est historique », s’est félicitée l’élue sur le réseau X.
La fin des financements européens
La résolution demande d’abord de cesser tout financement européen aux organisations liées à la mouvance islamiste. Elle réclame une enquête sur les réseaux de financement étrangers impliquant la Turquie et le Qatar, et appelle à fermer l’accès aux institutions aux structures associées au Conseil des musulmans d’Europe.
Le texte va plus loin : il invite le Conseil de l’Union à examiner si des personnes et organisations liées aux Frères musulmans remplissent les critères pour être inscrites sur la liste européenne des organisations terroristes. Il soutient aussi les interdictions nationales de dissimulation du visage dans l’espace public, burqa et niqab compris. Il demande enfin d’identifier les méthodes d’infiltration : financements opaques, réseaux affiliés et détournement des dispositifs de lutte contre les discriminations.
Le texte réaffirme parallèlement la protection des citoyens musulmans contre les discriminations et distingue la liberté religieuse de l’islam politique. Céline Imart a insisté sur cette distinction, elle qui appelait déjà Bruxelles à fermer la porte aux Frères musulmans « en costume-cravate ».
De la droite aux libéraux
Le vote a réuni une majorité inhabituellement large. Le PPE a retrouvé à ses côtés les Conservateurs et réformistes européens (ECR), les Patriotes pour l’Europe et l’Europe des nations souveraines (ESN), reformant la coalition des droites déjà observée sur certains textes migratoires comme le nouveau règlement sur les retours. Mais 62 des 67 élus libéraux de Renew Europe ont également voté pour.
Pour l’ECR, le négociateur Nicolas Bay a salué la reconnaissance par le Parlement de la nécessité d’enquêter sur les réseaux qui se cachent derrière des ONG d’apparence ordinaire. La vice-présidente des Patriotes, l’Italienne Susanna Ceccardi, estime que l’Europe se réveille enfin après des années de complaisance.
Un débat lancé en France
La résolution s’inscrit dans le prolongement de travaux engagés en France. Le rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France » avait été présenté en conseil de défense le 21 mai 2025. L’Assemblée nationale a ensuite adopté une résolution européenne demandant l’inscription de la mouvance des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes. Au niveau européen, le PPE avait adopté sa propre résolution sur l’islam politique en juin.
La gauche et les ONG crient à l’islamophobie
À gauche, l’opposition a été quasi unanime. L’eurodéputée socialiste française Chloé Ridel a accusé la droite de faire du débat un exutoire à ses obsessions identitaires et de flirter avec le complotisme, tout en reconnaissant que la menace de l’entrisme islamiste était réelle.
Les organisations directement visées ont réagi violemment. Le Réseau européen contre le racisme (ENAR) a dénoncé un texte « raciste et islamophobe », une « tache » sur le Parlement européen. Avec l’organisation de jeunesse musulmane FEMYSO, il conteste tout lien avec les Frères musulmans et refuse que les associations antiracistes fassent l’objet d’un tel contrôle.
La résolution n’est pas contraignante. Elle accroît toutefois la pression sur la Commission et sur le Conseil, appelés à enquêter sur les financements, à revoir les partenariats institutionnels et à envisager des mesures juridiques contre la mouvance frériste.
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