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06/10/2016 – 07H00 Paris (Breizh-info.com) – Les éditions Krisis viennent de publier un livre attendu : « une fin du monde sans importance », de Xavier Eman, journaliste indépendant, et chroniqueur pour la revue Livr’arbitres mais aussi pour Eléments. Xavier Eman tient par ailleurs un blog – ou plutôt un ring de boxe littéraire – nommé A Moy que Chault et sous titré « amour, haine, révolution », qui résume parfaitement le contenu et le ton proposé.
Car Xavier Eman régale, dans toutes ses chroniques, où qu’elles soient publiées – les lecteurs de Breizh Info en savent quelque chose pour ceux qui ont lu le portrait qu’il a dressé récemment du journaliste militant « Abel Mestre » . Son livre Une fin du monde sans importance, c’est un peu sa révolte contre le monde moderne jetée à la figure de ceux qui voudront bien prendre la peine de le lire – et ils seront nombreux nous l’espérons.
Car tout d’abord c’est son premier livre – qui en appelle forcément d’autres émanant d’un des écrivains « politiquement incorrect » les plus doués de sa génération.
Mais ensuite, parce qu’il est le reflet d’une forme de drame qui se passe sous nos yeux, quotidiennement, et qu’il met en musique, sans fausse note aucune !
Pas de doute : le monde moderne est absurde, maussade, désenchanté. Il ressemble à un chapitre de Michel Houellebecq réécrit par Philippe Muray. Tellement las et désenchanté que même sa progressive disparition ne suscite aucune réaction. Lente euthanasie volontaire pour une humanité fatiguée. C’est cette apocalypse désespérément molle qu’aborde Xavier Eman dans les chroniques, à la fois drôles et grinçantes, réunies ici. Le ton est corrosif, le tableau réaliste, l’humour irrésistible.
Mais, malgré tout, François, l’anti héros récurrent des textes rassemblés dans ce volume, résiste. À sa façon. Malgré lui, parfois. Malgré les éléments contraires. Malgré le cynisme et les déconvenues. Malgré la dérision.
Des couloirs du métro aux terrasses des cafés en passant par l’intimité des alcôves et des lambris des appartements parisiens, décrire le monde tel qu’il ne va pas, non pas pour s’en repaître, mais pour le secouer et déchirer le voile des faux semblants qui en obture le sens et les issues. Et laisser filtrer un filet de lumière, promesse d’un idéal de vie bonne.
Pour commandez le livre , c’est ici
Une fin du monde sans importance – Xavier Eman – Krisis – 16 €
Pour retrouver l’interview que nous avons réalisé de lui, c’est ci-dessous :
Breizh-info.com : Pourquoi avoir choisi ce titre ? Est-ce la fin du monde ou la fin d’un monde qui se déroule sous nos yeux ?
Xavier Eman : Les deux mon capitaine… C’est d’abord la fin « d’un monde », le mien, le nôtre, celui de nos parents et de nos grands-parents, celui de la « France d’avant », de la culture, de l’éducation, de la courtoisie, du savoir-vivre, de l’amour des siens, du local, du limité…
Un monde qui avait aussi, bien évidemment, ses tares, ses laideurs et ses lourdeurs mais je ne m’attarderai pas à les citer ici, les pourfendeurs de la « France moisie » étant suffisamment nombreux et empressés pour accomplir cette tâche…
Mais c’est aussi, entre catastrophes écologiques, empoisonnement alimentaire, surmédicamentation, transhumanisme, et folies diverses tendance « théorie du genre », la fin « du monde » tout court… Tout le monde le voit, mais tout le monde, ou presque, s’en fout. D’où le « sans importance ».
Breizh-info.com : Lorsqu’on lit vos chroniques, elles sont à la fois terriblement déprimantes, mais en même temps très pertinentes. Notre société est-elle si désespérante que cela ?
Xavier Eman : Je suis catholique (du moins j’essaie), j’ai des amis, des camarades, un idéal, des amours, je ne suis donc pas désespéré.
Plutôt que désespérante, je dirais donc plutôt que notre société est «accablante», elle tire vers le bas. Elle est très bête, laide, et ennuyeuse. Je pense que cette société rend physiquement malade, qu’elle peut rendre fou, cliniquement. Il faut donc constamment la tenir à distance, la combattre, chercher à s’en évader, à s’en moquer… Ce qui est épuisant et parfois même insurmontable.
Breizh-info.com : Qui est vraiment le personnage de François, cet anti-héros que vous mettez en scène ?
Xavier Eman : C’est un personnage médiocre plongé dans un temps qui l’est plus encore. C’est une sorte d’archétype, un modèle assez répandu, me semble-t-il, le type qui se sent mal dans l’époque mais n’a pas l’énergie pour vraiment rompre avec elle, qui méprise la société mais souffre parallèlement de n’y être pas parfaitement intégré… Un pur produit de la modernité, qui veut tout et son contraire. Il n’est cependant pas dénué de toute qualité, il est assez lucide, pas trop idiot, et sensible sous ses artifices de méchanceté et de causticité.
Breizh-info.com : Vous adressez des mornifles bien placées, à droite comme à gauche. N’y a-t-il pas une forme de caricature dans certains de vos personnages ? Paris est-elle vraiment cette ville pleine de ces bobos que vous semblez mépriser particulièrement ? Pourquoi les méprisez-vous d’ailleurs ?
Xavier Eman : On est toujours un peu victime de son milieu, de son parcours personnel… Je parle beaucoup des Bobos et des cathos dits « tradis » tout simplement parce que j’en ai beaucoup croisé… Je me doute bien que Paris, Dieu Merci, ne se résume pas à cela… D’ailleurs je ne pense pas mépriser ni les uns ni les autres.
Comme disait Chateaubriand, « il faut être économe de son mépris, étant donné le grand nombre de nécessiteux. ». En fait tous ces personnages m’amusent autant qu’ils me navrent et m’agacent… mais je ne pense pas avoir de regard « surplombant » qui les jugerait et les condamnerait.
Je sais trop bien que la plupart des travers et défauts que je décris sont présents, à des degrés divers, en chacun de nous, et en moi en premier lieu bien sûr. Après il est vrai que certains individus en concentrent un nombre particulièrement considérable… Ils deviennent alors de vraies caricatures et il n’y a même plus besoin de forcer le trait pour les évoquer…
Breizh-info.com : Votre chronique dans Eléments, tout comme votre blog « A moy que chault » sont particulièrement appréciés . Est-ce le format (court et incisif) et le style qui selon vous permettent d’avoir un nombre croissant d’aficionados ?
Xavier Eman : Voilà une question à laquelle il m’est difficile de répondre… Je ne suis pas sûr du tout d’avoir « un nombre croissant d’afficionados » ni même d’avoir des « afficionados » tout court… Si je parviens à vendre davantage d’ouvrages que Christine Boutin ou Cambadélis, ce sera peut-être un début de réponse…
C’est un bon test d’ailleurs, car le blog, c’est gratuit, et Eléments a un contenu très riche et passionnant par ailleurs… On va voir qui est prêt à sacrifier deux pintes ou deux paquets de clopes pour me lire ! J’espère avoir plus d’amis et une plus grande famille que je ne le crois….
Breizh-info.com : Qui sont vos écrivains favoris, ceux qui vous inspirent dans votre écriture ? Pour quelles raisons ? Que lisez-vous actuellement ?
Xavier Eman : Mes goûts littéraires sont assez éclectiques mais si je devais citer le haut de mon Panthéon je dirais Montherlant, Drieu, Bonnard, Guilloux, Flaubert, Malaparte…
J’aime les auteurs à fois stylistes et « engagés » (ce qui ne signifient pas « militants » ou faisant des romans à thèses qui sont bien souvent ratés). Je vois le roman comme un art suprême, qui rassemble presque tous les autres (poésie, musique, peinture…) et leur adjoint quelques sciences (philosophie, sociologie, psychologie…).
Actuellement, je lis le dernier Olivier Maulin, « la fête est finie », un vrai plaisir comme à chaque fois ! Un petit chef d’œuvre de drôlerie et d’intelligence malicieuse. Il faut lire Maulin, le roi de la fable écolo-picaresque !
Breizh-info.com : Pour beaucoup, vous êtes un des écrivains les plus percutants de votre génération. Ce livre étant un recueil de vos chroniques, peut-on espérer, dans les mois à venir, un roman ou un essai de votre plume ?
Xavier Eman : Face à de tels compliments, je vais m’y sentir obligé ! Dites-moi vite qui sont les gens qui forment ce « beaucoup » ! Plus sérieusement, j’y travaille. Ce sera sous forme romanesque. Je suis tout à fait incapable d’écrire un essai, je ne suis ni un intellectuel ni un penseur.
Passer de la forme courte, que je côtoie depuis si longtemps, à « l’art du roman » est un défi de taille pour moi… J’espère y parvenir dans un avenir point trop lointain…
Propos recueillis par Yann Vallerie
Photo : DR
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